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Un système de mentorat pour rejoindre les décrocheurs autochtones

Des élèves du secondaire vus de dos dans une classe  à la hauteur des jambes et des pieds, de manière à ne pouvoir les identifier.

Un projet pilote pour faire en sorte que le plus grand nombre possible d'Autochtones puissent terminer leur secondaire.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Lacelle

La plateforme de soutien Academos lance un projet pilote en concertation avec un organisme autochtone et une chaire de recherche pour mettre en relation des « mentors » autochtones et allochtones avec des jeunes décrocheurs.

Lorsqu’Academos, la Fondation Nouveaux Sentiers et la chaire Myriagone de l’Université de Montréal se rencontrent, on se demande comment exploiter la plateforme Academos pour atteindre les Autochtones.

Academos est un organisme à but non lucratif qui aide les jeunes de 14 à 30 ans à trouver le métier de leurs rêves en leur permettant de discuter gratuitement avec des milliers de professionnels passionnés par leur travail via une application de mentorat virtuel.

Quant à la Fondation Nouveaux Sentiers, elle a été mise en place par les Premières Nations au bénéfice de sa jeunesse.

D’un côté, Academos peut mettre à profit sa plateforme déjà fonctionnelle depuis une vingtaine d’années, de l’autre, la Fondation Nouveaux Sentiers peut être un bon relais pour rejoindre les communautés du Québec.

Car le constat est simple : beaucoup de jeunes décrocheurs sont issus des communautés autochtones.

Un sondage publié par la Commission de la santé et des services sociaux du Québec et du Labrador indique que plus de la moitié des adultes autochtones (52,1%) n’ont pas terminé leurs études secondaires en suivant un cheminement régulier.

Les décrocheurs forment une proportion de 37,9 % des adultes.

Sarah Fraser, la cotitulaire de la chaire Myriagone, rappelle toutefois que ces chiffres n'incluent pas les Inuit. Elle ajoute : il y a énormément de différences entre les nations. Certaines nations sont près des villes et des milieux post-secondaires, alors que d'autres sont très loin.

Devenir mentor

Mais difficile de les rejoindre lorsqu’on est allochtone. Academos lance donc ce projet pilote via une zone Premières Nations sur sa plateforme déjà existante. Le premier défi est de trouver des mentors.

Ces derniers sont bénévoles et forment une force d’écoute à disposition des jeunes inscrits sur la plateforme. Un gros travail d’adaptation doit être fait pour que ces jeunes s’identifient et se sentent en sécurité. On sait qu’il ne suffit pas de faire du copier-coller de ce qui existe à la base sur Academos, ajoute Catherine Légaré, la présidente fondatrice d’Academos.

Le travail commence donc par le recrutement des mentors. Mais comment devenir mentor? Tout le monde peut devenir mentor, indique Mme Légaré.

Catherine Légaré

Selon Catherine Légaré, les candidats pour le rôle de mentor doivent être des actifs, au parcours sinueux ou conventionnel, des décrocheurs raccrocheurs, des jeunes idéalement, puisqu’il s’agit de rejoindre les jeunes.

Photo : Academos

Les candidats doivent être des travailleurs actifs, au parcours sinueux ou conventionnel, des décrocheurs, des raccrocheurs, des jeunes idéalement, puisqu’il s’agit de rejoindre les jeunes, mais les aînés, porteurs de grandes connaissances concernant les cultures autochtones, sont aussi vivement attendus.

Ils suivent tous une formation et un atelier d’une trentaine de minutes concernant spécifiquement les enjeux reliés au public visé. C’est un atelier de sensibilisation aux cultures autochtones. On parle d’identité, de sécurisation culturelle, on leur fournit les notions de base sur les réalités socio-économiques des Autochtones, sur la persévérance scolaire, etc., détaille Mme Légaré.

Grâce à différentes communications publiées sur les réseaux sociaux, grâce aux contacts de la Fondation Nouveaux Sentiers auprès des conseils de bande et des communautés en général, l’équipe espère joindre des candidats potentiels.

Une fois les mentors recrutés, les jeunes qui s’inscrivent sur Academos ont accès à une banque les présentant tous. Ce sont eux qui choisissent leur mentor. Un algorithme leur fait aussi des suggestions en fonction de ce qu’ils ont mis dans leur profil, précise Mme Légaré.

Il faut vraiment instaurer un climat de confiance entre le jeune et son mentor, qu’il se sente à l’aise, compris..., ajoute-t-elle.

Un homme adulte et un garçon marchent en se tenant la main

Les jeunes doivent se reconnaître dans leur mentor.

Photo : iStock / Wavebreakmedia

Idéalement, la cohorte de mentors – Academos vise une cohorte de 30 mentors – devra se composer d’allochtones et d’Autochtones.

C’est important que le jeune se reconnaisse dans la banque de mentors qui sera mise à leur disposition, indique Marie-Claude Cleary, directrice générale de la Fondation Nouveaux Sentiers.

C’est même un impératif pour elle. On veut qu’il y ait des chasseurs traditionnels, des trappeurs, des gardiens de la culture culinaire. On veut aussi favoriser ceux qui parlent la langue de ces jeunes, ajoute-t-elle.

Certains diront qu’il s’agit une fois de plus de Blancs qui veulent sauver les Autochtones. On ne parle pas de les sauver, mais de réconciliation. Je ne vois pas des sauveurs, mais des gens qui travaillent ensemble, croit Mme Cleary.

Sarah Fraser, de la chaire Myriagone, croit aussi que ce projet ne pourrait pas fonctionner s’il n’y avait pas la Fondation Nouveaux Sentiers dans la boucle. Son C.A. a vu que ce projet pilote était pertinent. Et la gouvernance du programme est sous l’égide la fondation, ce qui assure que personne de l’extérieur ne va imposer quoi que ce soit, dit-elle.

Un soutien psycho-social

Mme Légaré rappelle que les mentors ne font pas de soutien scolaire, ils sont plus des guides, des conseillers, sans avoir la formation de psychologues ou de conseillers d’orientation, évidemment.

Les mentors sont là pour répondre aux questions des jeunes, lui demander ce qu’il veut faire plus tard, quelles sont ses aspirations, comment ça se passe à l’école, etc. Il s’agit d’un soutien de type psycho-social , ajoute la présidente fondatrice.

L’efficacité et la pertinence de ce projet pilote seront évaluées, mais les trois parties prenantes du projet espèrent bien qu’il puisse se pérenniser dans le temps. Tout en restant ouvert aux éventuelles adaptations.

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