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L'identité autochtone de la réalisatrice Michelle Latimer remise en question

Portrait de Michelle Latimer qui porte une peau de loup.

L'identité autochtone de la réalisatrice canadienne Michelle Latimer est remise en question par la communauté anichinabée de Maniwaki, dont elle se dit descendante.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Radio-Canada

La réalisatrice canadienne Michelle Latimer, primée deux fois plutôt qu'une cette année, s'est excusée après que son identité autochtone eut été sérieusement remise en question par la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg, basée à Maniwaki, au Québec, dont elle dit descendre. Elle affirme avoir « commis une erreur » en ne vérifiant pas les liens véritables de sa famille avec cette communauté avant de les évoquer publiquement.

Un texte de Ka’nhehsí:io Deer et Jorge Barrera, CBC News

Michelle Latimer, qui a récemment réalisé la série télévisée Trickster pour le compte de CBC ainsi que le documentaire Inconvenient Indian, est devenue l'une des personnalités les plus en vue du cinéma autochtone au Canada.

Or, la réalisatrice est dans l'embarras depuis la diffusion, le 14 août, d'un communiqué de presse de l'Office national du film (ONF) dans lequel elle clarifie pour la première fois ses origines autochtones, une identité qu'elle revendique pourtant depuis de nombreuses années.

D'ascendance algonquine, métisse et française et issue de la bande de Kitigan Zibi Anishinabeg (Maniwaki), au Québec, Michelle Latimer a grandi sur le territoire du Traité no 9 à Thunder Bay, en Ontario, peut-on lire dans le communiqué, dont l'objet principal est la diffusion d'Inconvenient Indian en première mondiale au Festival international du film de Toronto (TIFF).

Cette revendication a attiré l'attention des membres de Kitigan Zibi, qui ont alors commencé à remettre en question ses liens familiaux avec leur communauté, située en Outaouais, à environ 120 kilomètres au nord d'Ottawa.

Même si Mme Latimer croit bel et bien avoir un lien légitime avec la communauté, elle affirme maintenant avoir commis une erreur en faisant cette revendication sans avoir fait les vérifications pour l'appuyer.

Je m'excuse sincèrement d'avoir nommé publiquement la communauté de Kitigan Zibi avant d'avoir fait le travail nécessaire pour comprendre mes liens, a-t-elle déclaré dans un courriel envoyé à CBC, avant de publier une déclaration similaire jeudi sur Facebook.

Une insulte pour la communauté, dit une aînée

Claudette Commanda est l'une des aînées les plus respectées au pays, et elle est originaire de Kitigan Zibi. La femme, à qui l'on demande souvent de tenir la prière d'ouverture qui précède les annonces gouvernementales à Ottawa – en territoire anichinabé non cédé –, ne mâche pas ses mots pour exprimer son désaccord.

Mme Commanda estime que la revendication sans preuve de Michelle Latimer est une insulte pour la communauté de Kitigan Zibi.

Les yeux fermés, Claudette Commanda parle dans un microphone et tient des plumes.

Claudette Commanda dirige une prière à Gatineau en 2013, dans la foulée du mouvement de protestation Idle No More.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Pourquoi prétendez-vous être de Kitigan Zibi? Quel est votre but et quelle est votre intention? Qu'est-ce que vous avez à gagner? Qui êtes-vous? Et prouvez-moi qui vous êtes.

Une citation de :Claudette Commanda, une aînée de Kitigan Zibi

Selon Claudette Commanda, la communauté de Kitigan Zibi observe depuis peu une augmentation de ce type de revendications d'ascendance non fondées. De tels actes menacent l'identité de son peuple, qui a dû surmonter des épreuves considérables, dit-elle. Pourquoi ces gens veulent-ils la renommée et la gloire, mais pas les luttes qui viennent avec?

C'est une insulte, une exploitation et une appropriation de notre culture, de notre identité, de notre communauté… C'est ce que fait Michelle, et elle est une parmi tant d'autres, soutient Claudette Commanda.

Une ascendance changeante

Michelle Latimer fait partie du monde du cinéma et du théâtre autochtones depuis de nombreuses années, comme réalisatrice, mais aussi comme actrice. Au cours de sa carrière, ses revendications quant à son ascendance ont changé. Elle s'est d'abord identifiée seulement comme Métisse, avant d'ajouter Algonquine à sa biographie, selon des articles de presse qui remontent à 2004.

Or, dans les articles en question, Michelle Latimer ne fournit pas de détails concernant les racines de sa prétendue identité autochtone.

Dans une entrevue publiée par le Toronto Star en 2013, elle raconte avoir grandi dans le Nord de l'Ontario, que sa mère est d'origine autochtone et qu'elle a toujours eu un pied dans deux canots.

En 2014, elle affirme au Yorkton Review qu'elle souhaite qu'on la considère comme une cinéaste et non seulement comme une cinéaste autochtone.

C'est à partir de 2015 qu'elle a commencé à s'identifier publiquement comme Métisse-Algonquine, selon un profil réalisé par le Conseil des arts de Toronto. Elle a revendiqué cette identité jusqu'en août 2020, moment où elle a ajouté la mention de la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg dans le matériel publicitaire lié à la diffusion d'Inconvenient Indian au TIFF.

Pendant une période de deux mois, CBC News a eu des échanges courriel avec Michelle Latimer afin qu'elle puisse expliquer les racines des origines qu'elle revendique. Elle a refusé toutes les demandes d'entrevues qui lui ont été formulées.

Par courriel, elle explique que sa propre compréhension de ses origines a évolué au cours de sa vie adulte. Elle indique s'être identifiée comme Métisse au début de sa carrière cinématographique parce que, pour elle, cela signifiait provenir d'un héritage mixte entre autochtone et français.

Au fur et à mesure que ma compréhension a évolué, j'ai ajusté ma biographie pour ajouter Algonquine et Française, indique-t-elle en guise d'explication.

Le Ralliement national des Métis ne reconnaît pas l'existence de communautés métisses au Québec.

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