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Chronique

Autochtones dans les médias, parlons-en

La nécessité de traiter des enjeux autochtones en dehors des crises tout en reflétant la diversité des nations.

Des professionnels des médias en face de manifestants autochtones qui bloquent la voie ferrée du CN à Saint-Lambert.

Des professionnels des médias en face de manifestants autochtones qui bloquent la voie ferrée du CN à Saint-Lambert.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Edith Bélanger

Un panel impressionnant d’intervenants a été convoqué hier par l'Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador (APNQL) afin de discuter de la place, mais surtout du rôle des médias dans les enjeux autochtones. Le chef Ghislain Picard a ouvert et animé ce cercle de parole virtuel.

Edith Bélanger est diplômée en philosophie de l’Université Laval. Elle est actuellement étudiante en administration publique en contexte autochtone à l’École nationale d'administration publique (ENAP). Elle est également membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Cet événement qui s’inscrit dans la mise en œuvre du plan d’action élaboré par l’APNQL pour lutter contre le racisme et la discrimination a permis de soulever plusieurs questions de fond qui illustrent que pour atteindre une réconciliation entre les Autochtones et les médias, il faudra d’abord mettre l’accent sur l’établissement de relations.

Pourquoi ces efforts considérables devraient-ils être déployés auprès des médias plutôt que de viser directement les politiciens, les gestionnaires de la santé et les grands décideurs du monde de l’éducation?

Probablement parce que, stratégiquement, c’est là le meilleur moyen d’avoir un impact sur les hautes sphères.

Dès les premières minutes, le chef Picard l’a d’ailleurs illustré en mentionnant que les médias étaient parfois associés au quatrième pouvoir dans la société.

Il est donc très important d’établir correctement le contact et de le faire sur une base plus régulière que la simple couverture des crises.

Car, il faut se le dire, la couverture des enjeux autochtones est souvent déclenchée par l’apparition d’une crise, mais pas n’importe laquelle, il s’agit principalement des crises qui ont des répercussions sur la vie de monsieur et madame Tout-le-monde.

Est-ce possible de changer la donne, d’intéresser la population en général à d’autres angles de la réalités des premiers peuples?

Je n’ai pas la réponse, mais je suis certaine qu’il est important d’essayer de le faire. Car après tout, comme l’a souligné avec justesse Ka’nhehsi :io Deer, journaliste pour CBC Indigenous, ces crises ne sont pas ce qui définissent les réalités autochtones.

Au contraire, il y a certainement beaucoup de potentiel dans la présentation de sujets positifs qui sont le fruit d’une analyse plus approfondie et mettant en relief la diversité culturelle de même que différentes histoires inspirantes qui incarnent les valeurs autochtones et qui sauraient sans doute inspirer l’ensemble de la population peu importe ses origines ethniques.

Se former en essayant d’informer

Le chef Picard a attiré l’attention des panélistes sur l’une des recommandations contenues dans le rapport de la commission Viens qui souligne la responsabilité des médias par rapport à l’illustration des réalités multiples des peuples autochtones.

C’est certainement une excellente voie de passage pour en arriver à une meilleure compréhension des enjeux des Premières Nations.

Encore, une fois, on sait où l’on veut aller, mais on ne sait pas comment s’y rendre.

Le premier obstacle sur le chemin est de taille et c’est l’accès limité qu’ont les journalistes aux informations qui leur permettraient de mieux comprendre pour, ensuite, en arriver à refléter cette diversité.

Les panélistes ont discuté de l’importance de tisser des liens et de développer une relation de confiance.

Il faut être lucide, plusieurs communautés autochtones entretiennent une certaine méfiance à l’endroit des journalistes, ce qui ne facilite pas les échanges.

Autre obstacle à la mise en œuvre de cette recommandation de la commission Viens : la perception des Autochtones comme s’il s’agissait d’un bloc monolithique, uniforme.

Cette vision on ne peut plus fausse amène parfois les médias à aborder des situations en prenant des raccourcis.

Cette tendance crée ce que j’appelle le paradoxe de l’expert.

Il arrive fréquemment que des gens des Premières Nations soient sollicités pour donner une opinion dans les médias sur un sujet autochtone qui n’a pourtant que très peu à voir avec l’expertise réelle de cette personne.

Parfois, j’ai l’impression qu’on ne cherche qu’à placer un intervenant autochtone à l’horaire pour se donner bonne conscience.

Pour ma part, je serais bien à l’aise de discuter de gouvernance et de politique, mais je ne suis pas nécessairement bien placée pour me prononcer sur tous les sujets, d’un océan à l’autre, simplement parce que je porte la carte de statut autochtone.

D’un autre côté, et c’est ici qu’apparaît le paradoxe, les intervenants ont confirmé qu’il existe une certaine réticence à confier la couverture de certains évènements autochtones à des journalistes issus de ce milieu.

Il existe donc un préjugé qui veut qu’un membre d’une communauté sera forcément biaisé par son expérience et que son attachement risquerait de nuire à son jugement professionnel.

Le journaliste Michel Jean et le directeur du Devoir, Brian Myles, l’ont d’ailleurs tous les deux souligné, chacun selon sa perspective : ce n’est pas parce qu’un journaliste est près de son sujet qu’il n’est pas en mesure d’être rigoureux.

J’ajouterais que, au contraire, dans plusieurs situations, un journaliste autochtone sera beaucoup plus à même de saisir la profondeur de l’enjeu qu’il doit couvrir et mettre l’accent sur le cœur du sujet.

En somme, si l’objectif de ce webinaire était de générer une prise de conscience et d’offrir des solutions pour l’établissement d’une meilleure relation entre les Autochtones et les médias, je pense que c’est réussi.

Il me semble que dans le format même de ce webinaire se trouvent des pistes de solutions.

Le chef Picard a su créer une ambiance qui favorisait les échanges tout en imposant l’encadrement protocolaire approprié.

À une autre époque, nous aurions peut-être eu ces discussions autour d’un feu, aujourd’hui, c’est devant nos ordinateurs que cela s’est passé, mais l’esprit y était.

Reste à voir comment ces discussions feront leur chemin dans la réalité des médias.

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