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Projet minier Matawinie : « un pas en arrière dans la réconciliation », dit Manawan

Le Conseil des Atikamekw de Manawan déplore que l’avis des membres de la communauté passe « en deuxième », voire « en troisième » dans le dossier de la mine de Nouveau Monde Graphite.

Une vue aérienne du site.

Le projet minier Matawinie prévoit l'extraction de 100 000 tonnes de concentré de graphite par an.

Photo : Nouveau Monde Graphite

Le Conseil des Atikamekw de Manawan (CDAM) le répète depuis plusieurs mois : la mine à ciel ouvert de Nouveau Monde Graphite, à Saint-Michel-des-Saints, est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté. Et même si Québec en est bien conscient, il a tout de même donné son aval au projet Matawinie, dénonce-t-il.

La nouvelle est venue sans que la communauté en soit avertie, raconte Sipi Flamand, vice-chef de Manawan.

Le gouvernement Legault a annoncé dans les pages de la Gazette officielle, publiée le 10 février (Nouvelle fenêtre), qu’une autorisation avait été délivrée, en date du 20 janvier 2021, à Nouveau Monde Graphite afin qu’elle puisse aller de l’avant avec son projet de mine à ciel ouvert.

Avec l'annonce de ce décret gouvernemental, la compagnie compte démarrer ses activités de construction au troisième trimestre de 2021, même si des études d’impact environnemental sont toujours en cours.

Et ce, malgré le manque d’acceptabilité sociale, rappelle le Conseil des Atikamekw de Manawan.

L’immense chantier du projet Matawinie – le plus grand projet minier de graphite en Amérique du Nord et en Europe, selon Nouveau Monde Graphite – se trouve pourtant sur le Nitaskinan, le territoire ancestral qui fait l’objet de revendications de la part des Atikamekw auprès des gouvernements fédéral et provincial depuis des décennies.

Non seulement ce projet de mine à ciel ouvert n'est pas un projet vert pour nous, dénonce le chef du CDAM, Paul-Émile Ottawa, mais il vient aussi limiter nos activités traditionnelles et nous déposséder de notre territoire ancestral.

Aux yeux des Atikamekw de Manawan, la décision unilatérale de Québec est un pas en arrière dans la réconciliation.

Nous sommes consternés de la décision du gouvernement du Québec concernant l’octroi d’un décret à Nouveau Monde Graphite sans reconnaître la position des Atikamekw au projet minier.

Une citation de :Extrait du communiqué du CDAM

Manifestement, notre avis passe en deuxième, voire en troisième, résume Sipi Flamand.

Le CDAM avait pourtant fait parvenir au ministère de l'Environnement et des Changements climatiques un rapport permettant de prendre le pouls de la communauté. Depuis le 18 novembre, le gouvernement Legault est bien au fait des préoccupations des membres de Manawan.

Nouveau Monde Graphite, dont le chantier est situé à 86 km de la communauté, s'est fait reprocher de ne pas prendre suffisamment de précautions pour préserver la qualité de l'eau et s'assurer de la bonne gestion des déchets acides.

À la fin juin 2020, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait pour sa part demandé que huit nouvelles études soient menées. Il avait souligné par le fait même l'existence d'enjeux d'acceptabilité sociale encore importants.

La société, qui met de l'avant que son projet représentera la première mine à ciel ouvert entièrement électrique au monde, assure que les études environnementales ont été approfondies à la suite des demandes du BAPE.

Les gens de Manawan sont malgré tout préoccupés et ils ne se sentent pas bien renseignés quant à l'impact environnemental qu'aura le projet minier, explique M. Flamand.

Depuis la déposition du rapport de consultation du CDAM, il n'y a pas eu de développement; les inquiétudes demeurent les mêmes, poursuit le vice-chef.

Le vice-chef de la communauté atikamekw de Manawan, Sipi Flamand.

Le vice-chef de la communauté atikamekw de Manawan, Sipi Flamand.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Et depuis des mois, les relations entre la communauté atikamekw de Lanaudière et Nouveau Monde Graphite sont au point mort. On n’a pas eu de rencontre, rien du tout, soutient Sipi Flamand.

La société affirme de son côté avoir investi du temps et des efforts pour [...] collaborer activement avec la communauté locale de Saint-Michel-des-Saints pour assurer l’acceptabilité sociale du projet ainsi qu’avec la Première Nation Atikamekw.

Une impasse

Pour le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, le cas de la mine de Nouveau Monde Graphite témoigne du « manque de considération » qu’a le gouvernement du Québec à l’égard des Premières Nations.

La moindre des choses serait de se comporter de façon honorable en s’assurant que les Premières Nations sont bien prises en compte, quand vient le temps de les écouter et d’entendre leurs préoccupations, et qu’elles puissent tirer parti des projets qui touchent directement leur territoire, souligne-t-il.

Constant Awashish avance l’argument de la reconnaissance des droits inhérents des peuples autochtones sur leur territoire – que Québec ignore à nouveau dans ce dossier, selon lui.

En ne respectant pas les volontés de la communauté, décrit-il, Québec envoie un mauvais message au reste de la population. Tandis que l'épouvantail des revendications des Premières Nations est brandi, les questions de fond, elles, ne sont pas abordées, déplore-t-il.

On n’a jamais été contre le développement, mais je ne pense pas que ce soit bénéfique et un bon message à lancer à la jeunesse atikamekw de ne pas se tenir debout quand il est question de nos droits inhérents.

Une citation de :Constant Awashish, grand chef du Conseil de la Nation Atikamewk

Si le CDAM ne nie pas les potentielles retombées économiques pour la région, il se désole toutefois de voir que les emplois au sein du projet Matawinie seront surtout accordés à des gens de l'extérieur.

Jugeant que les demandes des Atikamekw en matière de garanties d'emplois et de formations sont raisonnables, le grand chef Awashish assure qu'il semble y avoir de la mauvaise fois de l’autre côté.

Dans ce dossier, résume-t-il, la communauté est dans une impasse.

Selon Constant Awashish, le gouvernement et Nouveau Monde Graphite devraient davantage considérer la communauté comme des partenaires. Après tout, dit-il, en mettant à contribution les Premières Nations, Québec s'assure que celles-ci feront tourner l'économie dans la province.

Ces retombées économiques sont pour nous, mais aussi pour tout le monde au Québec, c'est ça qu'il faut comprendre, insiste-t-il.

Une rencontre doit prochainement avoir lieu entre Manawan et le Conseil de la Nation Atikamekw afin d'établir quelles seront les prochaines étapes et discuter stratégie, selon Sipi Flamand.

Nouveau Monde Graphite prévoit de son côté que le projet Matawinie commencera sa production commerciale en 2023, afin de répondre à la demande croissante en matière de batteries au lithium-ion, notamment utilisées dans la conception des véhicules électriques.

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