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Marguerite ou l'esclavage comme héritage colonial

Une création des Production Onishka en collaboration avec Espace Go et le Centre du Théâtre d’aujourd’hui.

Émilie Monnet présente Marguerite, une autochtone et esclave qui remonte le temps

Émilie Monnet présente Marguerite, une autochtone et esclave qui remonte le temps

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Maria-Louise Nanipou

Émilie Monnet a écrit et mis en scène le spectacle Marguerite, une femme autochtone et esclave qui remonte le temps.

Émilie Monnet, activiste et artiste pluridisciplinaire, née d’une mère anichinabée et d’un père français, s’est rendue en Martinique pour retracer le chemin de Marguerite Duplessis, qui a vécu à Montréal en 1740.

Marguerite Duplessis, dont le prénom est devenu le titre de cette œuvre, est la première femme à la fois esclave et autochtone à avoir tenter de faire reconnaître sa liberté par un procès.

Émilie Monnet, qui a fondé la maison de production Onishka en 2011 et qui effectue une résidence de trois ans au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, est au cœur de la création de ce spectacle singulier autant par les textes, l'histoire qu'il raconte, que par la mise en scène.

Marguerite Duplessis est née d'une mère autochtone et d'un père français.

Est-ce un hasard, cette similitude avec l’auteure?

Émilie Monnet a effectué des recherches historiques approfondies pour ce projet. Elle puise dans la symbolique et dans les mythologies à la fois personnelles et collectives pour raconter cette histoire d'un autre siècle, mais qui s’inscrit aussi au cœur même des réalités autochtones contemporaines.

Dans le but de se défendre et de se libérer de l’esclavage, Marguerite aurait prétendu être née d’un père blanc, mais en réalité, selon les historiens, c’était une jeune Autochtone captive, précise Mme Monnet.

La plupart des esclaves au Québec étaient originaires de l'ouest du Mississippi. Marguerite aurait probablement été Comanche et faite captive par les Iowas. Elle a été identifiée à cause de son œil balafré, ajoute-t-elle.

L'histoire de Marguerite

Émilie Monnet se réfère aux travaux de la juriste métisse Signa Daum Shanks et de l'historien Brett Rushforth

Elle explique que Marguerite Duplessis a été condamnée à l’esclavage alors qu'elle était encore enfant.

Elle a eu plusieurs maîtres au cours de sa vie, mais c'est alors qu'elle subissait l'esclavage de Marc Antoine Huart de Dormicourt, qui possédait une plantation en Martinique, qu'a lieu le procès pour son affranchissement en 1740.

Toutefois, révèle l’artiste, elle a fait face à des hommes de loi eux-mêmes impliqués dans l’esclavage. Sa voix a disparu au profit de la voix de ces hommes.

Marguerite n'obtiendra pas sa liberté.

Puis la trace de Marguerite commence à être plus difficile à retrouver, précise l’artiste. C’est après son départ vers la Martinique que Marguerite devient introuvable.

L’esclavage avant l’arrivée des Européens, selon Serge Bouchard

L’anthropologue et homme de radio Serge Bouchard explique que la thématique de l’esclavage explorée par l’œuvre de Monnet se fonde sur un fait historique connu : les Européens ont eu des esclaves autochtones.

Il précise toutefois que l’esclavage était aussi pratiqué par les Iroquois.

Il apporte cependant une nuance en rappelant qu’il s’agissait principalement de prisonniers de guerre. Certains prisonniers étaient exécutés, d’autres étaient torturés puis, enfin, une autre catégorie de prisonniers était adoptée et reconnue en tant qu’Iroquois.

Les Iroquois traitaient ainsi leurs prisonniers comme des esclaves et en faisaient parfois des cultivateurs, du moins pour ceux qui étaient adoptés.

Puis l'esclavage s'est transformé et généralisé avec l’arrivée des Européens. Les esclaves noirs valaient plus cher que les esclaves autochtones. Pour moi, Marguerite Duplessis est une remarquable oubliée par son courage.

Une citation de :Serge Bouchard

Pour l’anthropologue, cette femme s’est tenue debout face à une culture de l’esclavage et à un système judiciaire méprisant et injuste.

Le fil conducteur dans le temps : l’esclavage des femmes autochtones

La création d’Émilie Monnet sera présentée par quatre artistes qui incarnent quatre Marguerite, sous la forme d’un texte choral. 

Une pièce de 60 minutes interprétée par quatre femmes d’origines à la fois autochtones et noires, et présentée dans le Vieux-Montréal, à l'extérieur, entre le 27 avril et le 15 mai 2021.

Émilie Monnet lors d'une représentation de sa production OKINUM.

Émilie Monnet lors d'une représentation de sa production OKINUM.

Photo : Courtoisie Émilie Monnet / Valérie Remise

Émilie Monnet invitera les spectateurs à remonter une partie de l’histoire de Marguerite Duplessis et de celle des Autochtones devenus esclaves, sans oublier les femmes noires, elles aussi esclaves, ajoute l’auteure.

D’autres moments de la vie de Marguerite Duplessis sont illustrés. On aborde entre autres la traite des femmes, un aspect moins connu de l’histoire québécoise et qui fait partie encore aujourd’hui de l’héritage des femmes autochtones.

Émilie Monnet, artiste pionnière

L’artiste s’inspire également de ses nombreuses années d’activisme auprès d’organisations autochtones, en plus de sa participation à des projets artistiques avec des femmes qui ont connu des problèmes avec la justice.

C’est au croisement du théâtre, de la performance et des arts médiatiques que la pratique artistique d’Émilie Monnet s’articule. Il y est question d’identité, de mémoire, d’histoire et de transformation, peut-on lire sur le site du Centre national des Arts.

Elle souligne toute la pertinence de cette pièce qui permet d’illustrer un autre pan de l’histoire coloniale, sans oublier la défaillance de la justice qui explique en partie la situation des femmes autochtones d’aujourd’hui.

Les pensionnats ont perpétué l’esclavage par la maltraitance qui a notamment contribué à l’exploitation sexuelle des femmes autochtones de même qu'à la dilution de l’identité et à la perte de fierté des Autochtones.

Des sévices qui conduisent à la violence, à l’itinérance, à la toxicomanie, à la surreprésentation carcérale, entre autres, et qui rendent les femmes plus vulnérables, comme c’est le cas des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.

Une citation de :Émilie Monnet

L'œuvre illustre la violence qui persiste. L'artiste termine en précisant que les failles dans la justice actuelle prennent racine au 18e siècle.

Cette pièce reflète notre réalité actuelle, puisqu’elle est représentative aussi de la grande résilience dont font preuve nos sœurs militantes et activistes autochtones. Et, par Marguerite, je tenais à redonner voix aux jeunes femmes autochtones et leaders de demain. Marguerite, c’est aussi Tina Fontaine, Joyce Echaquan ou une jeune anichinabée que l’on rend captive et qu'on retrouve sur les cargos entre Thunder Bay et Duluth.

Une citation de :Émilie Monnet

Cet article comporte des précisions qui le différencie de la première version publiée samedi matin à la suite d'une mise au point de l'artiste Émilie Monnet. Toutes nos excuses à nos lecteurs.

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