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Daphne, le tout premier centre d’artistes autogéré par des Autochtones, au Québec

Une photographie de l'artiste Catherine Boivin.

Catherine Boivin, Itapkecin, 2018, photographie argentique.

Photo : daphne / Catherine Boivin

Maud Cucchi

Identité, mémoire, respect, épanouissement, partage sont les quelques mots phares du Centre d’art daphne, le tout premier autogéré par des Autochtones au Québec.

Son ouverture dans le quartier Rosemont, à Montréal, n’attend que le feu vert des autorités sanitaires, car tout y est prêt : la désignation de l’équipe artistique à sa tête, entièrement féminine, la programmation inaugurale 2021, les activités communautaires, transposées en ligne dans les circonstances.

Impatient d’ouvrir, le centre a déjà proposé en décembre des activités bilingues de perlage perler/parler offertes gracieusement en mode virtuel sur sa page Facebook. De quoi patienter avant de découvrir la toute première saison d'expositions programmée pour 2021.

L'inauguration du lieu sis au 5842, rue Saint-Hubert a été confiée à Michel Savard, musicien et artiste multidisciplinaire membre de la Première Nation wendat de Wendake. Les cimaises accueilleront aussi les œuvres de l'artiste et commissaire innue Sonia Robertson, de Catherine Boivin (de la nation atikamekw), ainsi que de l'illustrateur mohawk Dumoulin Bush.

Une broche en argent de Michel Savard.

Michel Savard, motif clan du chevreuil 2020, broche en argent.

Photo : daphne / Michel Savard

Daphne se présente autant comme un catalyseur de talents autochtones qu’un lieu d’échanges et de rencontres propice à la discussion bienveillante, au partage d’expériences et au regard critique sur les enjeux concernant les Premières Nations.

Sous l’aile de Daphne Odjig

Daphne – sans accent, précise sa directrice générale Lori Beavis – rend hommage à l’artiste anishinaabe Daphne Odjig (1919-2016), connue parmi le Groupe des Sept aux côtés de Norval Morrisseau et Alex Janvier, qui ont défendu la reconnaissance des artistes autochtones en contestant les pratiques institutionnelles de leur époque.

Portrait de Lori Beavis.

Conservatrice, éducatrice en art et historienne de l’art, Lori Beavis vit et travaille à Montréal. Elle est membre de la Première Nation de Hiawatha du lac Rice, en Ontario.

Photo : Iris Hardy

Daphne Odjig a travaillé si dignement pour rassembler les artistes, créer une communauté pour eux, des opportunités de travail, fait valoir Lori Beavis. Elle était très intéressée par la construction de relations, intéressée par la nouvelle génération aussi.

La peintre et graveuse originaire de l'île Manitoulin, en Ontario, a été la première artiste autochtone contemporaine à créer un espace pour ses pairs en 1971, à Winnipeg, dans un chaleureux mariage de galerie d’exposition, d'entrepôt et de studio d’art où travailler.

Quels sont les avantages des centres d’artistes autogérés?
Organismes à but non lucratif, ils sont créés et dirigés par un collectif d’artistes professionnels ayant pour objectif de réaliser des projets communs, de partager et d’encourager un lieu de production, mais aussi de stimuler la recherche et l’expérimentation. Il existe une soixantaine de centres de ce genre, dont daphne, le seul qui est autogéré par des Autochtones.

Il est tellement important pour les artistes de se rassembler et de pouvoir venir parler et échanger des idées, renchérit Lori Beavis. Le concept a essaimé au Canada anglophone, mais plus difficilement chez les artistes autochtones au Québec, constate la co-fondatrice du centre daphne, Caroline Monnet.

Portraits de Skawennati, Hannah Claus, Nadia Myre et Caroline Monnet.

Les cofondatrices de daphne, Skawennati, Hannah Claus, Nadia Myre et Caroline Monnet.

Photo : Elias Touil / Nadia Myre / Lisa Graves / Sebastien Aubin

Une impérieuse nécessité

La création du centre est née de l'initiative de quatre artistes autochtones bénéficiant déjà d'une aura et d'une reconnaissance professionnelle nationale, voire internationale : Hannah Claus, Caroline Monnet, Nadia Myre et Skawennati.

Dans une grande métropole comme Montréal, qu'on n'ait pas notre centre d'artistes parmi tous les centres d'artistes au Canada, quand on sait que Québec a presque 50 ans de retard sur la question autochtone, c'est pour ça que c'est nécessaire, défend sans ambages Caroline Monnet.

L'artiste visuelle originaire de Gatineau explique ce retard par la dispersion géographique des 11 Premières Nations au Québec, alors que dans des villes comme Winnipeg, Saskatoon, ou Vancouver, il y a des ressources.

« On s’est dit qu’il fallait qu’on ait notre espace, avec notre façon de faire, qu'on puisse réaliser nos expositions, que ce soit un centre par des Autochtones, pour des Autochtones. »

— Une citation de  Caroline Monnet, co-fondatrice du centre daphne

Algonquine par sa mère, l’artiste visuelle au parcours fulgurant dénonce un réel fossé entre ce qui se passe au Québec et ce qui se passe dans l'Ouest.

On est presque doublement marginalisés au Québec en tant qu'Autochtone francophone, c'est presque une double solitude, analyse la Gatinoise dont les œuvres ont été présentées au Palais de Tokyo (Paris), à la Haus der Kulturen (Berlin), au TIFF, à Sundance ou encore à Cannes.

Incubateur de talents

La toute première saison, audacieuse, présentera des expositions solo d’artistes issus d’une Première Nation différente au Québec et repérés lors d'une tournée de commissaires, en 2018. Une façon de mettre en lumière des talents dans leur individualité artistique, plutôt que de miser sur l'attractivité plurielle d'un collectif, souvent privilégiée à des fins commerciales.

L'installation Le sang de la terre.

« Le sang de la terre », de Sonia Robertson, une artiste multidisciplinaire mais aussi art-thérapeute et commissaire ilnue, originaire de la communauté de Mashteuiatsh dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Photo : daphne / Sonia Robertson

L'exposition solo, c'est ce qui propulse l'artiste, c'est ce qui permet de présenter son travail en dehors des expositions de groupe où l’on peut passer un peu inaperçus, témoigne Caroline Monnet.

« Les artistes établis au Québec, qu’ils soient francophones ou anglophones, sont souvent laissés de côté dans les conversations qui ont lieu au sein des communautés artistiques autochtones, que ce soit au niveau provincial, national ou international. »

— Une citation de  Lori Beavis, directrice de daphne

La première exposition risque de devoir se transposer en mode virtuel, pandémie oblige. La directrice préférerait toutefois reporter le lancement afin d'offrir au public et à l'artiste exposé une expérience complète avec vernissage et présentation in situ.

Patience, donc…

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