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Sky Dancers : l’art qui panse et rend hommage aux bâtisseurs mohawks

Trois interprètes accroupis regardant l'image, sur un écran, d'un danseur autochtone.

En combinant danse, projections vidéo et théâtre, Sky Dancers explore la tragédie du pont de Québec de 1907.

Photo : John Lauener et Brian Medina

Maud Cucchi

L’artiste mohawk Barbara Kaneratonni Diabo règle ses pas de danse sur ceux de ses ancêtres. Son spectacle « Sky Dancers » renoue avec la mémoire d’une tragédie centenaire, celle de l'effondrement du pont de Québec qui a tué 33 monteurs de charpentes métalliques de Kahnawake en 1907. À découvrir cet automne, si la situation sanitaire le permet.

Dégâts collatéraux positifs à une crise catastrophique? La pandémie nous apporte une autre perspective, elle nous force à prendre du recul et, dans mon cas, à creuser le récit du spectacle encore plus, partage la chorégraphe, philosophe et heureuse récipiendaire d’une généreuse subvention.

Sa création multidisciplinaire, à la fois personnelle et historique, a retenu l’attention du Fonds de création du Centre national des arts (CNA), qui lui a octroyé 120 000 $ afin de peaufiner décor, éclairages et projections.

Barbara Kaneratonni Diabo avec des cerceaux.

Originaire de Kahnawake, Barbara Kaneratonni Diabo est établie à Montréal, où elle enseigne. Elle s'est distinguée en combinant les danses traditionnelles des Premières Nations aux styles contemporains.

Photo : Mario Faubert

Elle pourra également offrir des ateliers à ses interprètes, en vue d’une tournée nationale, voire internationale. De quoi financer les moyens de ses ambitions, se réjouit la chorégraphe, et de démontrer qu’une histoire locale, touchant une communauté, peut aspirer à rejoindre un large public.

Souvent, les artistes doivent faire beaucoup avec très peu, observe Heather Moore, productrice générale du Fonds national de création. Notre aide leur permet d’aller au bout de leur vision artistique. Dans le cas de Barbara, c’était une vision très convaincante, forte artistiquement et dotée d’excellents partenaires de production à Toronto et à Halifax.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Sky Dancers, de Barbara Kaneratonni Diabo

Si la danse de Barbara Kaneratonni Diabo a pour vocation de générer de multiples aventures visuelles en repoussant ses horizons, elle n’oublie pas les siens. Avec ce financement, elle compte également élaborer une scénographie modulable adaptée aux tournées dans les plus petites communautés.

Tout a commencé très modestement, il y a quatre ans, avec une poignée de danseurs, sans décor, grâce à un espace offert par un festival d’Halifax, se souvient -elle. Au carrefour de l’intime et du public, son spectacle autour de la catastrophe du pont de Québec de 1907 trouve un écho inattendu lors des premières représentations.

Parce qu’il évoque un pan de l’histoire canadienne, celui du développement des infrastructures à mesure que les voies de chemin de fer du Canadien Pacifique (CP) serpentent le pays, mais aussi parce qu’il s’attelle au deuil difficile des 33 ouvriers mohawks morts dans l’effondrement du pont qu’ils construisaient, une situation somme toute universelle, de résilience et de dur labeur, partage la danseuse et chorégraphe.

Je viens d’une communauté très tissée serrée. Il faut imaginer, en plus, que les travailleurs du fer constituent une culture en soi, comme une communauté dans la communauté.

Barbara Kaneratonni Diabo, interprète et chorégraphe

Tout le monde, à Kahnawake, avait un fils, un père, un oncle ou un cousin ayant péri dans cette tragédie, raconte Barbara Kaneratonni Diabo, qui a elle-même perdu son arrière-grand-père dans l’accident. Quand le pont était en cours de construction près de Kahnawake, des jeunes de la communauté s’amusaient à aller dessus, à sauter autour, ce qui a donné l’idée de les embaucher car ils semblaient intrépides.

Après le drame, les femmes de la communauté ont alors décidé qu’elles ne laisseraient plus jamais leurs époux travailler tous au même endroit et qu’il fallait diversifier les emplois. Plusieurs ont alors déménagé à New York, poursuit la chorégraphe, en mentionnant que de nombreux travailleurs mohawks ont participé à la construction des tours jumelles, à New York, mais aussi à leur démolition après le 11 Septembre.

Des ponts entre les cultures

D’aussi loin qu’elle se souvienne – depuis ses 4 ans, précisément – Barbara Kaneratonni Diabo a toujours dansé. Ballottée d’une ville à l’autre durant son enfance, en fonction des contrats de son père ferrailleur, elle a embrassé tous les genres en danse, du classique au ballet contemporain, en passant par le hip-hop et la danse moderne. Pour moi, la danse, c’est un remède efficace. Si je ne danse pas, il y a une part de moi qui manque, assure-t-elle. Sa pratique inclut aussi son héritage autochtone paternel avec lequel elle a renoué plus tard.

Cette façon de danser, notamment dans les pow-wow, ça me parle beaucoup. Ce n’est pas seulement un spectacle, mais un partage. On danse pour la communauté, pour ceux qui ne peuvent pas danser.

Barbara Kaneratonni Diabo, interprète et chorégraphe

C’est donc tout naturellement qu’elle s’est jointe à la distribution de Sky Dancers, où l’on retrouvera également son frère Michael Tekaronianeken Diabo à la direction musicale, ainsi que des cousins parmi les interprètes et peut-être sa fille Emily, aux côtés des danseurs, si son horaire d’adolescente de 16 ans le lui permet.

Quant aux interprètes extérieurs à sa communauté, Barbara Kaneratonni Diabo s’est assurée de bien les former à la culture et aux enjeux qu’ils incarneront sur scène.

On parle beaucoup des différents protocoles, de nos valeurs, explique-t-elle. Je les emmène au sein de la communauté, pour voir le mémorial érigé en souvenir de la tragédie, pour qu’ils rencontrent aussi l’archiviste qui l’a préparé. Je m’assure qu’ils comprennent bien la communauté et qu’ils viennent avec un cœur ouvert.

Au diapason, donc, de la mission de sa compagnie A’nó:wara Dance Theatre : Inspirer les autres, encourager la fierté culturelle, élever les esprits et augmenter l’éducation et la communication.

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