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La lutte pour la survie des Ingas de Colombie

Un musicien autochtone de Colombie

Juan Pablo Evanjuanoy

Photo : Radio-Canada / Andréanne Plante

La lutte des peuples autochtones de Colombie pour préserver leurs cultures a pris une tout autre importance avec la pandémie. Dans la région du Putumayo, région frontalière avec l’Équateur, le peuple Inga craint de voir mourir ses anciens, la mémoire du peuple, si la COVID-19 venait à les frapper de plein fouet.

Dans la montagne près de Bogota, lorsqu’on tend bien l’oreille, on peut entendre au loin un son distinctif du Putumayo. Celui du peuple Inga, qui survit dans les chansons de Juan Pablo Evanjuanoy, un jeune homme de 21 ans qui a quitté sa famille à Mocoa il y a quelques années pour venir s’installer près de la capitale pour étudier la musique

Mon désir est toujours de conserver et de protéger ces cultures [autochtones]. J’ai eu l’opportunité de naître dans l’une de ces ethnies. C’est un privilège. Et avec la musique traditionnelle, j’essaie de garder vivante notre culture, notre langue, qui nous représentent comme peuple, décrit-il.

Que ce soit en espagnol ou en inga, Juan Pablo utilise ses compositions pour faire connaître les luttes de son peuple. C’est un élément important que lui a transmis sa famille depuis un tout jeune âge. Particulièrement son grand-père, qui reste encore aujourd’hui une source d’inspiration pour le jeune artiste, malgré son décès.

Je me souviens très bien que quand il jouait, les gens étaient très heureux. Je me souviens donc qu’il était reconnu pour être un bon musicien. Et c’est un beau souvenir de lui et de sa musique, raconte le jeune homme, cellulaire à la main, en regardant des vidéos de son grand-père en spectacle.

Mais, au-delà de sa famille de musiciens, connaître la musique revêt une importance capitale dans les cultures andines.

La musique est toujours un élément fondamental des cultures autochtones et on peut dire que, dans le monde autochtone des Amériques, il est plus digne de confiance ce qui s’entend que ce qui se voit. De cette manière, pratiquement tout ce qui existe a donc une chanson, explique Luis Alberto Suarez Guava, anthropologue et professeur à l’Université de Caldas en Colombie.

Un peuple seul devant la COVID-19

Le désir de Juan Pablo Evanjuanoy de préserver sa culture et sa musique a pris encore plus d’ampleur avec la présente pandémie.

Loin de la plupart des services de santé, la situation est très difficile pour les Ingas, qui ont peur de voir disparaître leurs anciens.

Pour faire face aux coûts d’une potentielle hospitalisation d’urgence, la communauté a d’ailleurs multiplié dans les derniers mois les campagnes de sociofinancement en ligne alors que le gouvernement colombien peine toujours à soutenir adéquatement les citoyens les plus vulnérables des grands centres urbains du pays.

Devant ce défi sanitaire, la communauté s’est donc fiée presque uniquement à sa médecine traditionnelle pour affronter la pandémie. Cela inclut des plantes, des concoctions et sa musique.

J’ai l’impression que la musique traditionnelle, et la musique en général, peut vraiment aider beaucoup. C’est une musique de guérison. La musique traditionnelle qui est instrumentale, c’est une musique de guérison parce qu’elle t’amène une joie et à vouloir être en meilleure santé, explique Juan Pablo.

Musicien autochtone

Juan Pablo Evanjuanoy

Photo : Radio-Canada / Andreanne Plante

La musique médicinale est un mouvement qui a grandi considérablement ces derniers temps. C’est un mouvement où plusieurs musiciens médicaux parlent du pouvoir de se guérir par la musique [de nettoyer le corps et l’esprit]. Et il y a un peu de ça dans ma musique également, ajoute le jeune homme.

Mélange des cultures possibles

Comme le rappelle l’anthropologue Luis Alberto Suarez Guava, dans le monde autochtone, les Ingas, les groupes des Andes, sont absolument joyeux. Ils sont toujours en train de discuter, de rire. Un Inga sait qu’il est malade parce qu’il est triste.

Et un moyen de traiter cette tristesse, c’est la musique.

La pandémie a donc amené son lot de défis supplémentaires pour Juan Pablo Evenjuanoy et sa communauté. Mais, peut-être encore plus aujourd’hui, la musique lui a permis de rester proche de son peuple et du souvenir de son grand-père.

Mon grand-père était musicien, mais aussi un guérisseur. Il a [aussi] soigné plusieurs personnes. Et, je sens que ma communauté peut être utile dans [la pandémie]. Elle peut aider le monde, la population, à guérir, affirme-t-il.

Juan Pablo espère d’ailleurs pouvoir un jour revenir à Mocoa pour enseigner aux plus jeunes la musique, notamment médicinale.

Par contre, il souhaiterait qu’un échange plus grand se fasse entre les cultures autochtones et allochtones.

Si c’est vrai pour la musique, c’est aussi vrai pour la médecine.

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