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Inendi : « La vérité brutale » des pensionnats autochtones

Deux femmes l'une contre l'autre.

Pour Sarain Fox, les aînés sont les « gardiens du savoir ».

Photo : Land Back Studios

L'activiste anichinabée Sarain Fox lance son premier documentaire intitulé Inendi (« elle est absente » en anichinabé). Ce projet très intime est consacré à l'histoire de la tante de la réalisatrice, une survivante des pensionnats.

Sarain Fox, originaire de la communauté de Batchawana, en Ontario, se présente comme une conteuse d’histoires. Celle qu’elle raconte dans son documentaire Inendi est celle de sa tante, Mary Bell, âgée aujourd'hui de 84 ans.

Une femme qui ferme les yeux.

Mary Bell est une survivante des pensionnats. Elle raconte son histoire dans le documentaire de sa nièce.

Photo : Land Back Studios

Elle est la plus ancienne matriarche de notre famille, explique Mme Fox. Dans ce documentaire, Mme Bell raconte son expérience au sein des pensionnats. Il est diffusé en partenariat avec CBC et contient des photographies d'époque.

Mme Bell a aussi documenté les histoires d’autres survivantes dans le cadre de la Commission de vérité et réconciliation. C’est l’histoire de sa vie. Pour moi, c’était très important de capturer cette histoire. Je veux que ma fille entende sa voix, dit-elle.

Une femme portant un chapeau.

Sarain Fox est une militante qui présente également des émissions à la télévision.

Photo : Sarain Fox

Le documentaire était une idée de Mary Bell, d’ailleurs. Elle voyait un peu ce que je faisais à la télé et, de temps en temps, elle me taquinait en me lançant : "Quand est-ce que tu vas raconter l’histoire de notre famille? Mon histoire?", se souvient la réalisatrice. C’était il y a 5 ans…

Se souvenir de l'histoire des aînés

La pandémie a aussi été un accélérateur, puisque les aînés sont particulièrement vulnérables; et lorsque l'un d'eux meurt, c'est tout un pan de la culture autochtone qui s'éteint. « Ils sont nos gardiens du savoir », précise la jeune réalisatrice anichinabée.

C’est en pleine pandémie que Sarain s'est rendue à Batchawana voir sa tante. De loin, dans sa cour, je lui ai dit que j’allais faire un documentaire sur son histoire. Elle était très excitée et a été très courageuse, dit Sarain.

Car du courage, il en a fallu à Mary Bell. C’était la première fois qu’elle me racontait des choses aussi intimes de son passé, c’était très difficile, mais elle était prête à parler de ça. Ce sont des histoires horribles que vous ne souhaitez à personne de vivre, précise la réalisatrice.

Pour tourner le documentaire, Sarain Fox s’est rendu 10 jours sur le terrain. La pandémie frappait alors le pays. Tout a pris plus de temps, raconte-t-elle.

Deux femmes marchent.

Sarain Fox s'est rendue dans la communauté en pleine pandémie, après s'être isolée durant 15 jours.

Photo : Land Back Studios

La petite équipe qui s'est rendue à Batchawana a été placée en quarantaine puis s'est soumise à un test de dépistage de la COVID-19 chaque semaine. Elle a également travaillé en étroite collaboration avec le chef et le conseil.

Sarain Fox espère que son film, qui donne une voix aux survivants et aux aînés, permette aux Canadiens d’entendre la vérité brutale et de ne pas oublier que les politiques du passé ont laissé des traces.

Mais les Canadiens sont-ils prêts à entendre cette vérité? Nous devons l’être, dit-elle. Et une chose est sûre pour Sarain Fox, la relation entre Autochtones et non-Autochtones est encore compliquée et même brisée.

Sarain Fox, le poing levé, aux côtés de sa tante.

Sarain Fox estime qu'il y a encore une mauvaise compréhension quant à savoir ce que signifie être canadien.

Photo : Land Back Studios

Il y a encore une mauvaise compréhension quant à savoir ce qu’est être canadien.

Sarain Fox, réalisatrice

Et pour cela, il faut se concentrer sur la vérité avant de se concentrer sur la réconciliation. Ce mot, d’ailleurs, elle ne l’aime pas.

Les Autochtones sont incroyablement résilients, mais nous sommes bien plus que cela. Je pense que la résilience nous donne l'impression que nous devons simplement survivre, alors que je veux voir les communautés prospérer.

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