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Waskapitan : « On a besoin de beauté, de poésie, de musique » - Elisapie

Des artistes sur scène.

Plusieurs artistes autochtones et non autochtones ont partagé la scène los du spectacle-bénéfice Waskapitan, en hommage à Joyce Echaquan.

Photo : Flore Bibeau /Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec

Plus de 30 000 spectateurs ont assisté jeudi, en ligne, à Waskapitan : Rapprochons-nous, le spectacle-bénéfice organisé en hommage à Joyce Echaquan. Et la salle virtuelle restera ouverte au public jusqu’au 3 janvier.

Sur scène Yan-Maverick Quitich déclame son slam. À ses côtés, au piano, Patrick Watson. C’est la première fois qu’ils se rencontrent.

Le jeune homme de 16 ans, originaire de la communauté atikamekw de Manawan, s’est fait remarquer cet été lors d’une manifestation en soutien au mouvement Black Lives Matter, puis à la soirée aux chandelles pour Joyce. J’étais là pour mes frères et sœurs autochtones, dit-il.

Mon texte raconte ce que nous subissons depuis le premier jour où les hommes blancs sont débarqués, explique-t-il. Au début on vivait tous en harmonie, on était tous amis, là je ne sais pas qu’est-ce qui a changé, c’est comme ça que le racisme a débarqué.

Le racisme, Yan-Maverick connaît. Il l’a subi en février 2019 lors d’un match de hockey mineur en se faisant insulter par des parents, par des jeunes et par un entraîneur de hockey.

Sabrina Paton a découvert Yan-Maverick lors d’une semaine musicale au Centre d’amitié autochtone de Lanaudière cet été et l’a invité à participer à Waskapitan.

Il a accepté dans l’espoir de faire bouger les choses et pour prouver au monde qu’un Autochtone peut témoigner ce qu’il ressent.

Deux artistes sur scène.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Yan-Maverick Quitich et Patrick Watson sur la scène de Waskapitan.

Photo : Flore Bibeau /Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec

Sabrina est la directrice de production du spectacle. La tragédie qui a emporté Joyce Echaquan, elle l’a reçue de plein fouet.

Coordonnatrice culturelle au CAAL, son rôle est de faire rayonner la culture autochtone et de créer des rapprochements de nation à nation, mais là elle était sous le choc.

Avec le décès de Joyce, elle s’est interrogée sur ce qu’elle n’avait pas assez fait. Je me suis demandé à quoi je servais dans ce contexte.

La réponse n’a pas tardé à venir. L’équipe du Centre culturel Desjardins de Joliette, elle-même secouée, lui a lancé l’idée d’un spectacle-bénéfice.

Et le tout a rapidement pris de l’ampleur. C’est là qu’on a vu à quel point il y avait un immense vent de solidarité de la part du milieu culturel québécois, a constaté Sabrina Paton.

Un show de cette envergure-là, c’est supposé se faire en quelques mois, pis nous on a eu à peine un mois pour réfléchir, poursuit Elisapie, invitée, avec Maurin Auxéméry, à prendre en charge la direction artistique.

Ils y ont travaillé bénévolement comme plusieurs autres. La mort de Joyce nous a donné un élan de force incroyable, je me suis dit "j’peux pas ne pas faire ça."

Un enregistrement vidéo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'enregistrement du spectacle-bénéfice Waskapitan.

Photo : Flore Bibeau /Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec

Des rencontres sur scène

Certaines amitiés existent depuis longtemps, Florent Vollant et Richard Séguin par exemple, d’autres se sont créées. C’est le cas de Jeremy Dutcher et Dominique Fils-Aimé ou Shauit et Yves Lambert.

Je chante une de mes chansons avec Yves Lambert, dit Shauit. On a décidé de faire Nutshimam, qui veut dire Mon chef, c’est une chanson qui rentre dedans.

Une pièce qui marie chants autochtones des plaines de l’Ouest et chants innus, c’est tribal, rythmique. Yves embarque sur cette chanson avec son accordéon.

La musique, on sait tous que c’est un langage universel, fait remarquer très justement Shauit. Je pense que c’est un très bon moyen de rapprochement. Souvent ce qui nous intéresse chez une autre nation, une autre culture, c’est la musique.

Je voulais qu’on montre l’exemple, explique Sabrina. Qu’on ait une Ariane Moffatt qui chante avec une jeune Atikamekw, c’est un geste de générosité, de rassemblement et de réconciliation. Si on veut cohabiter, il faut se connaître, souligne-t-elle.

Je voulais que ces artistes-là montrent l’exemple aux autres Québécois, de dire "tends la main, sois curieux."

Sabrina Paton, directrice de production du spectacle Waskapitan
Deux femmes chantent.

