•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’Université de Montréal entend faire plus de place aux Autochtones

L'Université de Montréal.

L'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

D’ici trois ans, les Autochtones, employés ou étudiants, de l’Université de Montréal devraient pouvoir « se reconnaître dans leur établissement et s’y épanouir », selon le plan d’action Place aux Premiers Peuples 2020-2023 dévoilé dernièrement par l’institution d'enseignement.

Dès le dépôt du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, l’Université de Montréal a lancé un important chantier de réflexion, explique Marie-Claude Rigaud, la conseillère spéciale et secrétaire générale associée à l’équité, à la diversité, à l’inclusion et aux relations avec les Premiers Peuples.

Cette discussion a mené à l’élaboration d’un plan d’action répondant à certains des appels à l’action de la CVR.

Le plan vise la reconnaissance et la gouvernance; le recrutement, la rétention, le soutien et la réussite des étudiants; le recrutement et le soutien du personnel; la formation; la recherche et le partage des savoirs; et les partenariats et les services à la collectivité.

Huit objectifs, regroupant plus d’une centaine de mesures, stratégies et activités à mettre en place d’ici le 31 décembre 2023, ont été fixés par divers acteurs de la communauté universitaire.

Un plan d’action ça vit d’abord et avant tout à travers les personnes, ça concerne la construction de leur avenir.

Une citation de :Marie-Claude Rigaud

Quand il est entré à l’Université de Montréal, l’étudiant en droit Louis-Philippe Boivin Grenon n’avait aucune idée des services existants offerts aux étudiants autochtones. Je suis arrivé comme un nombre quelconque dans une masse, dit-il sur le ton de l’humour, et ses attentes étaient donc peu élevées.

Une année après que je suis arrivé, je vois sortir le rapport, j’me dis wow! J’pense que j’avais raison de venir ici c’est concret.

Membre de la nation innue de Mashteuiatsh, le jeune homme s’implique aussi à sa façon, il est vice-président aux affaires externes du Comité Droit autochtone.

Alors que Mme Rigaud supervise la mise en œuvre de ce plan d’action, c’est à Niioieren Caroline Gélinas qu’incombe la tâche de conseiller les facultés, services, chercheurs et vice-rectorats.

Je les accompagne dans la mise en œuvre de ces mesures, précise la conseillère principale aux relations avec les Premiers Peuples à l’UdeM, en poste depuis octobre 2019.

Toutes les mesures et le travail qu’on fait le sont en partenariat et en cocréation avec des partenaires autochtones, ajoute Niioieren Caroline Gélinas, elle-même une Mohawk par sa mère, élevée en partie dans la communauté de Kanesatake.

Et d’expliquer que le bureau de la conduite responsable en recherche souhaite, par exemple, recruter des Autochtones qui siégeront aux comités d’éthique de recherche et qui auront à les évaluer.

Il est aussi question de travailler avec le centre de pédagogie de l’université pour aider les professeurs qui veulent incorporer les savoirs autochtones dans leurs cours, de concert avec l’Institut Tshakapesh de Uashat, le Conseil en éducation des Premières Nations et l’Administration régionale Kativik au Nunavik.

Recrutement, soutien, formation, recherche, cocréation, partenariat

Certaines mesures sont en cours de réalisation. C’est le cas de la sensibilisation des responsables de programmes à l’importance d’intégrer divers éléments relatifs aux réalités autochtones lors de l’évaluation périodique, de la révision et de la création des programmes. Cette mesure doit être complétée fin décembre.

D’autres sont déjà en place, dont la révision du questionnaire d’auto-identification pour clarifier certaines définitions liées à l’identification comme Autochtone.

Nous avons mis sur pied une mesure qui va nous permettre de nous pencher plus spécifiquement sur ces questions, tient à clarifier Marie-Claude Rigaud et d’ajouter que des lignes directrices seront élaborées pour accompagner notre institution dans les processus de recrutement d’étudiants, d'employés et de professeurs.

Deux femmes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Caroline Gélinas, conseillère principale aux relations avec les Premiers Peuples à l’UdeM, et Marie-Claude Rigaud, professeure à la Faculté de droit de l'UdeM.

Photo : Benjamin Seropian et Amélie Philibert

D’autres mesures sont à venir. Il est ainsi question de recruter des titulaires autochtones pour deux nouvelles chaires de recherche du Canada, dont une qui portera sur une thématique jugée prioritaire par les milieux autochtones.

