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Chronique

Des actions systématiques contre un racisme systémique

L'approche verticale caractérise le rapport du Groupe d'action contre le racisme

Manifestation contre le racisme systémique dans le Quartier des spectacles au centre ville de Montréal. Les organisateurs ont rendu hommage à Joyce Échaquan. Plus de 1000 manifestants étaient sur place.

Manifestation contre le racisme systémique dans le Quartier des spectacles au centre ville de Montréal. Les organisateurs ont rendu hommage à Joyce Échaquan. Plus de 1000 manifestants étaient sur place.

Photo : Radio-Canada / Francois Sauve

Edith Bélanger

Après quelques mois de réflexion qui ont été marqués par un débat entourant la reconnaissance par le premier ministre du Québec de l’existence du racisme systémique, le Groupe d’action contre le racisme (GACR) a remis son rapport cette semaine.

Cette entité formée par la CAQ et composée uniquement de sept élus de ce même parti politique a recommandé 25 actions qui sont censées générer des résultats quasi immédiats.

Seulement en analysant les termes employés, on voit bien que l’intention était de frapper fort : interdire, éliminer, combattre sont autant de mots forts et évocateurs d’appels à l’action.

Au moment même du dépôt de ce rapport, la CAQ a sans détour affirmé que l’accent était mis sur les actions concrètes ayant des conséquences directes et immédiates.

Une approche systématique?

En effet, dans le plan d’action proposé, il ne fait pas de doute qu’on s’occupe d’abord des effets visibles. Alors que la composition de ce Groupe d’action contre le racisme avait été critiquée par certains, qui y voyaient une forme de chambre à échos des idées de la CAQ.

D’aucuns s’étaient questionnés à savoir pourquoi l’on n’avait pas cherché à y inclure des gens avec des points de vue variés, hors du club social de François Legault.

En effet, pour alimenter une réelle réflexion sur le racisme, n’aurait-il pas été mieux d’élargir les horizons?

C’est donc sur cet arrière-plan de méfiance envers le gouvernement, exacerbé par le décès de Joyce Echaquan et les nombreux témoignages qui ont fait surface de façon concomitante, que l’APNQL a pris l’initiative de déposer son propre plan d’action de lutte contre le racisme.

Quelles conclusions peut-on tirer de l’analyse de ces deux plans d’action?

Premièrement, je pense que tout le monde s’entend pour dire que toute forme d’action visant à éliminer le racisme est bonne en soi.

L’idée n’est donc pas de critiquer les intentions de la CAQ ou de l’APNQL, mais plutôt de voir si ces différentes visions sont complémentaires et pourront s’enrichir l’une l’autre dans la lutte contre le racisme.

Car, il faut le rappeler, les tensions entre le gouvernement du Québec et les communautés autochtones sont importantes et récurrentes.

Souvent, on a l’impression d’être témoins de deux visions du monde irréconciliables que peu de projets peuvent rapprocher.

Le cercle et la pyramide

Lorsqu’il est question de gouvernance, on utilise souvent le terme circulaire pour décrire les structures de prise de décision des Premières Nations, alors que c’est davantage la forme pyramidale qui caractérise les sociétés occidentales et leurs gouvernements.

En comparant les deux plans d’action, on retrouve cette typologie, alors que celui de la province vise davantage les gens en autorité : policiers et enseignants, etc.

Celui de l’APNQL met l’accent, d’entrée de jeu, sur l’implication des citoyens.

Dans un cas, on souhaite que les messages soient imposés d’en haut, alors que dans l’autre on souhaite une conscientisation du plus grand nombre.

Assez majeure comme différence, tant dans la perception de la problématique que dans la mise en œuvre des solutions.

Il me semble que ça peut fonctionner; ces approches m’apparaissent complémentaires en fait, pourvu qu’il y ait une communication et une cohérence dans les actions.

Le bâton et la carotte

En guise d’élément comparatif, on peut aussi utiliser la manière dont on mesurera les résultats et avec laquelle on s’assurera de mobiliser les différents acteurs.

L’approche coercitive semble se dégager du plan de la CAQ. On y parle davantage d’obligations et d’interdictions, alors que les termes choisis par l’APNQL font plus souvent appel aux concepts de sensibilisation, de reconnaissance et de respect.

Ici encore, même si l’approche est différente, elle n’en est pas moins complémentaire et, je dirais même plus, l’une ne va pas sans l’autre.

Finalement, un autre point de comparaison serait la profondeur de champ utilisée pour l’élaboration des deux plans d’action.

En effet, devant l’impasse quant à la reconnaissance par la CAQ de l’existence du racisme systémique, on peut se demander si le rapport du GACR traduira à son tour cet angle mort au niveau du racisme qui se dissimule dans les programmes et règles institutionnelles.

Faire une politique ou faire de la politique

En voulant des actions rapides à tout prix, la CAQ laisse son jupon dépasser en nous laissant penser qu’il y a des préoccupations électoralistes derrière tout ça.

D’ailleurs, la composition du groupe de travail nous pointait déjà dans cette direction.

Or, personne n’est contre la vertu et, si le plan fonctionne, c’est tant mieux : il y aura moins d’actions racistes, on changera certains comportements.

Mais qu’adviendra-t-il de ces préjugés, de ces directives qui défavorisent des populations, de ces programmes dont les impacts sont à intensité variable en fonction de l’origine ethnique ou de la langue maternelle?

C’est plutôt à ce racisme caché, structuré et dactylographié (c’est systémique le terme, mais il paraît que ça n’existe pas…) qu’il faut s’attaquer si l’on veut vraiment un changement de société.

Il faut donc avoir une vision plus large qui remonte jusqu’aux causes mêmes de ce racisme, et c’est là, à mon avis, que le plan de match de l’APNQL a une longueur d’avance.

Par exemple, ne cherchez pas le terme colonialisme dans le plan d’action du Québec, vous perdriez un temps précieux… Bref, la bonne nouvelle, c’est que le racisme, on en parle plus que jamais.

De quelle manière arrivera-t-on à vivre dans un monde plus juste?

Ici, il me semble que les traditions anciennes nous apportent une fois de plus un éclairage, car, à l’image de la ceinture wampum à deux rangs, qui illustrait l’engagement entre deux nations à avancer côte à côte sans se nuire, il y a des moments dans l’histoire où il faut suivre chacun sa voie.

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