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Autochtones et allochtones prêts pour un dialogue ouvert sur le racisme?

Un portrait d'une femme et d'un homme.

Les deux auteurs publient une nouvelle édition de leur ouvrage "Kuei, je te salue".

Photo : Julie Artacho / Julie Artacho

La poète innue Natasha Kanapé Fontaine et l’écrivain Deni Ellis Béchard publient une nouvelle édition de Kuei je te salue, conversation sur le racisme.

Un dialogue qu’ils ont entamé sous forme de correspondance en 2015 et qu’ils ont mis à jour avec quelques ajouts plus « contemporains ». Un dialogue entre deux mondes, qui trop longtemps, se sont ignorés.

George Floyd, Joyce Echaquan, le mouvement Black Lives Matter, la campagne présidentielle américaine… il était presque impensable que Natasha Kanapé Fontaine et Deni Ellis Béchard n’emboitent pas le pas de l’actualité pour mettre à jour leur recueil de correspondances publié en 2016.

Cette nouvelle édition contient donc quatre nouvelles lettres entre les deux artistes.

Lorsque Natasha évoque sa colère et sa tristesse après la mort de Joyce Echaquan, Deni se demande comment notre culture a-t-elle pu enraciner dans nos inconscients ce manque de sensibilité à l’égard de ceux et celles qui ne sont pas Blancs?

Lorsque Natasha questionne son correspondant sur l’éventuelle réélection de Donald Trump, Deni rappelle le racisme virulent de l’ex-président américain qui a validé le racisme déjà présent dont font preuve de nombreux Québécois et Canadiens.

Des mots écris un peu à vif et sur le vif, grâce auxquels les deux auteurs croient avoir continué à apprendre, au même rythme que le lecteur.

Ce qui n’est pas si mal, puisque finalement, il y a moins ce fossé entre le lecteur et l’écrivain, dit Deni.

La couverture du livre "Kuei, je te salue".

Le duo pense que la société est prête à parler plus ouvertement de racisme.

Photo : Éditions Écosociété

Le but des deux amis n’a pas changé depuis la première édition du livre. Si on veut apprendre du racisme, il faut un espace dans lequel on peut échanger à ce sujet sans crainte, disent-ils.

J’avais des incertitudes. Mais petit à petit, nos échanges ont confirmé de choses que je voyais et que je ressentais. Au début, je n’étais pas certaine d’avoir le droit de les ressentir, ces choses.

Une citation de :Natasha Kanapé Fontaine, poète

Pour Deni, l’expérience l’a poussé à se questionner davantage encore sur le racisme qui teinte nos sociétés.

L’idée étant d’inspirer les gens pour qu’ils comprennent que c’est possible d’avoir ce genre de conversation.

Si la relation est basée sur la confiance évidemment. Cette confiance s’est bâtie au fur et à mesure de nos échanges. Elle nous a permis de ne pas nous arrêter à la peur, explique l’écrivain québécois.

Ces deux mondes qui se regardent, qui s’écoutent et se parlent doivent ainsi essayer de comprendre comment ils sont influencés par leurs situations respectives. Et l’exercice demande un travail d’honnêteté envers soi-même, croit Deni.

Concernant le racisme, c’est difficile d’être honnête en tant qu’allochtone. Il y a une culture raciste en privé et non raciste en public, indique-t-il.

Alors même si elle n’est pas plaisante, cette discussion sur le racisme, il faut l’avoir. Mais comment cette idée est-elle née?

Petit retour en arrière.

2015. Salon du livre de la Côte-Nord. Le territoire de Natasha.

Deni y est lui aussi. Ils ne se connaissent pas plus que ça. Ils connaissent en revanche tous les deux Denise Bombardier. La chroniqueuse avait publié un texte dans lequel elle concluait que la culture autochtone était mortifère et anti-scientifique.

Portrait de Denise Bombardier sur un plateau TV.

Denise Bombardier a estimé que la culture autochtone était "mortifère" dans l'une de ses chroniques.

Photo :  La production est encore jeune inc. / Karine Dufour

Blessée, excédée, Natasha tente, accompagnée par d’autres femmes innues, de lancer la discussion sur le sujet.
Elle m’a coupé plusieurs fois avec son micro.

Sa perception : la voix des Blancs reste plus forte que celle des Autochtones pourtant venus en nombre à cet événement censé être un lieu d’échange.

Pour Deni, l’intervention de Mme Bombardier le met encore une fois face à son statut de personne blanche.

Nous, les allochtones, sommes persuadés que nous avons toujours raison, que notre domination sur le monde est le signe de la justesse de nos pensées et de nos actions. Cette croyance est encodée dans notre culture, enracinée dans nos inconscients.

Une citation de :Deni Ellis Béchard, écrivain

Le livre aura en tout cas permis de lancer le débat dans certains établissements scolaires.

J’ai reçu plein de lettres de jeunes qui eux-mêmes ont lancé des correspondances entre eux et différents groupes. C’est une réponse positive de la part du public, raconte Natasha.

Plus de 5 ans après cet événement, les deux auteurs estiment que les gens sont désormais prêts à avoir une discussion ouverte sur le racisme.

On est rendu là, croit Natasha.

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