•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Nunavik, thème central d'un magazine pour enfants

Page couverture de magazine.

Les deux numéros consacrés au Nunavik du magazine pour enfants Grilled cheese.

Photo : Magazine Grilled cheese

Deux numéros du magazine Grilled cheese, entièrement consacrés au Nunavik, à ses habitants et à son patrimoine culturel immatériel, viennent de paraître. C’est la première fois que ces publications tournées vers un jeune lectorat sont entièrement conçues par des Autochtones.

À 2000 km de Montréal, dans le village le plus septentrional du Québec, Ivujivik, Thomassie Mangiok, artiste multidisciplinaire, graphiste et créateur de contenu numérique, a coordonné le travail des artistes, qu’ils soient auteurs ou illustrateurs, tous des Inuit.

Rédacteur en chef invité, Thomassie avait carte blanche. Alors il a ratissé le territoire pour trouver les meilleurs. Il s’est entouré d’Hannah Tooktoo, Beatrice Deer, Lisi Etok, Passa Mangiuk et quelques autres.

Mais l’idée de départ a germé dans le quartier Ville-Émard à Montréal, chez les éditeurs et créateurs du magazine Grilled cheese, Catherine Ouellet-Cummings et Julien Boisseau.

On a constaté qu’on avait un manque de diversité culturelle dans notre magazine, admet d’emblée Catherine Ouellet-Cummings, qui souhaitait plus de points de vue. Cette prise de conscience est survenue après une collaboration avec un Sud-Coréen.

Autant c’était formidable pour eux d’établir des relations avec des gens à l’autre bout du monde, autant c’était inadmissible de ne pas travailler avec des communautés d’ici et particulièrement avec les Autochtones. Mais on n’en connaissait pas en fait, on avait de la misère à trouver des contacts.

Par la suite, ils se tourneront vers l’Institut culturel Avataq pour les guider. Une première idée surgit, faire un magazine entièrement consacré aux Inuit du Nunavik et s’adressant aux lecteurs de deux groupes d’âge, deux à quatre ans et cinq à dix ans.

Une page de magazine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Passa Mangiuk raconte et illustre comment c'était quand elle était enfant.

Photo : Magazine Grilled cheese

C’était très clair dès le départ qu’on ne voulait pas le faire seuls, précise l’éditrice. Très rapidement Thomassie Mangiok sera impliqué dans la création des deux éditions.

Responsable des contenus, il aura à s’occuper de la recherche et du travail avec les auteurs et illustrateurs.

Dans son village, il n’y a pas de librairie, seulement un magasin général, et les magazines y sont rares. Je ne savais pas trop comment travailler, mais on m’a donné entière liberté, dit Thomassie, alors j’ai décidé de m’entourer de gens qui aiment créer des choses, dont sa fille Pasa Mangiok.

Ceux-ci viennent de tous les coins du Nunavik, précise Thomassie, certains vivent à Montréal.

Le magazine est toujours structuré de la même manière, il contient une histoire, un découpage, des jeux, une entrevue, une grande activité.

Dans notre numéro Nunavik, ce contenu-là revient, mais c’est Thomassie qui a choisi qu’est-ce qui allait remplir ces différentes sections et qui il allait contacter pour ça, mentionne Julien Boisseau.

S’il avait une totale liberté sur le contenu, Thomassie Mangiok avait une contrainte. Le magazine est toujours imprimé en deux couleurs pis ça n’a pas changé dans ce numéro-ci, explique Catherine Ouellet-Cummings. Cette fois le bleu et la couleur saumon ont été retenus.

Les techniques de travail ont étonné les éditeurs habitués à collaborer avec des illustrateurs dessinant directement à l’ordinateur ou utilisant des fichiers numériques en haute résolution.

En travaillant avec les artistes inuit on a eu beaucoup de photos de dessins faits à la main, on a eu des linogravures aussi, ce qui est quand même rare en illustration, indique Julien Boisseau.

Le contenu a également surpris. Le numéro consacré aux 5-10 ans renferme toujours une entrevue (fictive) avec un animal permettant de donner des informations sur l’animal en question.

Page centrale d'un magazineAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Conversation entre un humain et un bélouga.

Photo : Magazine Grilled cheese

Thomassie, qui a fait ce texte et les illustrations, a choisi d’écrire un dialogue plutôt que le format question-réponse. Une approche à laquelle on n’avait pas du tout pensé, et qui nous a ébahis, raconte l’éditrice.

Nous les premiers, on apprend énormément en faisant des magazines comme ça.

Catherine Ouellet-Cummings, éditrice

Le magazine, habituellement bilingue (français/anglais) est exceptionnellement trilingue, avec la langue inuktitut.

J’ai donné le choix aux auteurs d’écrire dans la langue de leur choix, précise Thomassie Mangiok, un ardent défenseur de sa langue, l’inuktitut. Certains ont écrit en anglais, d’autres en inuktitut.

Mais le travail de traduction final a été réalisé par Sarah Aloupa. Je lui fais confiance parce qu’elle est familière avec les différents dialectes au Nunavik.

Une page de magazineAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lemming et Corbelle, un texte de Lisi Etok, des illustrations de Pasa Mangiok.

Photo : Magazine Grilled cheese

L’équipe de Grilled cheese s’est occupée de la version française à partir de l’anglais. Un syllabaire inuktitut a été fourni avec les magazines, expliquant comment se fait l’écriture.

Il fallait que le contenu soit intéressant autant pour les enfants vivant dans le sud que pour ceux du Nunavik, explique Catherine Ouellet-Cummings, en ajoutant que 5000 magazines supplémentaires ont été produits pour être offerts aux enfants des 14 villages du Nunavik.

Des idées de collaboration avec des Premières Nations trottent déjà dans la tête des deux éditeurs. De la même façon qu’on l’a fait dans les numéros sur le Nunavik, c’est important de s’entourer de gens qui voudraient faire les magazines avec nous, dit Mme Ouellet-Cummings.

On aimerait ça aussi avoir des illustrateurs ou illustratrices autochtones dans les numéros sur d’autres thèmes, comme le prochain qui s’en vient qui s’appelle Étoiles, renchérit Julien Boisseau, on voudrait travailler avec une plus grande diversité de personnes.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !