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DPJ : entente «historique» pour quatre communautés anishinabées

« On va adapter leur outil à notre réalité et s’occuper de nos enfants chez nous » dit la responsable

Peggie Jérôme, directrice générale de l'organisation Mino Obigiwasin, pose devant des tableaux

Peggie Jérôme, directrice générale de l'organisation Mino Obigiwasin

Photo : Gracieuseté Peggie Jérôme

Après deux ans de négociation, quatre communautés anishinabées ont commencé à offrir leur propre service de protection de la jeunesse grâce à une entente, qu'elles qualifient « d’historique », avec le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSSAT).

On va adapter leur outil à notre réalité, notre image et s’occuper de nos enfants chez nous. C’est là qu’ils sont les mieux placés et les plus heureux, se réjouit Peggie Jérôme, la directrice générale de Mino Obigiwasin. 

L’organisme à but non lucratif, créé en juillet 2019, va s'occuper des services de protection de la jeunesse et de justice pénale pour les adolescents des communautés anishinabées de Pikogan, Kitcisakik, Lac-Simon et Long Point. 

C’est un gros travail, reconnaît Peggie Jérôme, mais il est nécessaire. On sentait une urgence d’agir, de prendre en charge nos services

L'organisme devra néanmoins toujours rendre des comptes au CISSSAT, responsable de l’application de la Loi sur la protection de la jeunesse.

Très clairement, je garde toute l'imputabilité donc je suis encore 100% responsable de tous les services protection de la jeunesse, indique le directeur de la protection de la jeunesse pour l'Abitibi-Témiscamingue, Donald Vallières.

L'objectif central de cette démarche est de procurer aux jeunes et aux familles des services sur mesure adaptés aux réalités culturelles et familiales. 

Pour comprendre, précise la directrice de Mino Obigiwasin,Peggie Jérôme, en souriant, mettez-vous dans nos mocassins. Elle énumère l’importance du cercle familial, de la communication non verbale, de l’attachement au territoire, à la culture, mais aussi de la langue. 

Culture, langue, tradition, cérémonie… nommez-les. On aura ce qu’il y a de mieux pour protéger et s’occuper des enfants, avance Adam Hunter, administrateur de l’organisme et membre de Long Point.

Le directeur de la protection de la jeunesse pour l'Abitibi-Témiscamingue, Donald Vallières qui a été intervenant social dans des communautés autochtones, reconnait qu'un Allochtone d'en dehors de la communauté ne connaît pas toutes les forces, les personnes pivots pour trouver des solutions rapides.

De plus, selon lui, seul un membre de la communauté peut transmettre les valeurs profondes et les utiliser à bon escient pour désamorcer une situation.

Pendant la pandémie, alors que les enfants ne pouvaient plus bouger, ça a fait très mal. Des ados, placés en dehors des communautés, risquaient de fuguer pour retourner chez eux. On a trouvé une personne influente de la communauté qui, via zoom, leur a fait comprendre les risques de contamination pour les personnes âgées. Ça a fonctionné, c'était fantastique, raconte Donald Vallières.

Avec de tels services, le but est que les enfants restent dans leurs communautés afin de ne pas perdre leur identité. Actuellement, 171 enfants des quatre communautés sont placés dans des familles d’accueil dans les communautés, mais aussi en milieu urbain. 

Le personnel, un enjeu crucial

L’équipe compte une vingtaine d’employés, mais, à terme, l’organisme souhaite en recruter 90. L’idéal serait qu’ils soient anishinabés, car un employé connaissant les familles, mais aussi connu, crédible, et pouvant faire les interventions dans la langue est plus sécurisant, selon Peggie Jérôme. 

Mais on connaît la réalité, on n’a pas beaucoup de ressources formées pour le moment, poursuit-elle.

Mino Obigiwasin prépare une formation qui mettra de l’avant les fonctionnements et les valeurs des communautés pour que les employés allochtones puissent offrir de meilleurs services. 

L'exemple Atikamekw

L’organisme s’est inspiré du travail des Atikamekws qui ont développé leur propre service de protection de la jeunesse et sont désormais autonomes. 

Les Atikamekw ont fait un gros travail, on aime leur approche, explique Peggie Jérôme, mettant en valeur celle de guérison qui prend autant en compte l’enfant et les parents tout en utilisant des cercles d’aidants et la famille au grand complet.

On est moins dans le punitif, dit Peggie Jérôme. On sera dans l’entraide pour comprendre ce qu’ils vivent et les aider à guérir

Il y a tout lieu de croire que les résultats apporteront plus de respect pour les personnes, plus de sérénité pour les familles et ultimement, de meilleures perspectives d’avenir pour les enfants , assure le président du conseil d’administration et membre de Pikogan, Malik Kistabish.

À terme, les quatre communautés souhaitent créer leur propre direction de protection de la jeunesse, comme la loi fédérale C-92 le permet. Toutefois, elles déplorent que cette loi, entrée en vigueur il y a près d’un an et qui cède le contrôle de la protection de la jeunesse aux communautés autochtones, ne soit pas considérée dans l’Entente signée.

En effet, le gouvernement québécois la conteste car il estime qu’elle empiète sur son champ de compétence. 

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