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Une jeune Crie récompensée de l’Ordre de la rose blanche

Brielle Thorsen de la nation de Saddle Lake est la 6e lauréate

Brielle Thorsen, lauréate de l’Ordre de la rose blanche remis par Polytechnique Montréal pose à côté d'un bouquet de roses blanches

Brielle Thorsen, lauréate de l’Ordre de la rose blanche remis par Polytechnique Montréal

Photo : Chris Noakes - Polytechnique Montréal

Polytechnique Montréal a remis l’Ordre de la rose blanche à Brielle Thorsen, une jeune femme crie originaire de l’Alberta, qui est en maîtrise de génie mécanique à l’Université Queen’s de Kingston.

C’est un grand honneur que je ne vais pas prendre à la légère, lance au bout du fil Brielle Thorsen, visiblement très contente de recevoir l’Ordre de la rose blanche.

Depuis 2014, Polytechnique Montréal remet cette bourse de 30 000 $ pour encourager l’apport des femmes dans la profession d’ingénieur. C’est tellement important de penser à toutes les femmes qui ont été ingénieures avant moi, précise la jeune femme.

Le prix rend en effet hommage aux 14 femmes assassinées le 6 décembre 1989 et à toutes les autres victimes qui se sont retrouvées au cœur de ce drame.

Ses réalisations très diversifiées à l’université et en emploi ont séduit le jury. Or, ce sont ses implications dans le sport et l'action communautaire qui l’ont particulièrement touché, explique la présidente Michèle Thibodeau-De Guire.

Elle a pris à cœur de faire de la sensibilisation auprès de jeunes filles et des Autochtones pour les attirer en génie, alors c’est ce beau mélange qui fait que finalement ils se sont dits, elle est très bien.

Brielle Thorsen est en train de donner une conférence

Brielle Thorsen est une jeune femme très engagée

Photo : Gracieuseté Brielle Thorsen

Brillante, engagée, sportive, inspirante, humble… À 22 ans, Brielle Thorsen a déjà un CV bien rempli. Il faut dire qu’elle est tombée dans les sciences pures bien jeune à la maison.

Petite, elle demandait toujours à son père de lui poser des questions de mathématiques, raconte-t-elle en riant, mais c’est lors de la construction d’un véhicule électrique pour un projet de 5e année, son souvenir préféré, qu’elle a eu le déclic.

On a tout donné avec mon père pour fabriquer un camion monstre que je lui ai fait peindre en rose et, dès lors, j’ai su que j’aimais construire et concevoir des choses. Et mon père était toujours là pour me soutenir.

Une citation de :Brielle Thorsen

Après avoir grandi à Cochrane, près de Calgary, avec un père ingénieur, une mère technicienne de laboratoire et technologue en radiologie et une jeune sœur, elle fait ses études primaires en immersion française, puis est allée faire un baccalauréat en génie mécanique et mathématiques appliquées de l’Université Queen’s de Kingston, où elle poursuit des études de maîtrise.

Elle a aussi travaillé dans la recherche et le développement sur les drones pour la Défense nationale et en gestion de données d’ingénierie pour la firme Suncor Energy.

De plus, la jeune femme a contribué à des projets d’optimisation de réseau électrique, de conception de systèmes de distribution d’électricité… et à bien d'autres choses.

L’énergie est quelque chose que j’aime beaucoup et je veux travailler avec les communautés autochtones pour mettre en place des systèmes énergétiques durables. (…) La seule option dans beaucoup de communautés c’est le diesel, et c’est triste. C’est pour ça que ça m’intéresse, explique Brielle Thorsen.

Cet intérêt vient de son peuple, la nation crie de Saddle Lake en Alberta. Brielle aime d’ailleurs passer du temps à Golden Fish avec son grand-père, une grande inspiration car il n’a pas fini son école secondaire mais a quand même lancé une épicerie dans la communauté.

Fière de ses origines, sur la photo officielle de l’Ordre de la rose blanche, elle porte des boucles d’oreille qu’elle a confectionnées avec la technique du perlage, une façon de se connecter avec sa famille et son héritage.

