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L'action avant les grands principes, soutient le ministre Lafrenière

Entretien avec le ministre responsable des Affaires autochtones du Québec sur le Principe de Joyce, Apuiat et le SPVM

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Photo : Ivanoh Demers

Pressé par l’opposition d’aller de l’avant avec un projet de loi sur le Principe de Joyce, le ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, Ian Lafrenière, réitère qu’en raison de l'emploi du terme « racisme systémique », Québec n’ira pas de l’avant avec le projet tel que formulé. Or, ce refus n'altère pas sa volonté d'actions, dit-il.

Le ministre a aussi réagi sur le modèle de partenariat d’Apuiat et des relations entre le SPVM et les Autochtones.

Espaces autochtones : Le gouvernement québécois a refusé de s’engager à déposer un projet de loi sur le Principe de Joyce avant la fin de la session, comme demandé par le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’affaires autochtones, Gregory Kelley. Pourquoi? 

Ian Lafrenière : Dès le dépôt du Principe de Joyce, on a salué le travail fait et je l’ai reçu au nom du gouvernement du Québec et l’ai présenté. Mais une chose était claire avant de recevoir le Principe de Joyce, et je l’ai réitéré quand on l’a reçu, c’est qu’on ne s’entend pas sur le terme racisme systémique.

J’ai toujours dit à Paul-Émile Ottawa (le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan) et à Constant Awashish (le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw) que cela ne nous empêchait pas de travailler ensemble pour lutter contre le racisme.

J’ai aussi demandé à M. Kelley s’il voulait vraiment insinuer que le fédéral devrait embarquer dans notre champ de compétence qu’est la santé. Nous, au lieu d’aller dans les grands principes, on a décidé d’aller dans l’action.

On n'adhère pas à la notion de racisme systémique qui se trouve dans le Principe de Joyce, mais on regarde comment mettre en place les autres choses. Citons par exemple notre première annonce, début novembre, sur la sécurisation culturelle, donc on est au rendez-vous, dans l’action. On n’est pas dans les grands principes.

Vous ne pouvez pas déposer le projet de loi Principe de Joyce tel quel à cause du mot systémique?

Oui! Mais on peut l’embarquer, l’insérer dans ce qu’on veut faire. Nous voulons que les gens qui se présentent à l’hôpital reçoivent de bons soins et soient traités de façon équitable, et nous travaillons là-dessus.

J’ai justement une rencontre de suivi dans les prochains jours avec mon collègue le ministre de la Santé pour voir comment ça va se matérialiser. 

Vous parlez d’actions entreprises, lesquelles?

Un des éléments hyper importants du Principe de Joyce est de donner des soins appropriés aux membres des Premières Nations et on n’a pas attendu le Principe de Joyce. Je suis toujours resté en lien avec la communauté atikamekw.

Lorsque nous avons annoncé la formation en sécurisation culturelle pour les établissements de santé, nous aurions pu décider de ne former que le personnel soignant de l’hôpital de Joliette puisque l’évènement s’est produit là-bas. Mais le ministre Christian Dubé a pris la décision d’élargir cela. C’est-à-dire que tous les gens qui travaillent dans le milieu de la santé, qu’ils soient du personnel soignant ou non, à l’entretien, à la sécurité, à l’accueil, vont aussi avoir une formation.

C’est important que tout le monde ait la même formation, au lieu d’y aller dans ce que j’appelle l’approche par plaster – il y a un problème et on le règle juste à cet endroit.

Mais c’est vrai que ce n’est pas terminé. Il y a eu aussi des démarches qui ont commencé entre autres à Joliette.

On parle aussi de navigateur, donc d’une personne qui connaît la nation, la langue, et qui va accueillir le membre de la nation afin de faciliter son accueil et permettre de le diriger pour avoir les soins appropriés.

On a même offert d’avoir un représentant au comité des clients, des utilisateurs du centre de santé pour avoir le pouls de ce qui se passe sur le terrain et bien le communiquer. Des changements ont été faits à Joliette. Il y a un nouvel interlocuteur pour la communauté atikamekw, avec une nouvelle représentante. De l’aveu du chef Ottawa, ça se passe bien.

