•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Enseignement supérieur : des Autochtones racontent les embûches

Des étudiants devant un ordinateur et un livre ouvert

L'accès aux études supérieures est plus complexe pour les Autochtones au Québec.

Photo : iStock / ijeab

Pour la première fois, les voix d’étudiants autochtones qui mènent des études supérieures au Québec et de diplômés ont été recueillies et regroupées sur un site Internet à la suite d’une longue recherche. Elles racontent les défis et les obstacles qui se dressent devant eux, mais aussi leur transformation personnelle et leur résilience.

Le First Peoples Post-Secondary Storytelling Exchange (FPPSE) est le fruit d’un projet qui s’est échelonné sur quatre ans et qui a été initié par Susan Briscoe, une enseignante d’anglais au Collège Dawson, afin de documenter les iniquités sur l’accès à l’éducation. La plateforme a été lancée mardi en fin de journée et peut être consultée à l’adresse suivante : https://fppse.net

Au total, plus de 100 élèves provenant de 20 communautés autochtones ont partagé leurs expériences. Plus précisément, ils ont raconté leurs histoires d'éducation et d'apprentissage à l'école, au collège, à l'université, en famille et sur le terrain, selon le communiqué remis aux médias.

Ces témoignages sont contenus dans des enregistrements audio, vidéo et films narratifs. Le site ne présente qu’une portion de tous ceux qui ont été recueillis, a-t-on précisé mardi pendant une conférence de presse virtuelle, au cours de laquelle trois étudiantes autochtones ont pris la parole.

Le projet bénéficie d’une collaboration entre diverses institutions, dont le Collège Dawson, le Collège John Abbott, l’Université Concordia, l’Université McGill, le Centre d’éducation des adultes Nasivvik et la Chaire-réseau de recherche sur la jeunesse du Québec Premières Nations et Inuits. Il est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) du Canada.

Vue extérieure du bâtiment principal de l’Université McGill.

L’Université McGill participe au projet First Peoples Post-Secondary Storytelling Exchange.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Il s’agit d’une initiative essentiellement anglophone, puisque la quasi-totalité des intervenants parle l’anglais. Cependant, la prochaine étape consistera à traduire le matériel récolté en français et d’établir une collaboration avec les établissements d’enseignement du secteur francophone.

Le projet vise à créer un enseignement postsecondaire plus adapté aux besoins des étudiants autochtones et à honorer les approches autochtones en matière d'enseignement et d'apprentissage, peut-on lire dans le communiqué de presse.

Leurs histoires, films et témoignages donnent une voix aux inégalités statistiques et soulignent l'impact des énormes barrières éducatives sur la vie réelle. Ils lancent un appel en faveur d'une éducation postsecondaire plus adaptée aux besoins et aux aspirations des étudiants autochtones, ainsi qu'un désir immense de programmes communautaires centrés sur la langue et le savoir autochtones, affirme Michelle Smith, cheffe de projet et chercheuse principale.

Michelle Smith

Michelle Smith est cheffe de projet FPPSE.

Photo : Photo Facebook

Sans surprise, l’accès aux études supérieures est plus complexe pour les Premières Nations et les Inuit que pour le reste de la population en général. Au Québec, seulement 8 % des Autochtones détiennent un diplôme universitaire alors que 25 % des non-Autochtones en ont un.

De plus, près des deux tiers (64,7 %) de la population non autochtone âgée de 25 à 64 ans avait un diplôme d'études postsecondaires en 2011, contre 45 % pour les Premières Nations et 28 % pour les Inuits vivant dans l'Inuit Nunangat, relève le communiqué de presse.

Trois témoignages

Lucina Gordon, une Inuk de Kuujjuaq, a participé au projet dès sa mise sur pied et elle en est devenue une assistante de recherche. Elle raconte qu’elle avait 17 ans quand elle a quitté sa famille et sa communauté pour venir à Montréal poursuivre ses études postsecondaires au Collège John Abbott. Il n’y a pas d’établissement d’enseignement [supérieur] au Nunavik, déplore-t-elle.

Lucina Gordon.

Lucina Gordon.