Brielle se dit privilégiée, car elle a été bien entourée, n’a pas eu non plus à faire, comme de nombreux Autochtones, des centaines de kilomètres pour étudier. Elle estime donc devoir utiliser sa position de privilégiée pour que les jeunes Autochtones voient une représentation autochtone dans les sciences, les technologies, le génie….

C’est tellement important pour l'avenir de nos jeunes, qu’ils puissent voir qu’il y a une carrière pour eux dans ces domaines, une place pour eux dans les institutions occidentales.

D’ailleurs, elle n’hésite pas à prendre du temps pour transmettre sa passion, notamment lors de camps d’été comme celui du Sisterhood of Native American Coders. Elle a d’ailleurs été impressionnée et inspirée par ces petites filles tellement excitées par les mathématiques, la science, la programmation. Son cœur en a été rempli de bonheur.

Brielle Thorsen discutant avec des étudiantes lors de la conférence sur le leadership de l'American Indian Science and Engineering Society en Californie en 2020

Brielle Thorsen discutant avec des étudiantes lors de la conférence sur le leadership de l'American Indian Science and Engineering Society en Californie

Photo : Gracieuseté Brielle Thorsen

Quand j’étais petite, j’étais nerveuse de penser qu’on me voyait comme une "nerd". Et maintenant, je vois ces petites filles qui s’assument en tant que telles et disent qu’elles aiment ça, c’est inspirant. Leur optimisme, leur confiance… j’ai hâte de voir ce que cette génération va faire, lance l’étudiante.

Outre des prix reçus, Brielle a été élue pour être la toute première représentante nationale des étudiants canadiens pour l’American Indien Science and Engineering Society, elle s’est aussi jointe au Cercle des conseillers pour l'initiative d’accès des Autochtones au génie de l’Université Queen’s. 

Cette sportive accomplie – qui a notamment fait partie de l’équipe de l’Alberta aux Jeux d’été du Canada en 2017 – a su développer sa confiance grâce à l’aviron, confiance qu’elle met aussi au profit de la lutte contre le racisme et la violence conjugale.

Bien consciente que des membres de sa famille ont souffert des pensionnats autochtones, elle rappelle qu’il est important d’en parler et d’avoir des conversations à ce propos, même si, réitère-t-elle, elle dit avoir un privilège car elle ressemble à une blanche, ce qui lui évite le profilage racial dont font l'objet très souvent les Autochtones.

Six jeunes personnes posent avec Brielle Thorsen qui porte une couverture autochtone par l’American Indien Science and Engineering Society en guise d'honneur pour son engagement

Brielle Thorsen a reçu une couverture autochtone par l’American Indien Science and Engineering Society en guise d'honneur pour son engagement

Photo : Gracieuseté Brielle Thorsen

Malgré toutes ses réalisations et ses engagements, Brielle se demande à haute voix si elle est une inspiration. En tout cas, elle l’espère.

Aucun doute là-dessus, lance Michèle Thibodeau-De Guire, la présidente honoraire du conseil d’administration de Polytechnique. Diplômée en génie civil de l’institution en 1963, alors qu’elles n’étaient que quatre femmes, elle sait très bien l’importance des modèles.

J’ai été comme la première de cordée; alors on ouvre des portes et on se rend compte qu’il y a du monde qui nous suit. Quand je pense qu’on était quatre et que maintenant il y a 3000 filles, lance Michèle Thibodeau-De Guire.

Alors avec Brielle, quel modèle! Je suis tellement contente, ça va faire tomber toutes sortes de préjugés. Des préjugés déjà pour le métier d’ingénieur, encore souvent pensé au masculin.

D’ailleurs, lorsqu’elle était à la Défense nationale, dans la plus grande base militaire du pays à Suffield, à 20-21 ans, Brielle était encore la seule femme de son équipe, et elle s’est sentie pour la première fois isolée en raison de son genre.

Raison pour laquelle elle compte utiliser sa voix, comme le lui ont appris les femmes de sa famille, pour attirer les filles – et les Autochtones – dans son domaine. 

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