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Chronique

Les maux et les mots de 2021

Montage montrant des gros plans de chacun des deux hommes.

Le maire d'Oka, Pascal Quevillon, et le grand chef du conseil de Kanesatake, Serge Otsi Simon.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Edith Bélanger

En abordant l’année 2021, il est légitime de se demander de quoi sera faite l’actualité autochtone.

Pour l’instant, même s’il est certain que la pandémie et ses effets continueront d’occuper beaucoup les esprits pour les mois à venir, il est beaucoup plus difficile de prévoir quels seront les sujets chauds cette année.

Edith Bélanger est diplômée en philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’École nationale d'administration publique (ENAP). Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Après tout, 2020 nous a apporté bon nombre de (mauvaises) surprises qui ont néanmoins permis à plusieurs enjeux autochtones de s’inviter à la table du commun des mortels.

On peut maintenant se demander si les conflits et crises qui ont éclaté seront réglés dans la présente année.

Est-ce que la crise sanitaire aura contribué à essouffler les revendications autochtones?

Est-ce que la perspective d’élections fédérales motivera le gouvernement à mettre tous les efforts nécessaires pour éviter de nouvelles situations conflictuelles?

On ne peut le prédire.

Or, à peine quelques jours se sont écoulés dans cette nouvelle année et certains indices nous laissent croire que 2021 ne sera pas un long fleuve tranquille en matière d’enjeux politiques concernant les premiers peuples.

Par exemple, en début de semaine, un article de Valérie Boisclair de Radio-Canada nous apprenait que le Conseil Mohawk de Kanesatake allait de l’avant avec le dépôt d’un recours contre la municipalité d’Oka et le gouvernement du Québec en lien avec la quasi mythique pinède qui, depuis 1990, est en quelque sorte l’épicentre des perturbations qui opposent la Ville et la communauté autochtone.

Parfum de déjà-vu…

Avis aux décideurs, c’est bien humblement, sans carte du ciel ni boule de cristal que je fais la prédiction suivante : pour éviter de se retrouver dans le scénario du film Le jour de la marmotte dans cette affaire, j’ai l’impression qu’on ne va nulle part et qu’on assiste à un dialogue de sourds.

La protection de la pinède

Voilà, de prime abord, un objectif que les parties semblent avoir en commun.

Or, le problème est qu’ils ont chacun une vision différente de la protection recherchée et, surtout, des effets collatéraux qu’un tel changement de statut pourrait signifier.

Alors que le gouvernement de la communauté souhaite faire attribuer une protection environnementale à ce site sacré en le faisant qualifier de réserve écologique, le maire d’Oka, de son côté, souhaite le faire classer comme site patrimonial.

Vu de loin, on pourrait avoir l’impression qu’on parle de la même chose, mais rien n’est plus inexact.

Pour le maire Quevillon, la protection patrimoniale de ce site signifie probablement davantage, préserver la belle nature si chère aux habitants d’Oka, plutôt que de valoriser un territoire faisant l’objet de revendications historiques.

Après tout, la valeur patrimoniale de ce site pour la mairie d’Oka est, pour le moins qu’on puisse dire, une réalité assez nouvelle, puisqu’en 1990 on considérait davantage sa valeur immobilière.

Ce fut d’ailleurs l’élément déclencheur de ce qui passa à l’histoire comme étant la crise d’Oka.

À quoi attribuer cet intérêt nouveau, cette conscientisation récente?

Bien sûr, pour la municipalité, il y a d’autres avantages, notamment celui de garder le contrôle du territoire en question.

Rappelons que le maire avait par le passé clairement exprimé ses inquiétudes quant à la prolifération possible des cabanes de cannabis

Quoi qu’il en soit, il semble que pour les leaders de Kanesatake la protection du site revêt une tout autre symbolique : celle de la reconnaissance de droits ancestraux et territoriaux de la communauté.

Bref, ce n’est donc pas tant à propos de la protection pinède elle-même qu’il y a mésentente, mais plutôt sur les pouvoirs et la juridiction qu’exercent les parties sur ce site traditionnel.

Un non qui veut dire oui?

Autre écueil autour des mots dans cette affaire : la notion de consultation qui ne revêt pas du tout le même sens dans un camp comme dans l’autre.

Le maire Quevillon a affirmé noir sur blanc, alors qu’il s’est invité à une manifestation sur le sujet à la mi-décembre, que la pinède appartient à la municipalité d’Oka.

Considérant ses propos, il ne serait pas étonnant que le maire considère alors l’obligation de consulter la Première Nation pratiquement comme un geste de courtoisie.

Du côté de Kanesatake, cette obligation de consulter semble se rapprocher davantage d’une nécessité d’obtenir son consentement avant d’opérer tout changement relatif aux terres qui font l’objet des revendications que certains représentants de la communauté qualifient de terres volées.

Ces tergiversations autour des concepts d’autonomie, de pouvoir décisionnel et de consentement sur des territoires autochtones revendiqués ont contribué à faire l’actualité autochtone en 2020, d’un océan à l’autre.

Pour que la situation soit différente cette année, il faudra s’en préoccuper sans faute et apporter plus de clarté dans la signification et l’application de ces concepts.

Il me semble donc que de vraies négociations s’imposent.

Le penseur et politicien français Jean Jaurès disait : Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots.

Qui sait, l’inverse est peut-être vrai aussi.

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