Jusqu’à présent on a démontré beaucoup d’actions et ce n’est pas terminé. Il y a beaucoup de choses à faire. Il y a eu durant de nombreuses années des gens qui n’ont pas eu des approches appropriées, qui ont eu des approches racistes. On doit corriger cela et ça ne se fera pas en un claquement de doigts. Je me plais à dire qu’on ne corrigera pas 400 ans en quelques jours. 

Le chef Paul-Émile Ottawa, se demandait dans un article s’il y avait du relâchement de la part du gouvernement québécois car il n’avait pas eu de communication avec vous depuis le retour des Fêtes… qu’en est-il? 

Avant Noël, on se rencontrait toutes les semaines pour faire le suivi. À la dernière rencontre juste avant Noël, nous avions décidé qu’en 2021, les rencontres se tiendraient lors du Conseil national des Atikamekw, qui est normalement aux cinq semaines. Le prochain est le 29 mars.

Depuis l’article, j’ai parlé à Paul-Émile Ottawa en lui rappelant qu’il avait mon numéro de cellulaire, que j’étais toujours disponible pour lui et que nous avions convenu de nous voir lors des grands conseils de la nation atikamekw. Mais c’est vrai qu’on est en pleine période de pandémie, et ça n’avance peut-être pas aussi vite qu’on le voudrait.

Vous dites travailler avec les PN, mais le grand chef du CNA, Constant Awashish, a indiqué que le gouvernement provincial n’avait pas encore atteint le niveau de voir les PN comme une plus-value pour la société, des alliés, des partenaires…

Il y a du travail à faire! Cependant, je vous donne le contre-exemple. On a annoncé un très beau projet : Apuiat. Et si ça ce n’est pas travailler comme des partenaires, je ne sais pas ce que c’est! Mais il y a encore du travail à faire, beaucoup de travail et on veut développer des projets comme ça.

Justement, avec le projet Apuiat, les Innus sont les producteurs d’électricité. Est-ce un nouveau modèle à suivre?

Je n’aime pas l’approche mur à mur. La volonté n’est pas de dire aux communautés : voici ce qu’il faudrait faire! La volonté est de prendre des projets qui sont importants pour améliorer la qualité de vie et le quotidien des membres des Premières Nations, travailler ensemble pour établir une base de nation à nations. C’est ce qu’on fait.

On veut faire du développement économique avec des projets qui correspondent aux volontés des nations. C’est le message que j’ai lancé encore cette semaine lors d’une rencontre avec la communauté algonquine. On sait qu’une reprise économique va arriver et les Premières Nations doivent en faire partie. 

Plusieurs communautés ne veulent pas qu’Hydro-Québec construise une ligne de transport vers la Nouvelle-Angleterre, faisant valoir la défense de leurs droits constitutionnels. La compagnie a répondu que les négociations de nation à nations ne la concernaient pas... Que répondez-vous?

Ce sont des négociations territoriales. Je pourrais vous répondre par la même chose : dès qu’on parle des revendications territoriales, je suis tributaire d’un troisième joueur qui est le fédéral. Je peux avoir toute la bonne volonté du monde [...] au niveau territorial, on est vraiment dans un rôle passif malheureusement. On veut travailler avec le fédéral là-dessus, mais cela ne nous empêche pas d’avoir des ententes de nation à nations.

En janvier, deux rapports ont dénoncé le profilage racial dont ferait preuve le SPVM envers les Autochtones, surtout les femmes. Est-ce que vous regardez ce dossier? Vous êtes-vous assis avec le SPVM?

Je vais être honnête avec vous. Présentement non! J’ai, par contre, parlé avec la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, avec Nakuset (directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal et du centre Résilience) aussi, car je travaille beaucoup avec le projet Résilience sur des choses très terrain pour les itinérants autochtones du centre-ville de Montréal.

La relation des services de police avec les Premières Nations me préoccupe. Ma collègue Geneviève Guilbault travaille sur un livre vert sur la refonte de la façon de travailler des policiers, entre autres avec les Premières Nations. En décembre, j’ai annoncé un financement pour augmenter les patrouilles mixtes entre le SPVM et des intervenants autochtones du Centre d’amitié autochtone de Montréal. Je pense que c’est une partie de la solution.

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