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Trois Autochtones parmi les six lauréats du « prix Nobel de l'environnement »

Ils ont protégé nature, terres et culture au Mexique, au Myanmar et en Équateur

De gauche à droite: Leydy Pech, Paul Sein Twa et Nemonte Nenquimo, lauréats du prix Goldman pour l'Environnement

De gauche à droite : Leydy Pech, Paul Sein Twa et Nemonte Nenquimo, lauréats du prix Goldman pour l'Environnement

Photo : Prix Goldman pour l'Environnement

Le prix Goldman pour l’environnement a récompensé cette année trois militants autochtones qui œuvrent sur le terrain : Leydy Pech, Nemonte Nenquimo et Paul Sein Twa, respectivement du Mexique, de l’Équateur et du Myanmar.

Chaque année, le prix, créé en 1989 et comparé à un prix Nobel de l’environnement, est remis à six défenseurs représentant six zones géographiques.

La gardienne des abeilles qui a stoppé Monsanto

En Amérique du Nord, le combat de Leydy Pech, surnommée la gardienne des abeilles, a été récompensé. Cette apicultrice maya du Mexique a livré une bataille contre les OGM. 

Quatre femmes mayas posent devant des produits faits à partir de miel

La lauréate du prix Goldman pour l'environnement, Leyldy Pech (3e en partant de la gauche), avec les « dames du miel ».

Photo : Robin Canul Suárez- Prix Goldman

En 2012, quand Monsanto a été autorisé à cultiver chaque année 253 000 hectares de soja transgénique dans sept États du Mexique, dont le sien, le Campeche, la paysanne de 55 ans a décidé de se battre coûte que coûte. 

Et ce, même si, a-t-elle raconté à BBC Mundo, des entreprises et les autorités ont voulu (lui) faire comprendre (qu’elle) n’était rien et n’arriverait à rien.

Mais cela ne l'a ni « paralysée » ni arrêtée. Au contraire, j’ai cherché des appuis. Et je les ai trouvés dans l’unité du peuple maya, a précisé Leydy Pech.

Devenue une figure de la résistance contre Monsanto et le gouvernement, Leydy Pech a été très active et a multiplié, avec son collectif Sin Transgénicos (Sans OGM), actions de sensibilisation, pétitions, assemblées et recours en justice pour expliquer notamment en quoi le développement de cette agriculture intensive menaçait les abeilles mais aussi son environnement et son identité. L'apiculture fait partie intégrante de la culture maya.

Pour y arriver, elle a demandé l’aide d’universités afin de documenter les impacts de la culture du soja génétiquement modifié sur le miel, l’environnement et les populations.

Après trois ans de procédure, la Cour suprême a donné raison aux apiculteurs et a jugé que le gouvernement avait violé les droits constitutionnels des Mayas et qu’il devait consulter les communautés avant de planter du soja modifié. Puis le permis accordé à Monsanto a été révoqué.

Selon le communiqué du prix Goldman, le combat historique de cette femme et de la coalition constitue un précédent pour le Mexique, et déjà un modèle pour d'autres mouvements autochtones qui luttent pour préserver les droits des Autochtones et la gestion des terres.

La gardienne de la forêt amazonienne

Pour l’Amérique latine, le prix Goldman a reconnu le combat judiciaire de Nemonte Nenquimo, déjà élue comme l’une des 100 personnalités les plus influentes du monde en 2020 par le magazine américain Time.

Nemonte Nenquimo, une Autochtone de l'Équateur, en discussion avec des membres de son peuple waraoni

Nemonte Nenquimo avec des membres du peuple waraoni

Photo : Sophie Pinchetto, Amazon Frontlines-Prix Goldman

Cette femme de 34 ans, qui appartient au peuple waorani, s’est lancée dans une bataille judiciaire contre l’exploitation pétrolière en Équateur afin de léguer à sa fille et aux autres enfants de sa communauté les 180 000 hectares de forêt amazonienne encore vierge qui appartiennent à son peuple.

En 2019, elle remporte une éclatante victoire en tant que présidente du Conseil Waorani de Pastaza (Conconawep) et fait plier l’État.

Les Waorani, qui sont moins de 5000, sont propriétaires de 800 000 hectares de forêt dans trois États de l’Équateur, mais seulement 1 % est toujours vierge. Le gouvernement souhaitait soumettre un appel d’offres pour de l’exploitation pétrolière dans cette zone, mais le peuple de chasseurs-cueilleurs, qui se considère comme le gardien de la forêt amazonienne, est entré en résistance avec, en figure de proue, Nemonte Nenquimo.

Ils ont poursuivi le gouvernement équatorien en justice et leur victoire a créé un précédent juridique pour les droits des Autochtones.

Nemonte Nenquimo a aussi organisé les communautés Waraoni, aidé à installer des systèmes de collectes d’eaux de pluie et des panneaux solaires et a notamment assuré la formation des jeunes de sa communauté pour qu'ils deviennent des cinéastes et documentent leur travail.

La jeune femme rappelle qu'elle ne se défend pas seulement pour son peuple mais pour la forêt, qui donne de l’air pur au monde. Et la forêt est le seul héritage à léguer, car sans territoire, sans forêt, nous n’existerions pas comme Autochtones.

L’artisan du parc de la Paix de la Salween

Pour l’Asie, le prix Goldman pour l'environnement a salué le travail de Paul Sein Twa qui a permis la création d’une aire protégée en collaboration avec son peuple, les Karen, au Myanmar.

Paul Sein Twa essaie un instrument traditionnel de son peuple Karen dans un village

Paul Sein Twa (à gauche) lauréat du prix Goldman pour l'environnement

Photo : Brennan O'Connor/ Prix Goldman pour l'Environnement

Ayant grandi le long de la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar dans des zones de conflit, il a décidé en 2005 de lancer une approche communautaire qui permettrait de protéger le bassin de la rivière Salween du développement industriel qui augmentait, mais qui aurait aussi comme but la sauvegarde de sa culture tout en étant un lieu de paix.

Le bassin de la rivière Salween (Salouen) est à la fois une zone de biodiversité majeure et le foyer du peuple autochtone Karen.

Après consultations publiques, séminaires et autres réunions avec 348 villages, Paul Sein Twa a, avec les dirigeants locaux, organisé un référendum communautaire pour faire approuver une charte et une structure de gouvernance.

Les trois quarts de la communauté lui ont démontré leur appui et en 2018, le parc de la Paix de la Salween (Salouen) qui protège un écosystème continu de près de 5500 km2, a été officiellement créé.

Il comprend 27 forêts communautaires et trois sanctuaires pour la faune, permettant la protection d’animaux menacés tels que des tigres, une espèce de pangolin, le Gibbon hoolock, ou encore l’ours noir. Le parc est aussi utilisé comme rempart contre des projets mégadestructeurs.

Selon le communiqué du prix Goldman, Paul Sein Twa a habilement combiné l'activisme environnemental de base et l'autodétermination autochtone pour créer le parc de la Paix dans une zone de conflit – une réalisation singulière et sans précédent. C'est une victoire majeure pour la paix et la conservation au Myanmar.

Les autres lauréats sont : Chibeze Ezekiel pour l’Afrique, Kristal Ambroise pour les îles et les nations insulaires et Lucie Pinson pour l’Europe.

Avec les informations de BBC Mundo, AFP, Libération, Prix Goldman pour l'Environnement

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