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L'urgence de financer des centres de santé autochtones urbains au Québec

« On le porte à bout de bras depuis une dizaine d’années » – Edith Cloutier

Une infirmière ausculte l'oreille d'une femme autocthone.

La clinique Minowé pourrait servir de modèle dans les autres régions du Québec.

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

La commission Viens et la mort de Joyce Echaquan ont mis en lumière l’urgence d’avoir des centres de santé autochtones, comme celui de Val-d’Or. Mais encore faut-il qu’ils soient reconnus et financés par les gouvernements. Pendant ce temps, Montréal attend toujours son centre.

Avec plus de 50 % des Autochtones du Québec qui vivent en ville, ce modèle de soins de santé en milieu urbain est nécessaire et obligatoire, affirme le chirurgien innu Stanley Vollant.

Si le Québec veut montrer son sérieux dans l’avancement de la lutte contre le racisme systémique – même s’il nie l’existence d’un tel concept, il ne nie pas la problématique –, le gouvernement devra aller de l’avant pour financer ces centres, cela pourrait être une initiative provinciale, explique le Dr Stanley Vollant.

Le Québec compte trois cliniques de santé autochtone intégrées dans des centres d’amitié autochtones : la Clinique Minowé à Val-d’Or, la Clinique Acokan à la Tuque et la petite dernière, la Clinique Mirerimowin à Joliette. Toutes sont portées à bout de bras par une poignée d’individus et leur bonne volonté. 

Depuis plus de dix ans, le Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or a mis en place un projet pilote ajoutant à l’offre de service du centre, une composante de soins de santé et de services sociaux grâce à une clinique. 

Depuis, la Clinique Minowé a bien évolué, mais sans jamais avoir été inscrite officiellement dans une offre de services publics pour les Autochtones. 

C’est quelque chose qui s’est bâti dans l’ombre, avec le partenariat du réseau de la santé des services sociaux de l’Abitibi notamment via le prêt d’une infirmière, mais la clinique reste maintenue en marge, comme un service invisible sur le plan de l’offre de services publics, explique Edith Cloutier, la directrice du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or. 

Edith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, lors de la remise d'un doctorat honorifique par l'Université Concordia.

Edith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Pourtant, dans son appel à l’action 96, la commission Viens encourageait les établissements du réseau de la santé et des services sociaux à mettre sur pied des services inspirés du modèle de la Clinique Minowé en milieu urbain. Mais sans l’aide du provincial, c’est lourd à porter, affirme Stanley Vollant. 

La clinique de Val-d’Or a donc puisé à même le budget du centre d’amitié pour avancer au fil des années. En avril, le gouvernement québécois a promis une enveloppe dédiée à la clinique, mais le centre d’amitié n’a toujours rien reçu, la somme serait toujours dans les coffres du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue. 

Pourtant, le centre continue d’aller de l’avant. La clinique est à l’étape de proposer désormais une composante de guérison traditionnelle, et donc une offre de service hybride. Là, on est vraiment dans une offre holistique, globale, intégrée, précise Edith Cloutier, qui souhaite pouvoir exporter son modèle ailleurs. 

Mais pour cela, encore faut-il pouvoir être reconnu. 

Pour nous, c’est de sortir de l’ombre et de l’invisibilité. Et de l’inscrire officiellement dans l’offre de services publics québécois

Edith Cloutier, du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or

Car la demande est là. La confiance est très fragile, quand elle n’est pas brisée avec le réseau de la santé général. Dans de tels centres, les Autochtones se sentent en confiance, écoutés, entendus.

Le Dr Stanley Vollant tient une affiche et un bâton de marche.

Le chirurgien innu Stanley Vollant à la manifestation du 3 octobre 2020 à Montréal réclamant justice pour Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

D’ailleurs, le Dr Stanley Vollant espère pouvoir rencontrer le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, pour pousser ce dossier… encore une fois.

Le problème, c’est que c’est basé sur la bonne foi et sur l’effort d’individus et je pense que ça devrait être supporté par le gouvernement du Québec. J’en ai parlé à quatre, cinq ministres différents depuis les 15 dernières années. 

