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Apprendre en ligne ou dehors : les Premières Nations ont su s'adapter à la pandémie

Trois filles dessinent, assises à la même table.

De jeunes filles dessinent dans une salle de classe.

Photo : Getty Images / AJ Watt

Même si la pandémie a amené son lot de contraintes, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) affirme avoir tiré son épingle du jeu en adaptant ses pratiques. Résultat : les 22 communautés du Conseil sont mieux équipées pour affronter la prochaine année et s’assurer de garder les élèves intéressés.

C’est sous le signe de la connexion et de la collaboration que s'est tenu le 3e Symposium de l’éducation du CEPN, mardi et mercredi. Quelque 250 membres du milieu scolaire – enseignants, éducateurs, directions d’école et parents – ont assisté en ligne aux 17 ateliers prévus pour partager les meilleures pratiques d’enseignement à distance, explique Annie Gros-Louis, directrice des services éducatifs au CEPN.

La crise de la COVID-19 a forcé le réseau à s’adapter dès la première vague, au printemps dernier, afin de permettre aux élèves des communautés de poursuivre leur parcours scolaire sans perte d’enseignement, dit encore Mme Gros-Louis.

Selon le Conseil en éducation des Premières Nations, la fréquentation scolaire s’est maintenue malgré tout.

Des communautés connectées

L’une des raisons qui expliquent que les taux d’absentéisme n’ont pas été dramatiques, c’est que le CEPN a tenu à équiper le plus rapidement possible les élèves de matériel technologique.

Quelque 1212 portables et 60 Chromebook ont ainsi été achetés et fournis aux élèves, en plus d’un casque d’écoute. Les plus petits peuvent quant à eux compter sur des iPad; le CEPN en a acheté 1205. Les enseignants et le personnel administratif ont de leur côté reçu une cinquantaine de portables.

Pour le moment, au niveau des technologies, ça va bien. Tout le monde a reçu les outils nécessaires, assure Mme Gros-Louis, ajoutant que les enseignants continuent de suivre des formations liées à l’utilisation de ce nouveau matériel.

On est rendus à donner plus de finesse aux outils technologiques; on adapte les outils aux besoins des jeunes.

Annie Gros-Louis, directrice des services éducatifs au CEPN

Autrement dit, l’heure n’est plus à comprendre comment fonctionnent des plateformes comme Zoom, mais plutôt d'explorer les différentes façons de tirer profit de ces outils afin de rendre l’enseignement plus adapté et pertinent.

Profiter pleinement du territoire

Outre l’enseignement en ligne ou hybride (à la fois en classe et à distance), le CEPN a encouragé les communautés à faire du territoire leurs nouvelles salles de classe.

Les sciences et les mathématiques, notamment, se prêtent très bien à l’exercice, qu’il s’agisse d’apprendre à compter ou bien d'étudier des phénomènes chimiques.

Selon Gérald Flamand et Floriant Dubé, de l'école Simon-Pineshish-Ottawa, à Manawan, il est aussi possible d'apprendre sur la glace : leur programme hockey-école, présenté en conférence mardi, pourrait inspirer d'autres établissements primaires et secondaires.

Dans un contexte où le confinement pèse sur le moral des élèves, aller dehors pour apprendre permet aux jeunes de respirer et de chasser l’anxiété, avance de son côté Mme Gros-Louis. « Il y a plein de bienfaits à ne pas négliger », soutient-elle.

Cette anxiété, Égide Royer, psychologue et spécialiste de la réussite scolaire, n'a pas manqué de la souligner lors de sa conférence d'ouverture, qui a lancé les travaux du Symposium.

Au-delà du calendrier scolaire, des camps d'été pourraient être maintenus afin d'offrir aux jeunes de quoi rester occupés pendant la période estivale. Le CEPN en est à évaluer les façons d'adapter ces camps aux restrictions sanitaires.

Un espace consacré aux langues autochtones

Valoriser les langues autochtones se retrouve au cœur des priorités établies par le CEPN. Dans son plan 2021-2026, le Conseil entend mettre de l'avant la préservation et la promotion des langues ancestrales.

Aux yeux de Nancy Crépeau, candidate au doctorat en éducation à l'Université d'Ottawa en didactique des langues secondes, il faut cesser de mettre les langues autochtones en marge de l'enseignement.

Devant un tableau dans une salle de classe, une femme est assise sur un bureau, une longue plume dans la main.

Nancy Crépeau, candidate au doctorat en éducation à l'Université d'Ottawa, en didactique des langues secondes, donnait une conférence au cours de la première journée du symposium.

Photo : Courtoisie : Conseil en éducation des Premières Nations

Bien que la vitalité des langues autochtones varie d'une communauté à l'autre, le français et l'anglais continuent d'occuper une place prépondérante dans les écoles, explique Mme Crépeau, qui a participé au Symposium.

En vertu de l'article 97 de la Charte de la langue française, les communautés sont en droit de décider de privilégier la langue autochtone dans les établissements d'enseignement. Mais les ressources viennent à manquer.

Plus le parcours de l’élève avance, moins de temps est accordé à l’enseignement de la langue [maternelle].

Nancy Crépeau, candidate au doctorat en éducation à l'Université d'Ottawa

Qui plus est, l'enseignement des langues ancestrales doit sortir du cadre scolaire, qui témoignage de l'héritage colonial, poursuit Mme Crépeau.

L’école doit comprendre que l’enseignement de la langue ne se fait pas entre quatre murs; les langues autochtones, contrairement au français, s'apprennent sur le territoire, dans le contexte culturel, dit-elle.

Plutôt que de se limiter à une place symbolique dans les écoles des communautés, les langues autochtones devraient être accueillies dans les classes comme dans les foyers, plaide-t-elle.

Mais pour élargir la vision de l'enseignement, il faudra du temps. Pour réparer 150 ans de mise à l’écart des langues autochtones dans notre pays, il ne faut pas être pressé, dit-elle. Il faut se donner le temps de réfléchir pour comprendre ce qui nous est arrivé.

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