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Chronique

Une année de plus en territoire non cédé

Des étudiants manifestent avec une banderole.

Des étudiants manifestent leur soutien aux chefs héréditaires wet'suwet'en à l'UBC à Vancouver, en Colombie-Britannique, le mercredi 4 mars 2020.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Edith Bélanger

C’est peut-être l’effet de l’hiver ou la lassitude causée par la pandémie, ou peut-être un peu des deux. Quoi qu’il en soit, ces jours-ci, je suis nostalgique. Je cherche dans mes souvenirs un peu de réconfort, je fouille dans la mémoire virtuelle de mes réseaux sociaux à me replonger, l’espace d’un instant, dans ces moments d’un passé qui me semble aujourd’hui appartenir à une autre époque.

Souvenez-vous, à pareille date l’an passé, ce n’était pas encore la COVID-19 qui nous préoccupait le plus. Non. Il y avait une autre crise à gérer : celle des barricades et des manifestations qui, à travers le pays, poussaient comme des champignons en réaction à l’intervention très peu civilisée des agents de la GRC à l’endroit des protecteurs du territoire Unist’ot’en de la nation des Wet’suwet’en en Colombie Britannique.

Un an plus tard, on peut se demander quelles répercussions a réellement eu cet épisode, tant sur les Autochtones que sur tous les autres Canadiens concernés de près ou de loin.

Et alors, cette réconciliation, ça vient ou pas?

Quelques penseurs autochtones ont avancé l’idée que la réconciliation semblait parfois un état souhaité par les gouvernements et quasi imposé aux populations autochtones.

On croirait presque lire entre les lignes de certaines politiques en la matière : Bon, revenez-en, c’est fini les chicanes, passons à autre chose! On est en 2021!

Or, ce refus de prendre en compte le passé, l’histoire vécue par les premiers peuples du Canada est, à mon sens, le premier obstacle à la réconciliation.

Sur ce point, depuis un an, force est de constater qu’il n’y a pas eu de grands progrès réalisés. Dès le départ, même le traitement médiatique du conflit témoignait du peu d’importance accordée à comprendre les causes profondes de ce conflit.

En effet, on a vite fait de qualifier la situation de crise ferroviaire en mettant l’accent sur les effets contemporains des soulèvements, alors que cela n’avait absolument rien à voir avec les trains.

Bien que, accessoirement, ces machines aient servi à faciliter la colonisation, reste que le véritable enjeu des mouvements de protestation était la dépossession des territoires traditionnels.

Vous me direz que j’étais bien trop idéaliste de penser qu’à l’issue de ce conflit on assisterait à une révolution en matière de gestion des enjeux territoriaux autochtones.

Après tout, depuis les années 1970, la situation a peu changé, et c’est principalement entre les tribunaux et les barricades que se joue un duel qui n’a rien de la relation de nation à nation tant souhaitée.

Lorsque les parties sont forcées de s’asseoir pour discuter, de surcroît pour mettre fin à une crise d’envergure comme ce fut le cas en février 2020, il y a peu de chances de progresser vers la réconciliation, c’est trop peu, trop tard.

Est-ce que la relation entre les différents ordres de gouvernance a évolué depuis?

Vous vous souviendrez peut-être que l’un des éléments qui venaient compliquer la situation était que plusieurs paliers de décision étaient impliqués.

Les gouvernements des provinces et celui du pays étaient divisés sur leurs responsabilités respectives et leur pouvoir d’intervention, et s’accusaient, de part et d’autre, de ne pas gérer efficacement la crise.

Parlant de réconciliation, c’est peut-être auprès de ces ordres de gouvernement qu’il faut surtout en faire la promotion car, un an plus tard, on ne peut que constater qu’une fois les voies ferrées libérées, bien d’autres conflits ont mis en lumière le fait qu’au Canada, les chicanes de compétence rajoutent une couche de complexité aux enjeux autochtones.

Pensons notamment au soulèvement de certains membres des communautés anichinabées cet automne, dans le parc de La Vérendrye, pour réclamer une meilleure gestion de la chasse à l’orignal sur leur territoire ancestral.

Pendant que la ministre D’Amours se grattait la tête pour savoir ce qu’elle pouvait bien faire et que le fédéral levait le nez sur la situation en invoquant une compétence provinciale, le grand public comptait les répercussions en matière de forfaits de chasse perdus plutôt qu’en siècles de dépossession territoriale.

Et les AK-47, où sont-ils?

Quand je me ramène à cette même époque, l’année dernière, je ne peux faire autrement que me rappeler la bévue de premier ministre Legault déclarant qu’il se refusait à intervenir pour démanteler la barricade en territoire Kanien’keha:ka parce que, selon ses informations, il les considérait comme lourdement armés.

Cette lamentable déclaration traduisait non seulement une grande méconnaissance, mais surtout témoignait d’un sentiment bien présent dans plusieurs conflits territoriaux autochtones : la peur.

Peur d’un soulèvement, peur des barrages, peur de perdre le contrôle, peur de ce qu’on ne connaît pas.

Avec le temps qui a passé, est-ce que la peur vient toujours teinter les relations et la vision des gouvernements allochtones à l’égard des Premières Nations?

Car, il faut bien le dire, en fonction de l’actualité de la dernière année, c’est les Autochtones qui devraient avoir peur des autorités en place et de leurs décisions plutôt que l’inverse.

Heureusement, en rétrospective, il me semble qu’il y a bien une chose qui se soit améliorée, et c’est la couverture des enjeux autochtones.

Même si, parfois, les angles de certains analystes ou chroniqueurs sont douteux et témoignent de décennies de préjugés qui se sont substitués à une connaissance réelle des enjeux des peuples autochtones, il me semble indéniable qu’on en parle plus que jamais, et ce, malgré une année où la pandémie a pratiquement éclipsé tous les autres sujets.

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