Photo :  courtoisie

Diplômée en sciences sociales, elle fréquente maintenant l’Université Concordia. Elle souligne que son parcours n’a pas été de tout repos, mais plutôt constitué de hauts et de bas. Elle dit s’être ennuyée de sa famille, de ses amis et de sa communauté, mais aussi s’être sentie seule en tant qu’Autochtone dans ses cours, sans repères. Elle mentionne qu’elle a dû faire plusieurs ajustements pour intégrer la culture de l’institution. C’est important pour moi de reconnaître le savoir autochtone, dit-elle.

De son côté, Kahawihson Horne a grandi à Kahnawake, où elle a obtenu son diplôme d’études secondaires. Elle s’est ensuite inscrite au Collège Dawson, où elle a étudié. Cependant, l’adaptation ne s’est pas faite sans heurts. Elle confie s’être sentie différente assise dans la salle de classe entourée de non-Autochtones, un sentiment qu’elle n’avait jamais éprouvé pendant ses études à Kahnawake.

Mme Horne se rappelle ne pas s’être sentie bienvenue et avoir ressenti un malaise comme si elle représentait un inconvénient pour les autres étudiants. Elle a relaté l’histoire de sa mère qui, elle aussi, avait fréquenté un établissement d’enseignement supérieur dans l’espoir de décrocher un diplôme. Elle avait trouvé l’expérience déshumanisante et terrifiante. Elle a donc abandonné ses études, comme tant d’autres Autochtones, a-t-elle fait remarquer. Elle considère qu’il existe encore aujourd’hui un fossé concernant la perception des Autochtones et leur réalité.

Kahawihson Horne.

Kahawihson Horne.

Photo :  courtoisie

Pour sa part, Pasha Partridge, une Inuk de Kuujjuaq, a choisi délibérément d’étudier au Collège John Abbott, car plusieurs Inuit y allaient. Diplômée en 2019, elle poursuit ses études en enseignement au primaire à l’Université McGill. Elle concède avoir pensé aller à l’Université Concordia, car il y a là-bas des ressources pour les Autochtones, ce qu'elle a longtemps recherché. Mais elle préfère rester à McGill, car elle aime le prestige qui lui est associé.

Pasha Partridge reconnaît ne pas s’être sentie à l’aise de demander de l’aide aux autres étudiants, les non-Autochtones, se sentant seule et isolée dans son coin. Elle dit avoir trouvé de l’aide, du soutien et de l’encouragement chez les participants du projet First Peoples Post-Secondary Storytelling Exchange. Elle assure qu’ils lui ont permis de s’accrocher et de continuer ses études avec leurs bons mots.

Pasha Partridge.

Pasha Partridge.

Photo : Courtoisie

Dans le cadre du projet, Pasha a réalisé un court film très personnel basé sur son prénom, qui est aussi celui de sa grand-mère, et l’importance des prénoms chez les Autochtones. Cette expérience lui a permis de rencontrer et d’échanger avec d’autres réalisateurs. De plus, elle a pu voyager, car elle a participé à une conférence en Illinois, où elle a raconté son histoire, ce qui lui a ouvert les yeux sur le monde tout en lui donnant confiance en elle. Maintenant, elle désire faire des films dans la vie.

De nombreuses recommandations

De plus, le site Internet de FPPSE dresse une liste de recommandations pour améliorer les possibilités d'éducation des Autochtones.

Parmi les visions d’avenir proposées, on retrouve entre autres celles-ci : accroître le nombre d’étudiants autochtones, permettre l'enseignement postsecondaire dans la communauté, augmenter le nombre d'enseignants et de dirigeants autochtones dans les institutions, offrir des cours de langue maternelle dotés d’une accréditation et établir de meilleurs ponts entre les communautés et les institutions universitaires.

La clé de cette recherche réside dans nos appels à l'action en faveur des changements nécessaires dans les domaines de la construction d'établissements d'enseignement supérieur dans les communautés du Nord, de la présence d'un plus grand nombre d'Autochtones à la tête des établissements d'enseignement supérieur et de la prise en compte de questions dans les salles de classe, telles que les attentes des étudiants autochtones en matière d'histoire et d'identité, résume Morgan Phillips, coordinatrice de la recherche.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !