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Fouler le Nutshimit grâce au Fonds Joséphine Bacon

Joséphine Bacon

Joséphine Bacon dans le film « Je m'appelle humain » de Kim O'Bomsawin.

Photo : Terre innue

Le Fonds Joséphine Bacon pour la valorisation de la langue (innu-aimun) et du savoir-faire traditionnel (innu-aitun) permettra, chaque année, à un ou deux jeunes Innus de découvrir le territoire de leurs ancêtres et de s’en imprégner.

Nutshimit c’est l’intérieur des terres. C’est là où il y a les médicaments, c’est là où il y avait la nourriture, c’est dans le Nutshimit qu’on retrouvait notre identité, notre culture, racontait la poète Joséphine Bacon à une autre poète innue, Marie-Andrée Gill, lors d’un entretien à la Grande Bibliothèque de Montréal en septembre 2019.

Cette conversation, tout comme d’autres rencontres et déplacements de Joséphine Bacon, a été filmée par Kim O’Bomsawin, dans le cadre de son long métrage documentaire Je m’appelle humain portant sur l’œuvre de cette femme devenue une icône, précise la cinéaste.

Joséphine Bacon n’est pas que poète. Tour à tour traductrice, parolière, conteuse, documentariste et enseignante, elle a passé sa vie à recueillir et à transmettre le savoir et la culture des aînés.

C’est aussi ce que souligne Je m’appelle humain, dont la sortie a été chamboulée par la crise sanitaire de coronavirus.

Le film a été présenté en première mondiale au Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ), mi-septembre, et recevait du même coup le Prix du jury collégial (ex aequo) et une mention spéciale dans la catégorie Grand Prix de la Compétition – Long métrage.

Auparavant, il avait été récompensé en tant que Meilleur documentaire canadien au (VIFF) et au Festival international du film de Calgary (CIFF), en plus du Prix du public – documentaire au CinéFest Sudbury.

Une surprise pour Kim O’Bomsawin, qui ne s’attendait pas à cela. Pour moi Joséphine, c’est une poète innue francophone, c’est un film en français, et je me demandais à quel point la version sous-titrée en anglais allait fonctionner dans la mesure où la langue est tellement importante.

Autre étonnement, les prix sont accompagnés d’une bourse de 15 000 $ du VIFF et d'une autre de 5000 $ du CIFF. Ma première réaction, ça a été de me dire "cet argent-là ne m’appartient pas".

Rapidement elle décide qu’un Fonds Joséphine Bacon sera créé. Les vrais gagnants pour moi, c’est Joséphine et tous les ancêtres innus qui ont tant à transmettre.

Une personne en porte une autre sur son dos.

Une scène du documentaire « Je m'appelle humain » de Kim O’Bomsawin.

Photo : Terre Innue

Un endroit pour privilégier les rêves

L’idée est de faire vivre une expérience unique à des jeunes Innus en leur permettant de séjourner dans un lieu fréquenté depuis des lustres par leurs ancêtres, sur la rivière George, au nord du 56e parallèle, en pleine toundra.

Ils passeront une semaine au pays des caribous, là où a été fondée, en 2005, la Corporation du Mushuau-nipi, une organisation cofondée par un Innu et un Québécois qui offre des séminaires nordiques autochtones.

Chaque année, un ou deux jeunes seront sélectionnés selon leur motivation par un jury de personnalités et d'artistes innus. Les détails à ce propos seront dévoilés ultérieurement.

Joséphine Bacon ne sait pas encore si elle sera du voyage avec les personnes sélectionnées.

Mais selon elle ce serait l’fun que ce jeune soit accompagné par quelqu’un qui connaît le territoire. Pis pendant qu’il sera là, qu’il écrive comme un carnet de voyage sur ce qu’il retient de ce déplacement qu’il va vivre, alors qu’il va marcher sur les traces de ses ancêtres.

Pour Joséphine, ce qui compte avant tout, c’est que la personne choisie veuille vivre cette expérience qu’elle-même a vécue trois fois. Autrefois il y avait des chasses communautaires à cet endroit-là, on trouve encore des vestiges du passé. Tu peux sentir le cœur de la terre, les esprits.

Elle se dit toujours habitée par ce lointain Nutshimit, c’est comme si j’avais laissé mon âme là-bas et que j’y étais encore. Joséphine Bacon y décrit l’air pur, la nature vierge et intacte, j’imagine qu’elle est aussi intacte que du temps des ancêtres.

Un petit pactole de 20 000 $ pour partir une bourse, je trouvais ça pas pire, dit Kim O’Bomsawin, mais ce ne sera pas suffisant. Et pour permettre à cette initiative de demeurer, une campagne de sociofinancement a été lancée sur la plateforme de collecte de fonds GoFundMe.

Entre-temps, son long métrage documentaire Je m’appelle humain prendra l’affiche virtuellement au Québec le 13 novembre. Joséphine Bacon ne tarit pas d’éloges pour le travail de la cinéaste, elle comprend la terre, elle comprend les gens, et c’est ça, je pense, qu’elle montre avec son film.

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