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Le site ancestral Mushuau-nipi désormais protégé de façon permanente

Québec désigne 30 000 km2 d'aires protégées dans le Nunavik, ce qui inclut une portion significative du site ancestral Mushuau-nipi, au coeur de l'histoire des Innus et des Naskapis.

Des caribous quittent la rive pour marcher dans une rivière. Derrière eux, une montage rocheuse est illuminée par le soleil.

Le site Muhsuau-nipi a une importance majeure dans l'histoire des Innus et des Naskapis, notamment en lien avec la chasse aux caribous.

Photo : Courtoisie / Corporation du Mushuau-nipi

Il faut compter plus d'une dizaine d'heures de voyagement en train, puis en canot ou en hydravion pour s'y rendre... à partir de Sept-îles. Le long chemin vers Mushau-nipi est une sorte de pèlerinage, au sens propre comme au figuré, pour les Innus et les Naskapis du Québec et du Labrador, qui allaient anciennement y chasser.

Situé le long de la rivière George – Metsheshu Shipu, en innu – à environ 250 kilomètres au nord-est de Schefferville, une partie centrale de ce site de chasse historique vient d'obtenir le statut de réserve de territoire aux fins d’aire protégée (RTFAP).

Concrètement, ce statut signifie que Québec y interdit toute activité d'exploitation de ressources naturelles, qu'elles soient minières, énergétiques ou forestières, et ce, jusqu'à l'obtention d'un statut légal de protection officiel. En d'autres mots, Mushuau-nipi est désormais protégé de manière permanente.

Vue en plongée sur une rivière et ses berges.

Le site Mushuau-nipi est situé à environ 250 kilomètres au nord-est de Schefferville.

Photo : Courtoisie / Corporation du Mushuau-nipi

La Corporation du Mushuau-nipi, qui protège les éléments archéologiques du site et y perpétue sa vocation de rassemblement de façon régulière depuis 2005, estime qu'il s'agit d'une excellente nouvelle. Le cofondateur de la Corporation, Serge Ashini Goupil, se dit rassuré.

On est fiers qu'il y ait une mesure de protection qui englobe la rivière George pour ne pas qu'il y ait d'exploitation minière, entre autres. À cet endroit-là, il y a eu des claims, mais la compagnie s'est désistée, raconte celui qui s'y rend régulièrement depuis bientôt 20 ans.

Une partie des berges de la rivière George était déjà considérée comme une réserve aquatique, mais le site spécifique où se tiennent les activités de la Corporation n'y figurait pas. Il y avait comme un trou à cet endroit. On est contents qu'il n'y ait plus de possibilité de travaux lourds, indique Serge Ashini Goupil, qui raconte avoir déjà vu un hélicoptère patrouiller dans les alentours pour venir récolter des échantillons.

La partie du territoire qui est visée par l'agrandissement de l'aire protégée de la rivière George est de 15 ou 20 kilomètres carrés, explique M. Ashini Goupil. Ce n'est pas beaucoup, concède-t-il, mais les dommages seraient immenses si on venait détruire ce site, où l'on retrouve des vestiges archéologiques, avec une campagne d'exploration ou de l'exploitation de ressources.

Il y a 45 structures de campement à cet endroit. C'était un village quand les gens y allaient pour la chasse au caribou. C'était majeur.

Un amas de roches en forme de pointe sur le sol.

Des roches en forme de pointe sur le site Mushuau-nipi

Photo : Courtoisie / Corporation du Mushuau-nipi

La maison du caribou enfin protégée

Mushuau-nipi occupe une place centrale dans l'histoire des Innus et des Naskapis, qui s'y rendaient pour chasser chaque année au début de l'automne. Aujourd'hui, le territoire est donc à la fois considéré comme un site ancestral, culturel, patrimonial et archéologique d’importance nationale.

C'est un site de convergence pour les grandes chasses au caribou, historiquement. Tous les Innus de la Côte-Nord et même du Labrador s'y rendaient. C'est la maison du caribou.

Serge Ashini Goupil, cofondateur de la Corporation du Mushuau-nipi

On réoccupe l'endroit, mais ce n'est pas à nous, tient à préciser M. Ashini Goupil. C'est national, explique celui qui se décrit comme une sorte de gardien, faute d'avoir trouvé l'expression juste.

Nous, la Corporation, on est là pour faire découvrir le site, faire des activités, mais surtout le protéger. Donc on est contents [...] qu'il n'y ait plus de menace. Maintenant, on est dans une aire protégée.

Des tipis sont montés près d'une rivière.

La Corporation du Mushuau-nipi tient des activités pour réoccuper ce territoire ancestral innu situé le long de la rivière George, dans le Nunavik.

Photo : Courtoisie / Corporation du Mushuau-nipi

La désignation de près de 30 000 kilomètres carrés de territoire protégé au Nunavik n'a pas encore fait l'objet d'une annonce par Québec, mais le ministre de l'Environnement a confirmé la nouvelle – qui était attendue – en entrevue avec le Journal de Québec samedi.

Outre l'agrandissement de la zone protégée le long de la rivière George où se trouve Mushuau-nipi, les autres secteurs qui seront désormais protégés sont ceux de Rivière-Innuksuac, Rivière-Arnaud, Tursujuq-Nord, Tursujuq-Centre, Tursujuq-Sud, Canyon-Eaton, Marais-Maritime et Rivière-George-Nord. L'aire protégée de Rivière-Marralik sera aussi agrandie.

Ceci porte à 12,7 % la proportion du territoire québécois qui est sous protection. Ces ajouts constituent une hausse de 2 %. L'objectif du gouvernement est d'arriver à 17 % d'ici la fin de 2020.

Assurer la pérennité du site

Le fonds Joséphine Bacon, tout juste créé par la cinéaste Kim O'Bomsawin au nom de la poétesse qui a fait l'objet de son film Je m'appelle humain, est intimement lié au site Mushuau-nipi.

L'objectif du fonds, en accord avec le rêve de transmission de la poétesse innue, est de permettre à un ou deux jeunes de cette Première Nation d’aller visiter des lieux culturellement significatifs chaque année.

Des personnes en chaloupe devant un campement.

La Corporation du Mushuau-nipi tient des activités sur le site afin de favoriser la transmission de connaissances.

Photo : Courtoisie / Corporation du Mushuau-nipi

Pour Serge Ashini Goupil, cette nouvelle initiative, en plus du geste de protection posé par Québec, vient en quelque sorte valider le travail auquel se consacrent les sept membres de la Corporation – quatre Innus et trois Québécois, pour refléter la collaboration – depuis maintenant plus de 15 ans.

Si les gens croient à ce qu'on fait pour faire de la transmission, faire l'exercice de présenter ce qu'on était comme Innu dans le passé et aujourd'hui, c'est ça la pérennité du site, estime-t-il.

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