Sylvia Cloutier et Pauyungie Nataraaluk interprètent un chant de gorge.

Photo : Flore Bibeau /Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec

On est rendus à l’étape d’avoir des rencontres artistiques plus fréquentes, souligne Ariane Moffatt. Je suis une artiste qui désire que la population en général, m’incluant moi, ait une meilleure connaissance des différentes nations autochtones. [Il faut] arrêter d’avoir des raccourcis intellectuels associés aux peuples autochtones, ajoute-t-elle.

Sur scène, elle collabore avec Anachnid. J’ai découvert sa musique, je l’ai vue à l’ADISQ, je trouve ça trippant d’avoir une femme sur la scène électro qui mélange si bien son bagage nomade avec la création. Qui m’expliquait son processus plein de symboles, ça paraît dans ce qu’elle a transmis dans son album.

Ariane Moffatt partage également la scène avec Wass, une jeune Atikamekw de 19 ans qui en est à ses premières armes dans le show-business. C’était magique. C’était une très belle expérience. On a uni nos voix avec des artistes québécois. On a fait un grand pas pour contrer le racisme, s’exclame Wass.

Ensemble elles ont interprété Pour toi, la chanson d’Ariane que Wass a adaptée en atikamekw avec sa grand-mère.

Et en atikamekw, ça sonne bien? Oui, j’ai trouvé que c’était fluide, c’était musical, dit Ariane Moffatt.

Merci d’être là, conscientisés.

Elisapie

Plusieurs ont voulu témoigner de leur amitié à leur façon en période de confinement, Richard Desjardins qui, à distance, commence une chanson [Le cœur est un oiseau] et nous on la finit en trois langues, raconte Elisapie, qui l’a interprétée avec Kanen et Wass.

Traduire ces mots, c’était un bel exercice. C’est important nos langues, c’est important de nous entendre aussi. C’est coloré, c’est différent, c’est diversifié.

Traduire des mots, certes, mais pas tous. La notion de liberté, la notion de racisme, ça n’existe pas dans ma langue, fait remarquer Elisapie, ça n’existe pas, le mot liberté.

Et parce que le mot n’a pas besoin d’exister, on est des êtres libres, on vit dans la nature, le mot n’a pas été traduit.

Elisapie, c’est une personne qui m’aide à être une alliée. La façon de porter son art avec l’aspect politique et son engagement, c’est une source d’inspiration pour moi, souligne Ariane Moffatt.

Elle ajoute qu’elle a envie de participer à cet éveil qui aurait dû avoir lieu depuis très longtemps et qui doit être, malheureusement, propulsé par des événements très négatifs qui doivent mener à quelque chose de positif pis à un changement pour les allochtones.

Une jeune femme sur une scène.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jemmy Echaquan a participé au spectacle Waskapitan.

Photo : Flore Bibeau /Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec

On parle beaucoup de réconciliation, mais comment faire la paix avec quelqu’un que tu ne connais pas encore? se demande Sabrina Paton. Elle-même n’est pas une Autochtone, mais son implication auprès du CAAL l’a éduquée et sensibilisée.

Et c’est ce qu’elle fait à son tour. Pendant la préparation et l’enregistrement du spectacle, j’ai mis l’emphase sur la sécurisation culturelle. Elle a invité les équipes à s’adapter au rythme des Autochtones. On était chez eux, et je l’ai fait comprendre à tout le monde.

Justement, le monde change, remarque Elisapie. Les enfants à l’école de mon fils parlent des Autochtones, sont conscients c’est qui Joyce. C’est quand même incroyable, j’ai rarement vu ça, alors je pense que c’est le moment de réunir tout le monde au Québec, en une place sécuritaire, où tous peuvent ressentir des émotions et donner.

Outre les personnes déjà mentionnées, Roger Echaquan, Jemmy Echaquan, Boucar Diouf, Eruoma Awashish, Réjean Bouchard, Natasha Kanapé Fontaine, Sylvia Cloutier, Pauyungie Nataraaluk, Catherine Boivin, Ivanie Aubin-Malo, Kizis et Patrice Robitaille, ont également participé à ce spectacle-bénéfice Waskapitan : Rapprochons-nous. 

Une femme danse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ivanie Aubin-Malo et Catherine Boivin (en arrière-plan) ont dansé en hommage à Joyce Echaquan.

Photo : Flore Bibeau /Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec

Diffusé gratuitement jusqu’au 3 janvier sur le site waskapitan.org, l’événement permet aussi d’amasser de l’argent permettant de constituer un fonds d’innovation sociale dédié au mieux-être des Autochtones en milieu urbain et à la lutte contre le racisme.

Les spectateurs sont invités à faire un don en ligne avant, pendant et après le concert sur ce site. Près de 46 000 $ avaient été amassés vendredi.

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