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Représentations autochtones : mea culpa et humilité des journalistes

Au programme du webinaire : rôle et responsabilités des médias, place des Autochtones dans l’univers médiatique et défis de la couverture médiatique

Les participants au webinaire dans une fenêtre Zoom.

L'APNQL a lancé une série de webinaires dans le cadre de son plan d'action sur le racisme et la discrimination.

Photo : Radio-Canada

Maud Cucchi

Comment viser une représentation juste des communautés autochtones dans les médias? Quel rôle joue la couverture journalistique sur le racisme systémique au Québec? Autant de questions délicates soulevées dans un webinaire public organisé par l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), jeudi.

Statistiques à l'appui, le directeur du journal Le Devoir, Brian Myles, a démontré d'emblée que les contenus autochtones occupaient davantage de place qu'auparavant dans les journaux.

Un amer constat est toutefois venu nuancer les efforts de représentativité vantés par plusieurs intervenants des grands médias québécois. Pour qu'on parle de nous, il faut souvent qu'il y ait une crise qui frappe l'imaginaire et retienne l'attention, a déploré l'un des participants autochtones en citant la vaste couverture des barrages ferroviaires récents.

Certes, dans le milieu de l'information, on dit que les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne, mais la diversité des contenus fait cruellement défaut, a renchéri Ka'nhehsí:io Deer, journaliste à CBC et originaire de Kahnawake. La réalité des Premières Nations demeure souvent introuvable dans leur représentation médiatique, selon ses observations.

Tous ces conflits, ces tragédies, ce n'est pas ce qui définit les Autochtones. On est beaucoup plus que ça et on a besoin d'histoires qui dépassent ça, a-t-elle poursuivi. 2020 a été très éprouvant, on est au bout du rouleau, on a besoin d’avoir plus de spectre dans les histoires couvertes.

Des manifestants brandissant des pancartes.

À Montréal, des manifestants défilent en soutien à la Première Nation des Mi'kmaq, au cœur d'un conflit avec les pêcheurs commerciaux sur les droits de pêche dans les eaux de la Nouvelle-Écosse (1er novembre 2020).

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Certains journalistes ont reconnu sans ambages la prédominance du sensationnalisme dans les choix éditoriaux concernant les Premières Nations.

On parle des questions autochtones quand elles nous touchent et qu’elles nous font mal, a analysé Bernard Drainville, journaliste et animateur au 98,5 FM. Quand elles viennent nous chercher dans notre humanité, comme dans le cas de la mort de Joyce Echaquan. L’injustice n’est pas suffisante pour qu’on y apporte une attention médiatique.

L'angle même du traitement des conflits ainsi que les choix lexicaux n'ont pas manqué d'être épinglés. Les mêmes expressions utilisées dans les années 1980 sont encore utilisées par les journalistes, et pas plus tard qu'en février, a relevé avec agacement Ka'nhehsí:io Deer, pour qui les médias francophones accusent un retard important dans leur façon d'aborder les sujets autochtones.

La situation serait profondément liée à l'existence de stéréotypes que les médias s'approprient et retransmettent pour aboutir à une représentation médiatique erronée. La rencontre virtuelle s'inscrivait précisément dans le cadre du plan d'action de l'APNQL sur le racisme et la discrimination, publié à la fin de septembre.

Méconnaissance avouée

Les stéréotypes, partis pris conscients ou non, restent donc tenaces. Et les ponts à bâtir entre communautés, pas toujours évidents. La journaliste Fanny Lévesque, forte de son expérience sur la Côte-Nord, a évoqué la méfiance des communautés à confier leurs histoires.

Le fait que je sois non autochtone apporte une complexité supplémentaire, analyse-t-elle. Moi, j'appartiens à l'autre système. Il faut travailler à se rapprocher, à se faire confiance.

« Il faut arriver dans les communautés avec humilité, sensibilité, patience et écoute. »

— Une citation de  Fanny Lévesque, journaliste à La Presse

Le thème de l'humilité a également été abordé sous l'angle de la méconnaissance. Les enjeux sont parfois trop complexes à cerner, a défendu Bernard Drainville, en citant des partages de pouvoirs autochtones difficiles à appréhender. Dans le cas du conflit des Wet'suwet'en, le leadership était partagé entre les chefs héréditaires, les conseils de bande, les membres du blocus et ceux des barricades à Kahnawake, a-t-il illustré.

Imaginez un non-Autochtone qui essaie de comprendre, on est dans l'extrême complexité. Je ne suis pas sûr que ce leadership éclaté serve la communauté autochtone avec les risques de contradiction.

D'après Ka'nhehsí:io Deer, quoi qu'il en soit, il restera toujours une différence culturelle et d'approche entre journalistes autochtones et non autochtones. Pour sa part, Michel Jean, auteur et journaliste à TVA, a lancé une mise en garde contre le racisme pernicieux qui dicterait une catégorie de couverture en fonction de l'origine du journaliste.

Séparation des genres

Personne ne peut prétendre à l'objectivité, car on n'échappe pas à qui l'on est, mais prétendre à la rigueur journalistique, ça oui, a résumé Brian Myles en conclusion.

« Nous ne sommes pas des militants, ni des activistes pour la justice sociale. Il ne faut pas confondre activisme et journalisme, sinon on va perdre notre fonds de commerce. »

— Une citation de  Brian Myles, directeur du Devoir

Quel a été le principal conseil prodigué à Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, pour optimiser sa couverture médiatique? Le plus tôt sera le mieux lorsqu'il s'agira de répondre à une demande d'entrevue d'un journaliste, a préconisé Michel Jean, en référence à l'immédiateté de l'information numérique et audiovisuelle, et au contexte de production de plus en plus soutenu qui nécessite de répondre rapidement aux appels.

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