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La Régie de l'énergie du Canada se positionne contre le racisme systémique

Des tubes en acier utilisés pour la construction d'un oléoduc dans le cadre du projet d'expansion Trans Mountain.

La Régie doit entre autres examiner des projets auxquels s'opposent parfois des Premières Nations.

Photo : Reuters / Dennis Owen

Radio-Canada

La Régie de l’énergie du Canada (RÉC), qui examine les pipelines, les lignes électriques transfrontalières et certaines activités pétrolières et gazières dans le Nord canadien, se dit maintenant engagée dans la lutte contre le racisme systémique et la réconciliation avec les peuples autochtones.

Lors d'une entrevue accordée à CBC News, les membres de la haute direction de la RÉC ont reconnu que leur organisation, anciennement nommée l'Office national de l'énergie (ONÉ), n'a pas respecté ses obligations envers les Premières Nations, les Métis et les Inuit.

Du point de vue de l'organisation, je reconnais que le racisme systémique existe. En tant qu'organisation, nous devons le reconnaître et reconnaître notre rôle dans cette discrimination, a affirmé la présidente-directrice générale Gitane De Silva.

L'ONÉ a fonctionné d'une manière qui écartait les peuples autochtones et qui les considérait comme un obstacle, a ajouté Cassie Doyle, présidente du conseil d'administration de la RÉC.

Membre de la Première Nation Tsleil-Waututh, en Colombie-Britannique, et gestionnaire de l'organisme Sacred Trust qui lutte contre le projet d'expansion du pipeline Trans Mountain, Rueben George dit ne pas être surpris de ces affirmations de la direction de la Régie de l'énergie du Canada.

Est-ce qu'ils diraient ces choses si nous ne les tenions pas responsables? Probablement pas, parce qu'ils travaillent avec joie au sein de ce système qui a été créé pour eux et ils n'ont jamais eu conscience de ses problèmes.

Une citation de :Rueben George, gestionnaire de Sacred Trust

D'autres membres des communautés autochtones et lui-même accusent depuis longtemps la Régie canadienne de l'énergie et d'autres organismes d'examen du secteur de l'énergie de donner la priorité aux intérêts de l'industrie des combustibles fossiles par rapport à ceux des Premières Nations.

Les organismes fédéraux face au racisme systémique

Les organismes fédéraux comme la GRC ont eu du mal à définir le racisme systémique au sein de leurs institutions.

L'ancien sénateur Murray Sinclair, qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation, soutient par ailleurs que l'existence du racisme systémique dans une organisation ne signifie pas que tout le monde au sein de cette organisation soit raciste.

Le racisme systémique se produit lorsque le système lui-même est fondé sur des croyances et des philosophies racistes et sur des pensées et des idées racistes et a mis en place des politiques et des pratiques qui obligent littéralement les non-racistes à agir de manière raciste, a déclaré Murray Sinclair au Globe and Mail, en juin.

La RÉC a signalé vouloir recruter une main-d'œuvre plus diversifiée et former son personnel à mieux gérer des situations délicates, par exemple les équipes de construction de pipelines qui tombent sur des artefacts autochtones.

Rueben George souligne que le personnel de la RÉC a eu du mal, dans le passé, à réagir de manière appropriée lors de cérémonies culturelles autochtones.

Réunis en conférence de presse à Vancouver, les chefs des communautés autochtones ont réagi avec émotions à la décision d’Ottawa.

Rueben George et d'autres leaders autochtones à Vancouver, le 4 février 2020.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Rueben George se souvient d'une rencontre pendant laquelle des membres de sa nation avaient eu moins d'une heure pour expliquer l'histoire et les lois de leur pays à des employés de l'Office national de l'énergie.

L'un des orateurs Tsleil-Waututh a commencé à chanter une chanson traditionnelle - ce qui s'est transformé en un moment gênant pour le personnel, dit M. George.

Un par un, tous les Tsleil-Waututh présents dans la pièce se sont levés et l'ont rejoint, continue Rueben George. [Le personnel de l'ONÉ] ne savait pas s'il fallait se lever et l'honorer. Ils ne savaient pas quoi faire.

Les audiences pour Trans Mountain, un moment décisif

Les audiences sur le pipeline Trans Mountain ont peut-être été un point charnière pour l'organisme de réglementation et le gouvernement canadien. En 2018, la Cour fédérale a réprimandé les deux à cause du processus d'approbation défectueux du pipeline.

Bien que la décision n'ait pas abordé le racisme systémique, la cour a critiqué le gouvernement canadien à propos des consultations qu'il a menées avec les Premières Nations.

Certains des échecs passés concernant les consultations, comme dicté par le tribunal, je pense que c'est ce qui a donné au gouvernement l'élan de dire : ''Hé, nous devons faire quelque chose de vraiment différent".

Une citation de :Cassie Doyle, présidente du conseil d'administration de la Régie de l'énergie du Canada

Cet épisode judiciaire a entraîné le renouvellement de la législation canadienne sur l'évaluation environnementale et, par conséquent, la transition de l'Office national de l'énergie vers la Régie de l'énergie du Canada en 2019.

L'industrie a en quelque sorte capturé l'ONÉ

La Régie de l'énergie du Canada a maintenant le mandat de faire progresser la réconciliation avec les Premières Nations, les Métis et les Inuit et de mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

Cela signifie que l'organisation est maintenant tenue d'intégrer un comité consultatif autochtone en haut de sa structure de gouvernance.

Le président par intérim de ce nouveau comité, Tyrone McNeil, estime que ce travail permettra d'explorer de nouvelles possibilités dans les relations avec les Autochtones.

Je vois cela comme une forme de réconciliation vraiment profonde et active, dit M. McNeil, qui est membre de la Première Nation Stó:lō, en Colombie-Britannique. Par le passé, l'industrie a en quelque sorte capturé l'ONÉ. Nous ne permettrons plus cela.

Bien que les recommandations de ce comité ne soient pas contraignantes, la RÉC a promis dans un communiqué de presse qu'il y aura des impacts tangibles dans le fonctionnement des activités quotidiennes de l'organisation.

L'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) a applaudi la mise en place du nouveau comité, mais a également souligné, dans un communiqué, que des contrats de milliards de dollars ont été accordés à des entreprises appartenant à des Autochtones.

L'industrie pétrolière et gazière a fait de grands progrès dans le développement de relations positives avec les communautés autochtones et la promotion des possibilités de réconciliation, y compris des partenariats commerciaux qui génèrent des avantages économiques, sociaux et environnementaux, souligne la vice-présidente des relations gouvernementales et des affaires autochtones à l'ACPP, Shannon Joseph.

Avocat spécialiste de l'environnement basé à Vancouver, Eugene Kung pense que la RÉC et son comité d'arbitrage indépendant doivent adopter des habitudes plus collaboratives avec les communautés autochtones. Sinon, ces engagements internes apporteront peu de changements, dit-il.

Je pense certainement qu'il y a un risque que cela devienne une coquille vide, affirme M. Kung. La RÉC a la possibilité d'avoir des prises de décision collaboratives et coopératives qui aboutiront à des projets plus solides, à moins de conflits et à moins de défis juridiques.

D'après un texte de David Thurton de CBC News.

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