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L'« été indien », un phénomène aux origines floues

Une chute dans des roches à travers des arbres, l'automne.

Lors de cette période, les Autochtones quittaient leurs campements sur les rives des cours d'eau pour lancer leur saison de chasse dans les forêts nordiques.

Photo : Vallée Bras-du-Nord

Il y a l’arrivée de l’automne, avec la chute des feuilles, puis le premier gel, généralement avant un redoux à la fin octobre ou au début novembre. Les origines de ce phénomène, appelé « été des Indiens » ou « été indien », se perdent dans la nuit des temps, mais rappellent néanmoins certaines coutumes des Premières Nations.

À l’Université Laval, Denys Delâge, professeur associé retraité du Département de sociologie, dit ainsi ne pas connaître l’origine exacte de l’expression. Une chose est sûre, cependant : il s’agit d’un calque de l’expression anglaise Indian summer, mentionne-t-il au bout du fil.

Cette expression, les Canadiens français vont la franciser et se l’approprier, dit-il. De fait, elle est toujours employée pour désigner cette période de quelques jours où la température dépasse de quelques degrés la moyenne saisonnière.

Chez les Premières Nations, note M. Delâge, cette période correspondait aussi au moment où les nomades quittaient le campement estival qui regroupait généralement un grand nombre de familles, sur les berges du fleuve Saint-Laurent, ou encore d’une rivière ou d’un lac important, pour remonter vers les territoires de chasse situés à l’intérieur des terres en vue de l’hiver.

Après tout, explique encore le professeur, impossible, l’été, de vivre en forêt nordique : il y avait trop de moustiques!.

Pendant la saison chaude, où les familles autochtones étaient rassemblées près d’un cours d’eau, c’était aussi le moment de s’adonner à la pêche, ainsi que d’échanger des partenaires en vue de célébrer des mariages, indique M. Delâge.

Une origine plus tardive?

Il y a cependant fort à parier que les Premières Nations n’évoquaient pas cette période de l’année en l’appelant été indien. Ainsi, le lexicographe américain Albert Matthews dit avoir recensé la plus vieille mention de cette expression, dans la langue de Shakespeare, en date de l’année 1851.

Un autre emploi de cette expression se trouverait dans le livre Letters from an American Farmer, publié vers les années 1780. Et cet idiome aurait franchi la frontière pour se répandre au Canada vers 1820.

Et la météo, dans tout ça? Au dire des spécialistes, l’été indien apparaît lorsqu’un phénomène d’anticyclone se manifeste au-dessus de l’est des États-Unis. Cette circulation d’air dans le sens horaire entraînerait la chaleur et l’humidité du Sud américain vers le nord.

Peut-on encore utiliser cette expression?

Isabelle Picard, ethnologue huronne-wendate et spécialiste aux affaires autochtones à Radio-Canada, souligne que les Autochtones ne sont pas un bloc monolithique; il y a, chez les Autochtones, des opinions qui sont diversifiées, et c’est sûr que le terme "été des Indiens" n’est pas un terme offensant, de prime abord.

Mme Picard précise toutefois, en entrevue à l’émission Tout un matin, sur les ondes d’ICI Première, que le terme "Indien" est mal utilisé, et il est faux.

C’est sûr que d’entendre "été des Indiens" à tout bout de champ, ça peut en lasser quelques-uns. Par contre, c’est un terme avec lequel on est pris, notamment avec la Loi sur les Indiens. Et dans ce cas-ci, c’est une expression, ce qui est dur à changer, a-t-elle ajouté.

Lors d’un sondage éclair non scientifique effectué sur sa page Facebook, Mme Picard dit avoir reçu des commentaires indiquant que pour une fois que le mot "Indien" est associé à quelque chose de positif, du redoux, du beau temps, du soleil, on va la garder!.

Si elle dit ne pas être personnellement offensée par l’expression, Mme Picard préfère quand même redoux. Les mots évoluent rapidement; on l’a vu avec tous les débats sur "le mot en n", les choses évoluent à vitesse grand V. Peut-être que si on en discute de nouveau l’an prochain, j’aurai changé d’avis…

Et comme le précise Isabelle Picard, les expressions varient de pays en pays pour décrire ce redoux automnal (ou printanier, dans l’hémisphère sud), de la Saint-Martin, en France, à l’été des bonnes femmes dans certains pays slaves.

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