Nous voulons créer un milieu qui offre une sécurité culturelle tant aux étudiants qu’aux employés de l’université, précise Niioieren Caroline Gélinas et être en mesure d’être un milieu où ils se sentent attirés pour venir étudier et travailler et où ils se reconnaissent.

Je me sens très honorée et très privilégiée d’avoir reçu cette occasion de contribuer au changement de l’ADN de l’Université de Montréal.

Une citation de :Niioieren Caroline Gélinas

Actuellement, 16 Autochtones travaillent à l’UdeM, dont deux professeurs, mais le plan d’action prévoit des mesures de recrutement bien spécifiques au niveau de l’accroissement des employés autochtones, assure Marie-Claude Rigaud.

Une soixantaine d’étudiants sont inscrits, mais il est prévu de hausser ce nombre. Un plan de recrutement ambitieux a aussi été élaboré; il sera annoncé en 2021, indique Mme Rigaud, sans en mentionner les détails.

Elle explique tout de même que l’idée est d’accompagner des étudiants autochtones et d’assurer leur réussite au niveau des études supérieures et qu’ils puissent s’intégrer au corps professoral.

L’étudiant en droit et futur juriste Louis-Philippe Boivin Grenon se réjouit de son côté du respect et de la mise en application des appels à l’action de la CVR par l’université.

Je m’attends, à long terme, que ça favorise vraiment une meilleure représentativité des étudiants autochtones. Il s’attend aussi à voir plus de diplômés autochtones dans le corps professoral et au sein du personnel de soutien.

Un jeune homme debout en extérieur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Louis-Philippe Boivin Grenon est étudiant au baccalauréat en droit à l'Université de Montréal.

Photo : Gracieuseté de Louis-Philippe Boivin Grenon

De voir d’autres visages, d’autres réussites, dit-il en citant le Dr Stanley Vollant ou le grand chef Constant Awashish, des diplômés universitaires qui viennent servir de modèles aux jeunes.

C’est l’université, avec son inclusion et son plan d’action, qui doit permettre ça, de faire rayonner.

Une citation de :Louis-Philippe Boivin Grenon, étudiant en droit

Le plan d’action Place aux Premiers Peuples est une première étape pour l’UdeM, qui souhaite maintenant inciter les facultés à adopter leur propre plan d’action, dit Marie-Claude Rigaud, la secrétaire générale associée à l’équité, à la diversité, à l’inclusion et aux relations avec les Premiers Peuples et professeure à la Faculté de droit.

C’est un travail de longue haleine qui nous attend.

Une citation de :Marie-Claude Rigaud

Entre-temps, les demandes d’informations et de conseils arrivent de partout, constate la conseillère principale aux relations avec les Premiers Peuples à l’UdeM, Niioieren Caroline Gélinas. Je suis hyper sollicitée, dit-elle en expliquant qu’il n’est jamais facile de changer une culture.

À l’Université de Montréal, la culture est centrée sur la recherche et on a une façon de faire qui date d’il y a très longtemps. Et de comparer l’institution à un grand navire qui se déplace dans un espace très restreint. Ça ne bouge pas aussi rapidement qu’on aimerait que ça bouge, avoue-t-elle, tout en insistant sur son rôle qui en est aussi un d’éducation.

Un aîné à l’université

En 2021, un aîné autochtone entrera à l’UdeM, il accompagnera tous les acteurs voués à l’autochtonisation de l’institution. Ce que je souhaite, c’est d’avoir un accompagnement auprès du comité-conseil des premiers peuples lorsqu’on aura besoin d’inspiration et de direction sur les actions à prendre dans la mise en œuvre du plan d’action, explique Niioieren Caroline Gélinas.

Le comité Kwe Kwe

Mme Gélinas a également participé à la mise en place du comité Kwe Kwe, un comité d’employés autochtones de l’Université de Montréal dont une des réalisations a été de créer le Prix de la valorisation des langues autochtones. La première remise de prix a eu lieu à l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones.

Yvette Mollen, chargée de cours à l’UdeM, en a été la première lauréate. Elle a profité de l’occasion pour remercier l’Université de Montréal d’accorder cette place aux langues autochtones au sein de son organisation, ce qui met en évidence une réponse claire, et à sa façon, aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Une cérémonie des réussites des étudiants autochtones a également vu le jour, à l’initiative de Samuel Rainville, le coordonnateur du Centre étudiant des Premiers Peuples au sein des Services aux étudiants (SAE) de l’Université de Montréal. L’événement a eu lieu il y a quelques semaines.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !