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Accompagner un enfant bispirituel dans son cheminement

Du haut de ses neuf ans, Reece Okemaysim se souvient d'avoir toujours voulu être considérée comme une fille.

Une jeune fille en robe blanche tenant un drapeau arc-en-ciel est assise dans un véhicule. À ses côtés, une femme âgée et un garçon de son âge.

Reece Okemaysim et son arrière-grand-mère, Suzanne Seeseequasis, lors du festival bispirituel de la Fierté de la Saskatchewan.

Photo : Gracieuseté Rozanna Seeseequasis

Radio-Canada

Reece Okemaysim, une jeune crie de Beardy's & Okemasis, en Saskatchewan, n'avait que quatre ans lorsqu'elle a dit à sa mère qu'elle voulait être une fille, raconte sa mère, Rozanna Seeseequasis.

Elle sait qui elle est et d'où elle vient. Elle sait qu'elle est née garçon, mais préfère être une fille. À partir de l'âge de quatre ans, elle a commencé à jouer avec les sacs à main et les talons hauts de sa tante et à vouloir du maquillage, poursuit cette mère monoparentale qui l'avait jusqu'ici élevée comme ses six autres garçons.

Je ne l'ai pas découragée en disant : "tu ne peux pas jouer avec ça".

Une citation de :Rozanna Seeseequasis, mère de Reece

Sa fille a également fait ses propres choix vestimentaires. Elle a décidé seule de porter du rose et elle a pu choisir elle-même quoi porter. Je lui ai parlé de la jupe à rubans, qui est traditionnellement portée lors des cérémonies autochtones et qui représente la force et la féminité. Maintenant, elle aime porter des jupes à rubans.

Reece se souvient de la première fois où elle a voulu être considérée comme une fille. J'étais chez ma tante et j'avais quatre ans, dit-elle au téléphone. Elle avait beaucoup de sacs à main, et j'essayais un tas de ses chaussures. Elle avait beaucoup de sacs à main, et je portais un tas de chaussures.

Aujourd'hui Reece fait à la fois son propre maquillage et celui de sa mère, et est toujours à la recherche de nouvelles idées sur les réseaux sociaux.

La communauté crie de Beardy's & Okemasis se trouve à environ 80 kilomètres au nord de Saskatoon. En 2016, elle a accueilli le premier festival bispirituel de la Fierté de la Saskatchewan. Reece était à l'honneur durant le défilé. Elle avait sa propre voiture pour et les organisateurs lui ont donné de l'argent pour acheter une nouvelle robe.

L'impact des pensionnats

Reece dit qu'elle aime porter des robes et des perruques, mais qu'elle se sent parfois timide face à toute l'attention qu'elle reçoit. Les membres de la communauté et les gens de l'école de Reece la soutiennent et personne ne voit Reece comme un garçon, soutient sa mère.

Cela n'a cependant pas toujours été le cas. Au début, ma grand-mère n'acceptait pas vraiment d'acheter des vêtements pour filles à Reece, confie Rozanna Seeseequasis, qui pense que cela tient au fait qu'elle a été élevée dans un pensionnat. Ils devaient être d'une certaine manière, agir d'une certaine manière. Tout ce qui sortait de la norme n'était pas accepté.

Suzanne Seeseequasis est la chapan de Reece (arrière-grand-mère en Cri). Elle reconnaît que lorsqu'elle a découvert que son arrière-petit-enfant voulait être traité comme une fille, elle était inquiète. J'avais des sentiments mitigés. Je ne savais pas… Alors je l'ai laissé faire, lance Suzanne, qui a la voix douce et le rire facile.

Suzanne Seeseequasis mentionne qu'à l'époque qu'elle s'inquiétait du regard des autres sur son arrière-petit enfant. Aujourd'hui, elle est l'une de ses plus grandes admiratrices. Elle mentionne toutefois qu'elle a toujours un peu peur pour l'avenir de Reece, à cause de la stigmatisation et de la violence qui peuvent suivre les personnes transgenres tout au long de leur vie.

Quand [Reece] grandira, que va-t-il se passer? C'est toujours dans mon esprit.

Une citation de :Suzanne Seeseequasis, arrière-grand-mère de Reece

Suzanne Seeseequasis est une survivante du pensionnat autochtone de St Michael à Duck Lake, en Saskatchewan. Elle dit que sa génération n'avait jamais entendu parler de personnes bispirituelles ou LGBTQ. C'était comme : "vous ne pouvez pas en parler; ce n'est pas la bonne façon d'être". Il faut suivre l'exemple des prêtres et des religieuses, dit-elle.

Mme Seeseequasis a changé de point de vue sur l'identité de Reece après avoir appris qu'il y avait toujours eu des personnes bispirituelles dans les sociétés autochtones.

Spectacle de mode à New York retardé par COVID-19

Reece a également été très proche de faire ses débuts en tant que mannequin à New York, mais le projet a été retardé par la pandémie de COVID-19.

Sa mère indique avoir vu un appel de candidatures, au début de l'année dernière, pour un défilé de mode bispirituel qui devait avoir lieu à New York. L'événement était organisé par la créatrice de mode britanno-colombienne Jill Setah.

La designer a demandé à voir une vidéo de Reece marchant. Elle l'a vue et elle a dit : "Je veux Reece. J'ai besoin de Reece", confie sa mère. Cependant, la COVID a retardé le défilé de mode prévu. Ça aurait été ma première fois en avion et ma première fois dans une grande ville, lance Reece.

Quand on lui demande ce qu'elle veut devenir quand elle sera grande, Reece n'hésite pas.

Une policière, parce que je veux empêcher les méchants d'être méchants avec les gens.

Une citation de :Reece Okemaysim

La mère de Reece a dit qu'elle essaie de ne pas interférer dans les choix de sa fille. Je la laisse juste choisir ce qu'elle veut être. Reece est une vraie grande diva.

Rozanna Seeseequasis a récemment partagé l'histoire de Reece dans un groupe communautaire Facebook dédié au maquillage, appelé Indigenous Cake Faces. Le message a reçu des dizaines d'encouragements. En tant qu’enfant queer, merci de soutenir et d’aimer Reece, a notamment écrit Shayla Jilleen Sayer-Brabant de Regina.

J'adore toutes les mamans qui me soutiennent. Cela m'a fait pleurer, confie Mme Seeseequasis. Cette dernière raconte que lorsqu'elle était jeune, elle était souvent jugée et qu'on lui disait qu'elle ne pouvait pas faire certaines choses. Je veux que mes enfants aient le sentiment que rien ne peut leur barrer la route et qu'ils peuvent être ce qu'ils veulent.

Interrogée sur ses souhaits futurs pour Reece, elle n'a qu'un mot : Liberté.

D'après l'article de Ntawnis Piapot, CBC News.

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