•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Femmes autochtones disparues et assassinées : « un manque de volonté politique »

Des robes rouges à la manifestation pour Joyce Echaquan à Montréal, le 3 octobre 2020.

Des robes rouges, symboles des femmes autochtones disparues et assassinées, à la manifestation pour Joyce Echaquan à Montréal, le 3 octobre 2020

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Gabrielle Paul

Les solutions existent pour mettre fin à la tragédie des femmes autochtones disparues et assassinées, mais il y a « un manque de volonté politique », ont déploré plusieurs intervenants des milieux communautaires et autochtones lors d'une conférence de presse en marge de la veillée annuelle du 14 février à la mémoire des victimes.

Pour la coordonnatrice du projet Iskweu, Jessica Quijano, la situation des femmes autochtones disparues et assassinées constitue le plus grand enjeu de droits de la personne au pays.

« Nous avons les solutions, nous avons demandé aux familles de revivre leurs traumatismes pour témoigner devant les commissions et nous ne voyons toujours aucune action. »

— Une citation de  Jessica Quijano, coordonnatrice du projet Iskweu

Je suis très, très en colère, confie-t-elle. Ce sont les mêmes choses que j’ai dites l’an passé. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas de solution; c’est parce qu’il y a un manque de volonté politique.

L'ancienne commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), Michèle Audette, croit qu'un processus devrait être mis en place pour vérifier comment les gouvernements mettent en pratique les appels à la justice lancés par l'ENFFADA.

Souvent, on annonce de gros montants pour répondre aux appels à la justice, mais il faut savoir que, parfois, ce sont des mesures qui existaient déjà, explique-t-elle.

L'ENFFADA, qui a débuté en 2016, a recueilli les témoignages de 2380 personnes partout au pays. Dans son rapport final, déposé en 2019, 231 appels à l'action ont été lancés. Ils visaient entre autres les gouvernements fédéral et provinciaux, les municipalités, le système de santé et les médias.

« Le gouvernement a mis en place et financé cette commission. Il doit donc répondre à la population. Nous devons avoir un moyen de vérifier comment avance l'application des appels à la justice. »

— Une citation de  Michèle Audette, ancienne commissaire de l'ENFFADA

Tant et aussi longtemps qu'on n'a pas cet espace de reddition de comptes, de transparence et d'évolution des appels à la justice, c'est difficile de dire aux gouvernements s'ils ont bougé ou non, ajoute-t-elle.

Présent à la conférence de presse, le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, craint lui aussi l'inaction.

Ça fait trop longtemps que ça dure, affirme-t-il. J'ai moi-même eu l'occasion de voir la foule de rapports, d'enquêtes et de commissions qui ramassent la poussière sur des tablettes depuis trop longtemps.

Pas seulement une réalité de l’Ouest

Lorsqu'on se compare à d'autres villes au Canada, on se rend compte qu'on est vraiment en retard, dit la coordonnatrice du collectif Missing Justice, Dayna Danger, en soulignant l'existencedu rapport de l'ENFFADA spécifique au Québec.

On ne peut plus prétendre que c’est juste une situation qui survient dans le Downtown Eastside de Vancouver. Malheureusement, ça arrive à Joliette, ça arrive à Montréal et partout au Canada, note de son côté Michèle Audette.

À Lac-Simon, on a de nos femmes qui ont été assassinées, rappelle la cheffe de cette communauté anichinabée, Adrienne Jérôme, qui est également porte-parole du Conseil des femmes élues de l'APNQL.

« Les femmes sont au cœur de nos nations. Ce sont les gardiennes de savoirs. Perdre une femme, c'est perdre l'une de nos plus grandes forces. »

— Une citation de  Adrienne Jérôme, cheffe de Lac-Simon

La présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ), Viviane Michel, a tenu pour sa part à souligner que son organisation travaille à l'élaboration du plan d'action national et prépare des consultations auprès des familles touchées.

On perd encore de nos femmes, de nos filles, dit-elle. Les commissions n'ont pas mis fin à ça.

Précarité exacerbée par la pandémie

Amanda LaBillois, qui est navigatrice autochtone chez Médecins du monde à Montréal, accompagne et oriente les itinérants autochtones dans le réseau de la santé et des services sociaux.

Elle constate notamment une recrudescence des agressions sexuelles envers les femmes autochtones depuis le début de la pandémie.

J'ai entendu les histoires de femmes droguées et abandonnées nues dans la rue, relate-t-elle. Ce n'est pas chose du passé. Il s'agit de violences continues et ciblées envers les femmes autochtones.

La pandémie démontre que des problématiques n'ont pas été traitées de la bonne manière, ajoute-t-elle.

Veillée virtuelle

Tous les 14 février, une marche et une veillée sont habituellement organisées à Montréal, mais cette année l’événement se tiendra en ligne (Nouvelle fenêtre). Une autre vigile, tenue en octobre, avait également eu lieu sur le web.

À Québec, un rassemblement est toutefois prévu devant l'Assemblée nationale.

Nous y serons avec la maison communautaire Missinak, Carol Dubé, le conjoint de Joyce Echaquan, le chef innu Jean-Charles Piétacho et bien d'autres gens pour allumer des lanternes et penser à nos milliers de sœurs qui ont quitté le monde, dit Michèle Audette.

Les veillées et les marches de la Saint-Valentin pour les femmes autochtones disparues et assassinées ont débuté en 1992, à Vancouver, après le meurtre de Cheryl Ann Joe, une Salish de la côte. Le 14 février correspond au jour où son corps a été retrouvé.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !