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Les autorités innues de Pessamit accusent la SQ de profilage racial

Deux membres de la communauté innue auraient été interpellés brutalement samedi.

 Un véhicule de la Sûreté du Québec bloque la route.

Un véhicule de la Sûreté du Québec

Photo : Radio-Canada / Mathieu Wagner

Le conseil de bande de Pessamit, sur la Côte-Nord, soutient que la SQ a fait preuve de profilage racial à la suite d'une interpellation qualifiée de musclée de deux de ses membres samedi alors qu’ils étaient sur leur territoire de chasse. Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) confirme avoir reçu le mandat de se pencher sur ce dossier.

Samedi, deux membres de la communauté de Pessamit, âgés de 57 et 58 ans, se sont rendus sur leur territoire de chasse ancestral, le Nitassinan, à deux heures de route au nord de Baie-Comeau, afin de vérifier s’il y avait de l’exploitation forestière comme on le leur avait signalé.

Vers 14 h, les deux hommes ont été interpellés par la Sûreté du Québec d’une manière qui les a traumatisés, raconte le porte-parole du Conseil des Innus de Pessamit dans ce dossier, Jérôme Bacon St-Onge.

Des gyrophares allumés, un véhicule de police devant, un autre derrière, une intervention par haut-parleur puis, selon Jérôme Bacon St-Onge qui a parlé aux deux hommes, ils ont été pointés avec l’arme à feu et l’arme à impulsion électrique, les mains en l’air, les genoux à terre, ont été menottés, mis en état d’arrestation, détenus à bord de l’auto-patrouille, et leur voiture, complètement fouillée.

Ce n’est vraiment pas une intervention de routine au cours de laquelle les policiers s’avancent vers toi et demandent tes cartes d’identité et la raison de ta présence, précise Jérôme Bacon St-Onge, qui a lui-même été policier pendant 12 ans.

Il qualifie cette intervention de musclée, déraisonnable et troublante pour l’ensemble de la communauté. Les deux individus, qui ne souhaitent pas s’exprimer, sont, selon Jérôme Bacon St-Onge, sans histoire, ni feuille de route criminelle, ni quoi que ce soit.

M. Bacon précise que « les deux individus ont été relâchés sans accusation, mais au moment de l'arrestation, ils ont été informés être arrêtés pour vol, méfait, introduction par effraction, et que ce n'est qu'à la suite de l'intervention armée qu'ils ont pu quitter les lieux ».

Ce n’est que plus tard que le conseil de bande a appris qu’une série de vols avait eu lieu, expliquant une présence accrue de policiers de la Sûreté du Québec.

L'homme pose dans son bureau.

Le membre élu du Conseil des Innus de Pessamit, Jérôme Bacon St-Onge

Photo : Gracieuseté : Jérôme Bacon St-Onge

Néanmoins, Jérôme Bacon St-Onge estime que la police aurait pu vérifier plaques et permis afin de savoir à qui elle avait affaire.

C’est une intervention de routine qui aurait dû se faire de façon courtoise. Là, ils sont traumatisés, un m’a dit qu’il avait craint pour sa vie, on les a pointés avec une arme mortelle! [...] On voit ça à la télé, mais là, on est sur la Côte-Nord!

Une citation de :Jérôme Bacon St-Onge, porte-parole du Conseil des Innus de Pessamit

Le conseil de bande qualifie cette intervention de profilage racial, d’autant plus que la voiture ne correspondait pas à celle qui était recherchée et que les deux Innus ont été témoins, lors de leur retour, d’une autre intervention.

Ils ont vu la SQ faire la même intervention auprès d’allochtones, mais pas de menottes, pas d’armes de service sorties, tsé, c’est là que le bât blesse. On ne comprend pas pourquoi l’intervention était différente. Il y a lieu de se poser des questions, lance Jérôme Bacon St-Onge, qui poursuit en se demandant si c’est parce que ce sont des Autochtones qu’ils ont été interpellés. La question à se poser, c’est le profilage racial! affirme-t-il.

Il rappelle que cette interpellation survient dans la foulée de la commission Viens, du décès tragique de Joyce Echaquan, mais aussi de celui de George Floyd aux États-Unis, et dit vouloir faire toute la lumière sur cette affaire pour que cela ne se reproduise plus.

On dénonce le racisme systémique dont les Premières Nations sont encore vraisemblablement la cible en 2021.

Une citation de :Jérôme Bacon St-Onge

Le Bureau des enquêtes indépendantes confirme avoir reçu le mandat de se pencher sur une intervention de la Sûreté du Québec survenue dans le secteur de Pessamit, samedi.

Il refuse toutefois de donner davantage de détails, puisqu’il s’agit d’une enquête de nature criminelle. Les résultats seront confiés au Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui décidera si des accusations seront déposées ou non.

De son côté, la Sûreté du Québec indique qu'elle ne peut pas commenter cette affaire, étant donné que le dossier a été remis au BEI.

Avec la collaboration de Laurence Royer

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