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La pinède d’Oka : l'impossible réconciliation de deux solitudes

En se tournant vers les tribunaux, le Conseil Mohawk souhaite faire invalider l’adoption récente d’un règlement qui fait de la pinède d'Oka un site patrimonial municipal.

Un boisé derrière un panneau d'arrêt.

Le terrain offert aux Mohawks de Kanesatake par un promoteur est situé dans la pinède d'Oka, vue ici en arrière-plan.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Maud Cucchi

« C’était pas une décision difficile à prendre : soit on laisse la Municipalité exproprier notre héritage, soit on prend action. On a décidé de prendre action, c’est une nécessité », explique le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, à quelques mois des élections du conseil de bande où il envisage de se représenter.

Après des années de pourparlers infructueux, le Conseil Mohawk a annoncé dimanche qu’il entamait une poursuite judiciaire contre la Ville d’Oka, les gouvernements du Québec et du fédéral pour notamment contester la désignation d’une pinède comme site patrimonial municipal.

Au cœur de ses revendications : le contrôle officialisé de la Ville, en décembre, des terres non cédées de Kanesatake derrière la désignation de site du patrimoine municipal.

Lors du 25e anniversaire de la crise d’Oka, en 2015, le maire d’Oka Pascal Quevillon et le grand chef Serge Otsi Simon s’étaient pourtant mis d’accord autour de l’avenir de la pinède et pour entamer un dialogue qui va permettre d’assurer la sauvegarde patrimoniale de ce territoire.

Dans un communiqué commun, les deux partis unissaient alors leur voix pour mettre en avant la protection de l’environnement et celle de l’histoire des communautés, tient à rappeler Pascal Quevillon.

Un homme devant un boisé.

Le grand chef Serge Otsi Simon du Conseil Mohawk de Kanesatake

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

La situation, depuis, s’est envenimée, résume le grand chef de Kanesatake. Serge Otsi Simon déplore les propos haineux du maire d’Oka contre sa communauté et d'autres critiques sur le manque de lois qui la gouvernent. Le maire se sert des situations malheureuses de notre communauté pour ses buts politiques. Avec quelqu’un comme ça, je ne peux pas négocier, tranche le grand chef.

Il a encore la mentalité colonialiste, et j’oserais même dire, raciste envers l’enjeu dont on discute. C’est pour ça qu’il faut faire quelque chose d’un petit peu dramatique, on n’a pas le choix.

Serge Otsi Simon, grand chef de Kanesatake

Contrairement à l’Ontario et aux Prairies, aucun traité historique n’a été conclu entre la Couronne britannique et les nations autochtones de la Colombie-Britannique et du Québec. L’objectif du recours est donc aussi d'interpeller le gouvernement fédéral qui a une obligation fiduciaire, explique le grand chef, invoquant les droits ancestraux et la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

C’est absolument honteux de voir le gouvernement continuer, qui a pris nos terres, nos ressources, nos enfants, notre langue, notre culture; et là, ils vont prendre notre patrimoine; il faut que ça cesse, insiste-t-il.

Serge Otsi Simon raconte que son grand-père a travaillé à la création de la pinède aujourd'hui litigieuse. Comme seul locuteur bilingue français-mohawk, il agissait alors à titre d’intermédiaire et de traducteur entre les prêtres et les travailleurs mohawks qui plantaient des pins pour protéger le village des éboulements de sable. Pour moi, c’est une question de fierté personnelle, confie Serge Otsi Simon.

Consultation irrecevable

Avant de faire adopter son règlement, la Municipalité d’Oka a mené une consultation publique en ligne, à la fin du mois d’octobre, à laquelle quelque 90 personnes ont participé. Cependant, selon le grand chef, cette consultation n’était que mensonge après mensonge.

Le Conseil Mohawk de Kanesatake considère donc que le règlement entré en vigueur le 3 décembre dernier constitue un abus de pouvoir déraisonnable qui contrevient à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Le grand chef Simon souligne que la notion de consentement n’a pas été respectée par la Ville.

Un homme appuyé sur une colonne parle au téléphone.

Le maire d'Oka, Pascal Quevillon

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De son côté, Pascal Quevillon reproche à Serge Otsi Simon de ne pas l’avoir consulté en 2019 lorsqu'il a signé une entente avec Grégoire Gollin, propriétaire d'une grande partie du terrain, afin de remettre les 60 hectares qu'il possède à la communauté de Kanesatake sous forme de dons écologiques.

C’est un manque de respect total envers la Municipalité et les citoyens, juge le maire d’Oka pour qui les forêts, sises sur le territoire de la Municipalité, doivent relever de sa gouvernance.

Communication très dure

Entre colère et incompréhension, le maire d’Oka pointe une incommunicabilité grandissante avec le grand chef mohawk qui rend désormais impossible toute résolution de conflit, dit-il.

Il juge sa communication très dure et dénonce les retournements inattendus de ses positions politiques. Il se fait beaucoup manipuler à l’interne sur son territoire, il n’a pas de position claire en tant que grand chef, critique M. Quevillon.

Peu importe ce que la Municipalité d’Oka va faire, assure-t-il, ça ne va pas satisfaire le Conseil Mohawk. Ils ne sont pas contents de nous voir ici, ils sont ici depuis plusieurs centaines d’années, ils vont tout faire pour nous faire fuir.

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