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Allier médecine traditionnelle et occidentale pour soigner les Autochtones

Un couteau devant des feuilles du thé du Labrador

La médecine traditionnelle se base beaucoup sur l'utilisation des plantes.

Photo : Radio-Canada / Jean-Louis Bordeleau

Alors que les Autochtones demandent au gouvernement Legault d’adopter le principe de Joyce qui vise à instaurer une sécurisation culturelle dans les établissements de santé, l’une des pistes envisagées serait de permettre à la médecine traditionnelle de se faire une petite place dans la médecine occidentale.

L’idée a été évoquée lors d’une table ronde organisée par l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador dont le thème était la santé. C’est une infirmière atikamekw de Manawan, Jolianne Ottawa, qui a déclaré : Nous aimerions pouvoir consulter nos guérisseurs traditionnels. Mais nous n’avons pas le droit, car c’est jugé contraire au Code des infirmiers et infirmières.

Contacté par Radio-Canada, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) évoque la médecine traditionnelle autochtone comme une approche complémentaire. L’infirmière est censée être disposée à en discuter avec le patient, ajoute-t-on à l’OIIQ.

Cette ouverture ne peut être faite qu’une fois que les soins primaires ont été donnés. La médecine traditionnelle ne doit pas non plus nuire à la santé du patient et surtout, elle ne peut pas se substituer à la médecine occidentale.

Plus précisément, l’OIIQ fait référence à l’article 4 de son Code de déontologie qui indique que dans le cadre de soins et traitements prodigués à un client, l’infirmière ou l’infirmier ne peut utiliser ou dispenser des produits ou des méthodes susceptibles de nuire à la santé ou des traitements miracles. L’infirmière ou l’infirmier ne peut non plus consulter une personne qui utilise ou dispense de tels produits, méthodes ou traitements miracles, ni collaborer avec cette personne, ni lui envoyer son client.

Le Collège des médecins tient la même position. Son président, le Dr Mauril Gaudreault, rappelle que la médecine doit s’exercer sur des bases scientifiques et selon des principes scientifiques.

Le Dr Mauril Gaudreault accorde une entrevue à Radio-Canada en marge du colloque annuel du Collège des médecins du Québec.

Le président du Collège des médecins du Québec, Mauril Gaudreault, estime que sa corporation se montre ouverte à la médecine traditionnelle autochtone.

Photo : Radio-Canada

Les deux ordres précisent aussi que le médecin comme l’infirmier ou l’infirmière doivent tenir compte des valeurs du patient et regarder avec lui les différents traitements disponibles.

Dans le cadre d’une stratégie de sécurisation culturelle, il est important que soient reconnues et prises en compte la réalité et la culture du patient, afin de répondre à ses besoins avec sensibilité, empathie et respect, explique-t-on au Collège des médecins.

Sur le terrain, Jolianne Ottawa se bat pour que plus de place soit accordée à la médecine traditionnelle. Elle justifie : Il y a un hôpital chinois, un hôpital juif, pourquoi on ne pourrait pas faire quelque chose pour nous? D’après elle, son ordre considère la médecine traditionnelle comme des traitements miracles.

Ce n’est pas un traitement miracle, ça fait partie de nous!

Jolianne Ottawa, infirmière atikamekw

Au quotidien, dans sa pratique, Mme Ottawa explique ne pas vouloir faire la police auprès de ses patients. Si un patient veut boire une tisane ou autre, elle laisse faire. Je ne vais pas lui interdire quelque chose que j’utilise moi-même, déclare-t-elle.

Un autre professionnel de la santé plaide lui aussi pour une ouverture de sa corporation concernant la médecine traditionnelle. Il s’agit du Dr Stanley Vollant. Le médecin innu prône pour un juste milieu.

Guérir le corps et l'esprit

Les deux spécialistes expliquent que dans leur culture, le corps et l’esprit sont intimement liés. On n’est pas juste un morceau de viande, nous sommes des humains, connectés avec notre monde spirituel, dit le Dr Vollant qui encourage un mélange entre la médecine occidentale et traditionnelle car il y a, selon lui, une complémentarité qui peut être acceptable.

L’infirmière de Manawan donne comme exemple l’intervention d’un membre de la communauté pour faire appel aux ancêtres dans une démarche de purification, notamment avec du tabac et de la sauge,. Un procédé qui peut être suivi par un bouillon aux plantes, etc.

Un homme tend sa main vers des roseaux.

Les Autochtones aimeraient qu'on tienne plus compte des bienfaits de leur médecine traditionnelle.

Photo :  CBC / Peter Evans

Je suis convaincue que les deux vont très bien ensemble. Il ne faut pas oublier que la médecine, à la base, vient des plantes, dit Mme Ottawa.

Toutefois, j’ai une grande réserve face à un patient qui souhaite guérir son cancer avec des plantes. Malheureusement, ça ne marchera pas. Il faut aussi faire attention, car certaines plantes peuvent avoir des effets négatifs si elles sont mélangées avec des médicaments, précise le Dr Vollant.

Un homme autochtone prend la pose devant un arbre, le 1er novembre 2017.

Le chirurgien innu Stanley Vollant prône un juste milieu entre médecine occidentale et traditionnelle.

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

La démarche d’ouverture a pour but de contribuer à la mise en place d’une sécurisation culturelle qui doit démontrer, par ailleurs, que le médecin a du respect pour son patient.

Le président du Collège des médecins admet que sa corporation a longtemps fait preuve de paternalisme dans sa pratique.

Nous ne devons pas regarder le patient de haut. On s’entend que par rapport aux Autochtones, il y a des préjugés qui sont là depuis longtemps et qui sont parfois inconscients.

Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins

Et si beaucoup de travail a déjà été fait selon M. Gaudreault, il en reste à faire. Surtout auprès des médecins séniors, précise le Dr Vollant.

D’après lui, la jeune génération de médecins est plus ouverte à la médecine traditionnelle, d’autant plus que les cours des facultés de médecine intègrent cette dimension dans leur cursus.

Preuve de leur ouverture à ce sujet, le Collège des médecins évoque le fait qu'il a tenu, en décembre, une demi-journée de réflexion au sujet du racisme systémique dans le milieu médical. On est en réflexion sur ça, dit le Dr Gaudreault.

Quant à l’OIIQ, on explique qu’un comité composé d’experts en soins infirmiers spécialisés dans les relations ethnoculturelles et de membres des Premières Nations sera mis sur pied.

L’objectif de cette prise de position est de mettre en place des actions qui permettront de combattre le racisme et la discrimination envers les peuples des Premières Nations, précise-t-on à l’ordre.

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