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Se réapproprier son identité autochtone, un nom à la fois

Un petit avec son grand-père autochtone.

Le jeune Jiikwis et son grand-père. Se donner un nom autochtone, c'est récupérer une bonne part de son identité.

Photo : Gracieuseté de Waubgeshig Rice / Waubgeshig Rice

Se réapproprier son identité, c’est ce que font de plus en plus d’Autochtones depuis quelques années en troquant leur nom à consonance européenne pour un nom autochtone.

C’est le cas de Nakuset, 50 ans. Ce prénom n’est pas celui qu’elle avait lorsqu’elle a vu le jour.

Née à Thompson, au Manitoba, elle a d’abord été Margaret Murray.

Ensuite à trois ans, lorsqu’elle s'est retrouvée dans une famille juive de Montréal, ses nouveaux parents lui ont donné une autre identité.

« Lorsque j’ai été adoptée, on m’a donné un prénom juif auquel je ne me suis jamais identifiée. Je n’ai jamais été à l’aise avec l’un ou l’autre des noms que l’on m’a donnés; aucun ne m’allait », affirme-t-elle.

Nakuset fait partie des quelque vingt mille enfants autochtones enlevés à leurs parents entre les années 60 et 80 pour être placés en foyer d’accueil ou adoptés par des familles blanches.

C'est ce qu'on a appelé la rafle des années 60.

Plan rapproché de Nakuset, souriant à la caméra.

La directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, le 30 avril 2018.

Photo : Radio-Canada / Bernard Barbeau

Le prétexte était de sortir ces enfants de milieux de vie malsains . L’une des conséquences a été l’effacement de leur culture, comme cela était déjà le cas avec les pensionnats autochtones.

« En grandissant, j’ai toujours été curieuse, voire un peu désespérée, d’en apprendre sur ma culture, mais ce désir a été réprimé par ma famille adoptive. »

— Une citation de  Nakuset

Le chemin vers la découverte de sa culture s'amorce lors de sa rencontre avec un aîné autochtone. À l’époque, Nakuset a 22 ans.

Elle lui demande de lui attribuer un nouveau prénom, une pratique traditionnelle depuis des temps immémoriaux.

Après une longue conversation au sujet de son enfance difficile et de son désir d’être fière de ses origines, l’aîné lui attribue le prénom de Nakuset.

La raison pour laquelle il m’a attribué ce prénom est parce qu’il a décelé ma personnalité forte et lumineuse.

Tenir tête à l’Église

Un Autochtone avec un tambour.

Grégoire Canapé, un Innu de Pessamit.

Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin

Au Québec, Grégoire Canapé, un Innu de Pessamit, est l'un de ces leaders spirituels qui pratiquent des cérémonies d'attribution de prénom. Pour lui, un prénom autochtone change tout.

C'est vraiment au niveau de la fierté, au niveau de la réappropriation culturelle, en fait au niveau de ton identité même.

Jusqu'aux années 1980, ceux qui souhaitaient inscrire ces noms traditionnels à l'état civil se butaient souvent contre l'Église.

« Il y a eu une certaine réticence au niveau des prêtres; ils disaient : "Euh, non, avez-vous d'autres noms?" Ils voulaient pas vraiment qu'on donne des noms autochtones. »

— Une citation de  Grégoire Canapé

Perpétuer une tradition ancestrale

Donner un prénom autochtone à ses enfants est aussi une façon de perpétuer une tradition pour beaucoup d’Autochtones, soit celle de faire appel à un des grands-parents du nouveau-né pour lui attribuer un prénom.

Waubgeshig Rice, auteur et ancien journaliste à CBC, originaire de la nation Wasauksing en Ontario, a reçu le sien de sa grand-mère paternelle.

C’est son père, John Rice, qui a décidé de reprendre cette pratique culturelle qui avait été perdue dans leur famille en raison du colonialisme.

Aujourd’hui, Waubgeshig Rice a 41 ans et il estime que ce prénom a toujours été le fil conducteur entre lui, sa communauté, sa famille et sa culture anichinabée.

« Chaque fois que je prononce mon prénom, lorsque je me présente, c'est une victoire contre les forces oppressives du régime colonial, parce qu'ils n'ont pas réussi à nous anéantir. »

— Une citation de  Waubgeshig Rice

À la naissance de ses deux garçons, il a poursuivi la tradition en faisant appel à son père pour qu’il leur trouve des prénoms en anishinaabemowin.

C’était vraiment spécial pour moi d’offrir du tabac [une herbe sacrée] à mon père pour qu’il choisisse leurs prénoms. Je pense que ça a été spécial pour lui aussi de poursuivre cette tradition.

Par ailleurs, ses garçons Jiikwis et Ayaabehns ne portent pas le nom de famille Rice, mais Menoominii.

Il s’agit du nom de famille que leur ancêtre paternel avait avant que le gouvernement canadien ne l’oblige à le traduire en anglais, la condition pour conserver son statut d’Indien.

Waubgeshig Rice et sa femme ont voulu faire revivre ce nom tout comme d’autres membres de sa famille qui ont adopté ce nom légalement.

« La réappropriation de la langue et des noms est un acte de résistance, car ce pays a violemment dérobé les peuples autochtones de leurs langues et de leurs cultures à travers les pensionnats autochtones, la Loi sur les Indiens et la rafle des années 60. »

— Une citation de  Waubgeshig Rice

En 2015, à la suite d’une recommandation de la Commission de vérité et réconciliation du Canada sur les pensionnats autochtones, l’Alberta, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et les Territoires du Nord-Ouest ont accepté d’abolir les frais liés au changement de nom pour les survivants des pensionnats autochtones et pour leur famille.

En Alberta et dans les Territoires du Nord-Ouest, les survivants de la rafle des années 60 peuvent aussi réclamer ce changement.

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