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Le McCord, un musée résolument tourné vers les premiers peuples

Le Musée McCord à Montréal.

Le Musée McCord à Montréal

Photo : Radio-Canada

Le Musée McCord à Montréal poursuit son autochtonisation. Après avoir nommé le Wendat Jonathan Lainey conservateur des Cultures autochtones en février, il intègre l'Innu Ghislain Picard à son conseil d’administration. Ces démarches de décolonisation ont d'ailleurs fait l’objet d’une thèse de doctorat.

Décoloniser, autochtoniser, voilà deux synonymes qui ne veulent pas tout à fait dire la même chose, explique la chargée de cours au Département d'histoire de l'art de l'UQAM Marie-Charlotte Franco.

Il y en a un c’est vraiment enlever, l’autre c’est plutôt ajouter, dit celle qui a consacré plusieurs années de sa vie à étudier les relations entre les musées et les Autochtones. Sa thèse de doctorat s’attarde plus particulièrement au Musée McCord.

Après un sérieux travail de décolonisation, cette institution muséale est passée à l’étape suivante, l’autochtonisation.

Une femme regarde une toile dans un musée.

La chargée de cours au Département d'histoire de l'art de l'UQAM Marie-Charlotte Franco, en visite au Musée McCord à Montréal en 2019. Elle a aussi rédigé la thèse « La décolonisation et l’autochtonisation au Musée McCord (1992-2019): les rapports de collaboration avec les Premiers Peuples et l’inclusion de l’art contemporain des Premières Nations dans les expositions ».

Photo : Elias Touil

Décoloniser

Déjà en 1989, le Musée McCord embauchait une conservatrice dédiée exclusivement à la collection Ethnologie et archéologie, collection qui changera par la suite de nom pour devenir Cultures autochtones.

Elle avait une vision de collaboration avec les communautés, explique Marie-Charlotte Franco, en précisant que Moira McCaffrey avait effectué plusieurs séjours chez les Cris. Pour elle c’était impensable de s’occuper de ces collections sans travailler avec les communautés d’où les objets provenaient.

Pourtant le McCord n’est pas un musée national et n’est donc pas régi par une obligation nationale [de servir de modèle] mais il a fait énormément pour les communautés, avec les communautés, dit encore Marie-Charlotte Franco.

Rapidement, Moira McCaffrey mettra sur pied un réseau d’Autochtones et de non-Autochtones, autant francophones qu’anglophones, intéressés à travailler d’une manière décolonisante et qui l’ont aidée à positionner le musée, ajoute Mme Franco.

Parmi les meilleurs conseils que Mme McCaffrey ait reçus, il y a eu celui de se tourner vers les Mohawks de Kahnawake et de Kanesatake, Montréal étant sur leur territoire traditionnel. Elle a commencé ce travail avant même le Musée de la civilisation (de Québec).

Maintenant c’est une tendance [la décolonisation] à laquelle les musées peuvent difficilement échapper.

Une citation de :Marie-Charlotte Franco

Ces institutions ont réalisé qu’elles avaient une responsabilité sociale et politique.

Je pense aussi que le public n’est plus dupe, constate Marie-Charlotte Franco en soulignant que les gens s’attendent à avoir une vision plus juste. Comment un musée, à l’heure actuelle, ne peut pas parler de la colonisation, du colonialisme, des pensionnats? c’est pas possible.

L’exposition Honte et préjugés : une histoire de résilience de Kent Monkman, présentée en février 2019 au Musée McCord, est la preuve, selon elle, que les gens sont avides d’avoir un discours critique, d’être bousculés dans leur conception. Ils connaissent ces pans de l’histoire et seraient totalement choqués de ne pas les retrouver.

L’exposition a d’ailleurs eu beaucoup de succès.

Kent Monkman devant Seeing Red, une toile créée en 2014.

Kent Monkman devant Seeing Red, une toile créée en 2014.

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

Autochtoniser

Deux des postes élus d’administrateurs du Musée McCord sont maintenant réservés pour des candidats autochtones.

La militante innue Melissa Mollen Dupuis siège au conseil d’administration depuis 2019. Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador (APNQL), vient d'accepter à son tour de contribuer au développement de l’institution.

L’arrivée de Jonathan Lainey au musée, en février 2020, marquait un autre tournant dans le travail de décolonisation et d’autochtonisation de l'institution.

La présidente et chef de la direction, Suzanne Sauvage, et l’ex-conservatrice des Cultures autochtones, Guislaine Lemay, avaient l’intime conviction que ce n’était plus possible que la collection ne soit pas gérée par une personne autochtone, dit Mme Franco.

Elle précise que des raisons éthiques et politiques dictaient leur décision en plus du partage de l’autorité du discours.

Le conservateur a passé plusieurs années, en tant qu’historien, à revoir l’interprétation faite sur les objets conservés dans les musées.

Une interprétation qui était souvent fausse, précise Marie-Charlotte Franco, parce que la recherche est faite par des humains qui viennent avec des biais, et parfois aussi des biais racistes, surtout à l’époque, ou des biais subjectifs.

Devenu le gardien des objets du McCord, Jonathan Lainey a maintenant à dépoussiérer les collections et la recherche faite sur les objets du musée montréalais.

Jonathan Lainey

Jonathan Lainey a fait des études en anthropologie et en études autochtones à l’Université Laval et il détient une maîtrise en histoire de la même institution.

Photo : Musée McCord

Et même si un lien de confiance existe déjà entre l'institution et les communautés, Jonathan Lainey est à instaurer un rapport beaucoup plus intime et sensible entre un conservateur et les communautés et les objets.

Le Wendat apporte aussi sa touche autochtone pour qu’il n’y ait non plus uniquement un travail de décolonisation, donc de soustraire des éléments coloniaux dans les musées, mais de rendre la structure du musée un peu plus autochtone qu’elle ne l’est actuellement.

Doctorat en poche après avoir soutenu sa thèse La décolonisation et l’autochtonisation au Musée McCord (1992-2019) : les rapports de collaboration avec les Premiers Peuples et l’inclusion de l’art contemporain des Premières Nations dans les expositions, Marie-Charlotte Franco s’attaque maintenant à un postdoctorat au CIERA, le Centre interuniversitaire d'études et de recherches autochtones.

Son sujet de recherche est tout aussi passionnant. Elle s’intéresse à la contribution du missionnaire Louis-Napoléon Payant, dit le Père Saint-Onge (1842-1901), à l'histoire des Autochtones en Amérique du Nord.

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