Le Dr Stanley Vollant

Il espère avoir une meilleure écoute du ministre Dubé, car l'ex-ministre de la Santé libéral Gaétan Barrette applaudissait l’idée, mais n’était pas prêt à mettre la main à la poche, assure Stanley Vollant.

Montréal attend toujours son centre

Le chirurgien innu compte aussi parler du centre de santé autochtone de Montréal, mainte fois évoqué, discuté mais qui n’a toujours pas vu le jour. 

Le Réseau pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone de Montréal a initié un tel projet depuis des années. En 2016, le Centre de santé autochtone de Tiohtià:ke (Montréal en mohawk) a été incorporé. Il offrirait des services médicaux culturellement appropriés aux Autochtones.

On était à deux semaines d’avoir un rendez-vous avec Mme d’Amours, l’ex-ministre responsable des Affaires autochtones, affirme la responsable du dossier au Réseau, Pascale Annoual. Elle nous avait demandé de préparer nos arguments économiques, (...) quelqu’un est en train de refaire le plan d’affaires, mais malheureusement le nouveau ministre ne va pas reprendre où Mme d’Amours a quitté, se désole Mme Annoual. 

Une pétition avec un peu plus de 2000 signatures a été envoyée à Ottawa pour que le fédéral intervienne dans ce dossier. Car pour compliquer le dossier, c'est à Ottawa qu'incombe la majeure partie des frais de santé des Autochtones. Le but : tout démêler, sinon on ne va pas avancer, dit Pascale Annoual.

Pascale Annoual est la responsable du projet de Centre autochtone de Montréal

Pascale Annoual, responsable du projet de Centre autochtone de Montréal

Photo : Radio-Canada / Karoline Benoit

Les services sont déjà prêts, voire donnés de manière fragmentée dans Montréal, poursuit Mme Annoual en faisant référence notamment à des formations de sécurisation culturelle, un jardin de plantes médicinales ou un projet – aujourd'hui clos – de navigateurs autochtones. 

Le centre est opérationnel. On n’a juste pas de toit ni de structure reconnue, mais on a continué d’avancer, précise Mme Annoual, qui se désole d’avoir les mains liées : On a toujours développé tous les outils et les méthodes nécessaires, mais on n’a pas de moyens reconnus appuyés pour les développer.

Elle se demande si c’est un manque de volonté politique ou de la mauvaise foi.

Toutefois, le cabinet du ministre responsable des Affaires autochtones indique qu'aucune rencontre n'était prévue avec Mme D'Amours, car le dossier n'est pas complet. Le cabinet dit toujours attendre, malgré de nombreux échanges avec Mme Annoual, des documents comme le plan d'affaires, le budget, pour une évaluation complète du dossier avant une éventuelle rencontre avec le ministre.

La Ville de Montréal confirme que, pour aller de l'avant, le futur centre doit disposer d'un solide plan d'affaires et d'un budget détaillé, documents fournis récemment par le centre à la Ville et soumis pour analyse aux différents partenaires, selon la commissaire aux relations avec les peuples autochtones à la Ville de Montréal, Marie-Ève Lachapelle-Bordeleau

La commissaire réitère qu'un centre de soins holistiques offrant des services culturellement sécures pour les personnes autochtones serait pertinent pour la communauté autochtone urbaine de Montréal.

Toutefois, elle rappelle que la santé n'étant pas une compétence municipale, le Centre de santé autochtone de Tiohtià:ke doit arrimer sa démarche avec les organisations autochtones et les partenaires du réseau de la santé, dont le CIUSSS, pour une réalisation réussie du projet.

Stanley Vollant assure que c’est un projet très important pour lui. Et pour aller de l’avant, dit-il, il faut un leadership des personnes des Premières Nations, que notre grand chef aille de l'avant pour dire qu'on en a besoin. Il faut aussi de la volonté politique et les bonnes personnes pour faire ces projets.

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