•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Labrador : appel à adapter les soins de santé pour les Autochtones

Un médecin portant un stéthoscope se croise les bras.

Plusieurs dirigeants autochtones disent avoir subi du racisme ou s'être trouvés dans des situations d'incompréhension en recevant des soins de santé au Labrador.

Photo : iStock

Radio-Canada

Les appels se multiplient en faveur de changements dans la façon dont les soins de santé sont offerts au Labrador, notamment pour les patients autochtones.

Un texte de John Gaudi, de CBC News

Selon Anastasia Qupee, directrice des services de santé sociale pour la Première Nation innue Sheshatshiu, le manque de sensibilité culturelle au sein du système de santé du Labrador ne date pas d’hier.

Mme Qupee, qui a organisé une veillée en l’honneur de Joyce Echaquan, cette femme autochtone qui a enregistré des insultes racistes proférées par des infirmières avant de mourir, à l’hôpital de Joliette, affirme que cela fait des années que les communautés innues doivent surmonter divers obstacles pour accéder aux soins de santé.

Entre le fait que la langue innue-aimun n’est pas prise en compte lors des consultations offertes aux patients innus et les incidents racistes survenus au Centre de santé du Labrador, elle affirme que le système de santé doit changer.

Lorsque les gens ne se sentent pas appréciés à leur juste valeur, ils ne se sentent pas en santé. Cela affecte votre état de santé. Cela n’ira pas en s’améliorant, a-t-elle confié lors d’une entrevue dans l’émission Labrador Morning, sur les ondes de la radio de la CBC.

Le personnel de santé n’écoutant pas ou ne comprenant pas les patients innus est une situation généralisée au sein de la communauté, affirme Mme Qupee. Selon elle, cela ne fait qu’exacerber le sentiment, pour bien des gens, de ne pas être appréciés à leur juste valeur.

Elle soutient également qu’il y a aussi un manque de respect lorsque des membres de la communauté se réunissent à l’hôpital pour se recueillir auprès d’un proche se trouvant aux soins palliatifs.

On nous dit que nous faisons trop de bruit ou que les gens devraient fermer la porte lorsqu’ils chantent, ou qu’il y a trop de gens dans les corridors.

Pour sa part, Michelle Kinney, la ministre adjointe à la Santé et au Développement social du Nunatsiavut, un territoire autonome situé au Labrador, mentionne qu’il est nécessaire de reconnaître le legs historique, ainsi que le déséquilibre systémique des pouvoirs qui a servi de fondation à la Régie de la santé du Labrador, et qui se retrouve même dans son nom officiel, Labrador-Grenfell Health.

Comme l’explique Mme Kinney, plusieurs personnes considèrent Sir Wilfred Grenfell, un missionnaire médical anglais, comme un pionnier qui a fait beaucoup de bonnes choses au Labrador et dans le nord de Terre-Neuve, mais qui exerçait aussi un contrôle important sur les services de santé.

Il a pris beaucoup de décisions concernant l’accès des gens aux soins de santé, notamment en décidant qui aurait accès à ces soins, à quel moment, toutes ces sortes de choses, et il y a beaucoup de peur et de négativité à cause de cela, dit-elle.

Au dire de Mme Kinney, il existe des manquements en matière d’éducation et de formation dans le domaine de la santé. Pour les patients souffrant de problèmes de santé mentale et de dépendance, poursuit-elle, on tient souvent pour acquis que c’est la dépendance qui pousse une personne autochtone à se rendre à l’hôpital, plutôt qu’un problème médical.

Toujours selon Mme Kinney, le système de santé s’en remet souvent à un travailleur social, ou à une autre personne accompagnant un patient, plutôt qu’au patient lui-même, pour lui poser des questions.

Améliorer les choses

La directrice de Labrador-Grenfell Health, Heather Brown, a indiqué que la régie de la santé, après avoir pris connaissance des doléances des patients, de leaders autochtones et d’autres personnes, a commencé à travailler pour apporter des changements. Mmes Qupee et Kinney participent toutes deux aux discussions.

Toujours au dire de Mme Brown, le gouvernement fédéral a partiellement financé un projet pour que la régie de la santé travaille avec le gouvernement du Nunatsiavut, et il a ainsi été possible d’embaucher un gestionnaire de projets pour aller de l’avant en ce qui concerne les besoins en éducation et en formation.

Elle admet cependant que les transformations prendront du temps, mais que la régie de la santé s’engage à améliorer les soins offerts et la façon dont les Autochtones sont écoutés.

Nous voulons nous assurer que notre personnel est soutenu et se montre compréhensif, en plus de recevoir une formation sur la sensibilité culturelle, mais nous voulons aussi bâtir des relations pour qu’ils se sentent à l'aise et qu'ils puissent offrir des soins répondant aux besoins des gens, a indiqué Mme Brown, avant de préciser que certains programmes étaient déjà en place.

Et si la question de la sensibilité culturelle n’est pas nouvelle, Mme Brown a spécifié que ce qui avait changé, c’était le fait que le phénomène était maintenant observé selon une perspective systémique.

Nous connaissons les impacts des traumatismes intergénérationnels. Nous connaissons les enjeux en matière de sécurité alimentaire. Nous connaissons les problèmes qui font en sorte que les Autochtones doivent probablement se rendre plus souvent à l’hôpital que les autres personnes.

Une citation de :Heather Brown, directrice de la régie de la santé Labrador-Grenfell Health

Pour Mme Qupee, il est essentiel que les cultures autochtones soient mieux connues au Labrador, particulièrement en raison du fait que les Autochtones ont accès aux services de santé ailleurs dans la province.

Les résidents en médecine doivent savoir qu’ils effectueront une formation culturelle lorsqu’ils viennent travailler au Labrador, dit-elle, avant d’ajouter qu’elle aimerait qu’un groupe de lutte contre le racisme mis sur pied par l’ancien premier ministre Dwight Ball et les Innus aille de l’avant.

De son côté, Linda Davidge, gestionnaire de projet en matière de sécurité culturelle, précise que le personnel médical de la région de Happy Valley-Goose Bay participeront à des sessions éducatives avec des aînés autochtones plus tard ce mois-ci. D’autres séances sont prévues ailleurs dans la province.

Le travail d’aménagement d’une nouvelle salle de soins palliatifs est aussi en cours, à l’intention des familles autochtones qui se réunissent à l’hôpital pour accompagner un proche.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !