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Québec investit 18 millions pour la formation des corps de police autochtones

Les trois sont séparés par des plexiglas en conférence de presse.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, était en compagnie de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, et du vice-président de l'Association des chefs de police des Premières Nations, Shawn Dulude, pour faire son annonce.

Photo : La Presse canadienne / Simon Clark

Le gouvernement Legault a annoncé vendredi l'octroi d'un peu plus de 18 millions de dollars pour améliorer la formation des agents des 22 corps de police des Premières Nations et attirer plus de jeunes Autochtones dans cette profession.

Le ministre responsable des Affaires autochtones Ian Lafrenière en a fait l'annonce aux côtés de sa collègue à la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, et du vice-président de l'Association des chefs de police des Premières Nations, Shawn Dulude.

Ce dernier a remercié du fond du coeur le gouvernement du Québec. On est conscients que sans l'aide que vous annoncez aujourd'hui, on ne pourrait pas faire les pas qu'on va faire dans l'avenir.

Cette annonce fait suite aux appels à l'action de la commission Viens sur les relations entre les Autochtones et certains services publics du Québec, et de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFADA), en plus de répondre à certaines recommandations du rapport de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs rendues publiques jeudi.

La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, était d'ailleurs présente lors de la conférence de presse, puisque l'investissement servira entre autres à mieux former les policiers en matière de violences sexuelles, familiales et conjugales.

Sur une enveloppe totale de 18,7 millions de dollars, une somme de 1,2 million sera aussi consacrée spécifiquement à la prévention des violences sexuelles et de l'exploitation sexuelle chez les femmes autochtones.

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Attirer les jeunes Autochtones

La ministre Guilbault a pour sa part détaillé comment le reste de l'enveloppe sera dépensée. Le gouvernement vise d'abord à améliorer la prestation de services des corps de police autochtones. On veut dresser un état de la situation [...] à partir duquel on pourra déterminer quels sont les besoins et les meilleures actions à poser pour avoir une prestation de service adaptée et culturellement sécurisante, a-t-elle expliqué.

Aussi, Québec financera chaque année, et ce, pendant cinq ans, la formation à l'École nationale de police de deux cohortes de 12 étudiants issus des communautés autochtones afin de rendre plus accessible et plus attrayante la profession d'agent de la paix.

On a besoin d'avoir des corps de police représentatifs des communautés qu'ils desservent.

Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

En ce sens, Québec mettra sur pied un vaste plan de communication pour rejoindre ces jeunes Autochtones qui souhaiteraient devenir policiers.

La formation dispensée par l'École nationale de police coûte entre 28 000 et 30 000 $ par étudiant, a précisé Ian Lafrenière, tout en prenant soin d'indiquer que, pour les membres des communautés autochtones, les dépenses sont souvent bien plus élevées en raison de l'éloignement des recrues qui doivent ainsi assumer des frais de déplacement et d'hébergement.

Selon le rapport de l'ENFADA, en 2017, l’effectif total des corps de police autochtones était approximativement de 400 policiers au Québec. Toutefois, aucune statistique ne fait état de la proportion de ces effectifs qui sont d'origines autochtones.

Shawn Dulude parle en conférence de presse.

Le chef de police Shawn Dulude a longuement évoqué la difficulté de retenir les agents dans les corps de police autochtones en raison des conditions de travail moins attrayantes que celles qu'offrent les grands services de police.

Photo : La Presse canadienne / Simon Clark

Shawn Dulude, qui est également chef du Service de police mohawk d'Akwesasne, a souligné la difficulté de recruter des jeunes des Premières Nations, pour qui la profession de policier demeure souvent inhabituelle. Mais il a surtout évoqué le défi de rétention des agents – autochtones ou non – qui, une fois embauchés, finissent souvent par quitter les corps de police de ces communautés pour des organisations plus imposantes, qui offrent de meilleures conditions.

Il a ainsi laissé entendre que des discussions devraient avoir lieu pour améliorer les conditions de travail des corps de police qu'il représente comme vice-président de l'Association des chefs de police des Premières Nations.

La brutalité vient des autres

Parmi les mesures phares de l'annonce de vendredi, on compte aussi former tous les employés des services correctionnels afin de les sensibiliser aux réalités des Autochtones; cela comprend 2813 agents des services correctionnels, 450 agents de probation et 281 chefs d'unité.

En ce qui concerne le nouveau personnel embauché, cette sensibilisation sera faite de manière systématique, a précisé la ministre de la Sécurité publique.

Réagissant au micro du 15-18 peu de temps après l'annonce, la présidente de l’Association des femmes autochtones du Québec a salué l'investissement de Québec, tout en apportant un bémol. On sait que nos policiers avaient beaucoup de lacunes dans la formation, mais aussi dans les budgets, sauf que les recommandations de l'Association concernent surtout les agents des corps de police non autochtones, a souligné Viviane Michel.

Tant mieux si on peut former nos policiers, mais l'objectif de l’Association des femmes autochtones du Québec, c'est que les femmes autochtones se promènent en sécurité dans les rues. Et la brutalité vient des autres entités de police.

Viviane Michel, présidente de l’Association des femmes autochtones du Québec

Rien n'est vraiment encore fait de ce côté, a-t-elle ajouté, déplorant par ailleurs que son organisation n'ait pas été consultée pour l'élaboration de ce plan, alors qu'elle a participé activement à la commission Viens et à l'ENFADA.

Une des choses les plus urgentes, c'est le travail colossal d'éducation populaire auprès des policiers non autochtones. La réalité des peuples autochtones doit être entendue et comprise.

Au cours de la conférence de presse, le ministre Ian Lafrenière a indiqué à plusieurs reprises que d'autres annonces allaient suivre et que celle concernant la formation des corps de police autochtones était déjà la cinquième d'une série en lien avec le plan intitulé J'ai espoir.

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