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Une maison d’hébergement pour femmes déplore le décès prévisible d’une femme inuk

Une femme dans un champ

Elisapee Angma, une mère de famille de quatre enfants, est décédée le 5 février dernier à Kuujjuaq.

Photo :  Capture d’écran - Facebook

Solveig McClure Poirier

L’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale déplore le décès prévisible d’une femme inuk dans un contexte de violence conjugale.

Elisapee Angma, une mère de famille de quatre enfants, est décédée le 5 février à Kuujjuaq après que son ex-conjoint violent, qui s’est ensuite enlevé la vie, l’eut assassinée dans sa résidence.

L’agresseur d’Elisapee Angma, Thomassie Cain, n’en était pas à son premier épisode violent sur la victime. Le 3 novembre dernier, il avait été ordonné à l’homme de ne plus entrer en contact avec elle alors qu’il avait été accusé d’agression armée contre cette dernière.

Malgré de nombreux bris de conditions et bien qu’il ait été arrêté une nouvelle fois le 16 janvier dernier, il a été remis en liberté le 21 janvier, et ce, même si la Couronne s’était opposée à sa libération.

Deux semaines après cette libération, il enlevait la vie de son ex-partenaire.

Bien que de nombreuses demandes d’informations ont été faites aux autorités judiciaires afin d’obtenir les détails du dossier, il n’a pas été possible de confirmer les circonstances entourant la mort tragique d’Elisapee Angma.

Un décès prévisible

Maud Pontel coordonne l’Alliance MH2 des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, en plus d’être membre du comité d’examen des décès liés à la violence conjugale du Bureau du coroner.

Elle se dit outrée par la mort annoncée de Mme Angma et a du mal à s'expliquer pourquoi rien n’a été fait pour empêcher cette fin tragique que tout le monde pouvait voir venir.

C’est inadmissible qu’un ex-conjoint violent représentant d’aussi clairs indices de dangerosité ait été remis en liberté, et ce, même malgré l’opposition du DPCP. Le système a clairement échoué à protéger cette mère de 4 enfants et les personnes qui ont autorisé sa libération doivent impérativement rendre des comptes, souligne-t-elle.

Mais de quelle manière est-ce que ce crime aurait pu être prévenu?

Ces crimes peuvent être prévenus quand des ressources sont mises en place pour encadrer les victimes, dit Mme Pontel.

Et lorsqu’elle parle de ressources, elle parle notamment d’un filet de sécurité.

Ce filet de sécurité, qui doit se structurer autour de la victime, explique Mme Pontel, doit comprendre l’accès à un logement sécuritaire.

Nous, ce qu’on sait, c’est que 8 % des femmes victimes de violence conjugale ont besoin de passer par une maison d’hébergement de deuxième étape, dit-elle.

Mais le problème ne s’arrête pas là, puisqu’une fois que ces femmes sont sorties des maisons d’hébergement, il faut leur trouver un endroit où vivre. Et c’est là que les choses se compliquent.

Il y a de gros risques pour ces femmes de retourner vers un conjoint violent une fois qu’elles quittent ces maisons d’hébergement, dit Maud Pontel.

Elle explique également que la violence, même quand il y a eu une séparation, peut continuer. C’est ce qu’elle nomme de la violence conjugale post-séparation. La séparation, c’est un moment où ces violences augmentent dit-elle.

Un système mal adapté

Maître Marie-Andrée Denis-Boileau, qui est avocate travaillant sur les enjeux systémiques touchant les Autochtones dans le système de justice pénal, a été procureure à la Commission d’enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec.

Bien qu’elle ne souhaite pas commenter le cas précis de Thomassie Cain par manque d’informations sur le dossier, elle aborde plutôt un système de justice mal adapté aux situations des communautés autochtones pour s’expliquer des cas de violence conjugale qui peuvent avoir de telles fins tragiques.

Le juge a possiblement pris une excellente décision en termes de droit en libérant l’accusé, mais le système de justice est mal adapté aux situations des communautés autochtones, dit-elle.

Elle aussi aborde le manque de ressources comme facteur de risque à la violence conjugale.

S’il y a des problématiques importantes, la prison ne réglera pas le problème, dit-elle.

De plus, elle aborde la surreprésentation des Autochtones en lien avec le non-respect de conditions. Il y a beaucoup de conditions qui sont un cercle vicieux, ajoute-t-elle. Parce que respecter des conditions de non-contact dans une petite communauté autochtone n’est pas aussi facile que dans une grande ville comme Montréal, explique-t-elle.

À cela s’ajoutent les défis liés à la consommation et à la surpopulation dans les foyers qui peuvent parfois rendre la tâche difficile pour respecter les conditions.

La solution qu’elle entrevoit, c'est de remettre aux nations et aux communautés les pouvoirs et moyens de gestion de la violence, une des recommandations qui avait été mise de l’avant par le rapport final de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, qu'on appelait aussi la commission Viens.

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