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Tollé après une vidéo montrant une femme innue brutalement escortée par la GRC

La communauté de Natuashish s'indigne du traitement infligé à la détenue, malheureux exemple du choc entre réalités innues et pratiques policières, déplore-t-elle.

Deux images tirées d'une vidéo et montrant Cheyenne Rich saisie par des policiers.

Cheyenne Rich, escortée le 3 décembre à l’aéroport de Natuashish, afin qu’elle soit conduite à Happy Valley-Goose Bay pour comparaître en cour.

Photo : Facebook

Radio-Canada

« J'ai été choquée. Je ne pouvais pas le croire », s’est indignée la tante d’une prisonnière innue qui a été filmée, en pleine détresse, sur le tarmac de l’aéroport de Natuashish, au Labrador, alors que des policiers l’escortaient pour qu’elle monte à bord d’un avion de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avant de la hisser de force, menottée et à moitié dévêtue, dans la cabine.

Cette vidéo, elle me fait mal. Ça me choque, la façon dont ils traitent ma nièce, a témoigné Justine Noah. [...] Je la connais, elle a des problèmes mentaux, je crois qu'elle a un trouble bipolaire et elle ne comprend pas le système judiciaire.

Les images filmées jeudi ont provoqué les foudres de la communauté de Natuashish, au Labrador, qui reproche aux policiers leur approche trop sévère. Plusieurs estiment que la police aurait plutôt dû impliquer les membres de la communauté afin de désamorcer l'incident.

Cheyenne Rich devait se rendre à Happy Valley-Goose Bay pour comparaître en cour et faire face à des accusations de voies de fait, profération de menaces et manquement à une promesse remise au tribunal en lien avec un incident survenu le 27 novembre.

La vidéo de son arrestation, postée sur Facebook, a été visionnée par des dizaines de membres de sa communauté.

En prenant connaissance des images, Justine Noah a constaté que sa nièce était en détresse. Elle l’a entendue demander de l'aide en innu et dire que les agents lui faisaient mal.

L'un d’eux lui a demandé, en anglais, de lever la jambe sur les marches pour monter dans l'avion pendant que cette dernière continuait de crier jusqu’à l’intérieur de l’habitacle. Elle n'écoutait pas. Elle était paniquée et effrayée, a analysé sa tante qui a affirmé que Mme Rich avait des problèmes de santé mentale et ne pouvait communiquer pleinement en anglais.

Justine Noah en manteau.

« Les policiers auraient dû demander à l'un des agents de sécurité [de la communauté] d'aller sur place et de lui parler pour qu'elle se calme », a défendu la tante de la prisonnière, Justine Noah.

Photo :  CBC

Elle a souvent eu des démêlés avec la justice et elle a été en prison pour femmes à plusieurs reprises, mais je n'avais jamais vu cela auparavant, a déclaré Mme Noah.

On peut également entendre l’un des spectateurs de la scène dire aux policiers qu'ils ont vu l'un d'eux frapper la prisonnière avant que l'enregistrement vidéo ne débute.

Les accusations s’alourdissent

Dans un premier temps, la GRC de Terre-Neuve-et-Labrador a refusé de commenter l’incident, puis a publié un communiqué le lendemain indiquant qu’un policier avait été agressé par une détenue sous escorte.

Deux policiers escortaient la femme vers l’aéronef quand elle a mordu la main d’un des policiers. Le policier a dû user de la force pour libérer sa main. Elle a continué de résister et, une fois dans l’aéronef, elle a continué à s’en prendre au policier, peut-on lire dans la version de la GRC.

Le communiqué mentionne également que la prisonnière n'a pas eu besoin de soins médicaux, alors que l'agent l'escortant a été soigné pour les blessures subies lors de l'agression.

Cheyenne Rich fait désormais face à des accusations supplémentaires pour voies de fait sur un policier et pour non-respect de conditions imposées par le tribunal.

Je ne sais pas comment va ma nièce et je ne sais pas si elle va comprendre. Elle a besoin de quelqu'un, un traducteur, qui soit là pour s'assurer qu'elle comprend tout.

Une citation de :Justine Noah, tante de la prisonnière.

Les flics ne connaissent pas les Innus ni leur culture, ils ne comprennent pas la langue innue, ils ne comprennent pas si la personne a des problèmes de santé mentale, a dénoncé Mme Noah, qui dit avoir travaillé comme agente de sécurité communautaire de Natuashish, notamment pour aider à la traduction entre les membres de la communauté et la police.

Manque de compréhension

Le chef de Natuashish, John Nui, a pris connaissance de l'incident lorsqu'il a été contacté par un agent de la GRC à Happy Valley-Goose Bay.

La force qu'ils ont utilisée sur cette femme n'est pas nécessaire, a-t-il commenté. Cette dame a des problèmes.

C'est un abus. Et ça a frustré les gens. Je pensais que nous avions une bonne relation de travail avec la GRC, et maintenant je ne sais plus.

Une citation de :John Nui, chef de Natuashish.

Selon lui, une formation à la sensibilisation culturelle serait très utile à tout agent travaillant dans sa communauté.

Nous insistons toujours, lorsque de nouveaux arrivants viennent dans nos communautés, sur le fait qu'ils devraient suivre un atelier de sensibilisation culturelle avant de venir, afin qu'ils sachent qui nous sommes et ce que nous faisons ici. Peut-être qu'ils comprendront mieux, a déclaré M. Nui.

Avec les informations de CBC

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