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Chronique

La réconciliation : chronique d’une mort annoncée!

La réconciliation vit-elle ses derniers moments?

Le remier ministre Justin Trudeau et Jody Wilson-Raybould participent à la grande entrée de la Commission de vérité et réconciliation à Ottawa le 15 décembre 2015

Le premier ministre Justin Trudeau et Jody Wilson-Raybould participent à la grande entrée de la Commission de vérité et réconciliation à Ottawa le 15 décembre 2015

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Edith Bélanger

Il y a un an, les libéraux de Justin Trudeau étaient réélus pour un deuxième mandat, minoritaire cette fois-ci. À l’heure de faire le bilan, il est permis de se demander comment se porte l’idée de la réconciliation qui, jadis, a fait verser les larmes de notre premier ministre.

Edith Bélanger est diplômée en philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’École nationale d'administration publique (ENAP). Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Déjà lors de la campagne électorale du printemps 2019, on pouvait sentir que cette réconciliation montrait des signes de lassitude.

On n’en parlait que du bout des lèvres et le mot, lorsqu’un enthousiaste se risquait à le prononcer, sonnait faux.

Souvenez-vous ce qu’on disait alors : si, en quatre ans de gouvernement majoritaire, le Parti libéral n’a pas réussi à aller plus loin que de commander une commission d’enquête nationale sur les femmes autochtones assassinées et disparues, qui, soit dit en passant, a connu de nombreux écueils, et le fractionnement en deux parties de l’ancien ministère des Affaires autochtones, ce serait difficile de faire mieux avec une Chambre des communes aussi divisée.

Sauvons le Canada ! Sauvons le Canada !

Dès les lendemains de la soirée électorale, les analystes soulevaient l’énorme défi que le premier ministre aurait à relever pour garder un Canada uni et on faisait grand cas des volontés séparatistes des provinces de l’Ouest canadien, qui risquaient de faire passer la réconciliation avec les Autochtones au second plan au profit du sauvetage des sacro-saintes montagnes Rocheuses. Néanmoins, malgré ces préoccupations d’unité nationale, à l’heure de former son cabinet en décembre dernier, Justin Trudeau a intégré cette petite phrase pleine de promesses à la lettre de mandat de ses ministres : Il n’y a pas de relation plus importante pour moi et pour le Canada que celle que nous entretenons avec les peuples autochtones. Peut-être que, malgré tout, la réconciliation avait une chance de rémission?

Or, comme le disait Joe Dassin, c’était il y a un an, il y a un siècle, il y a une éternité…

Solidaires dans l’adversité

Le temps qui passe nous a montré que les problèmes ne se pointent pas toujours là où on les attend.

Aussi, le spectre du wexit qui menaçait la stabilité du pays a vite fait de se ratatiner lorsque la pandémie a montré le bout de son nez.

Dès lors, les provinces rebelles n’ont mis que peu d’énergie dans les débats constitutionnels puisque, compétences provinciales en santé obligent, il y avait un feu à éteindre ailleurs. Alors que la réconciliation agonisait déjà, la rébellion tant redoutée s’est plutôt manifestée sous la forme d’un conflit pancanadien qui passera à l’histoire sous l’appellation de crise ferroviaire.

Qui aurait cru voir tant de solidarité autour de ces symboles de l’unité canadienne que sont les voies ferrées? Or, en rétrospective, j’ai l’impression que le déclenchement de cette crise représentait aussi la dernière occasion d’effectuer une ultime opération de sauvetage de la réconciliation.

Opportunité manquée.

Comme dans la blague : quand la réconciliation est passée, le gouvernement s’est tassé… Le premier ministre a tardé à intervenir et a fait dévier la rondelle vers la province, marquant dans le but de sa propre équipe. Lorsque les pourparlers ont débuté, c’était trop peu, trop tard. En effet, la crise en territoire Wet’suwet’en n’était qu’un symptôme d’un mal bien plus important qui n’a pas tardé à prendre de l’ampleur.

Malgré la COVID comme ennemi public numéro un, rapidement, la contamination s’est étendue d’ouest en est. C’est comme si les Premières Nations avaient atteint, ensemble, un ras-le-bol systématique.

Ô Canada, terre de nos aïeux…

Vous me demanderez peut-être ce qui aurait pu être fait pour que, un an plus tard, nous ne soyons pas convoqués d’urgence au chevet de la réconciliation pour les derniers sacrements.

Comme l’heure est grave, je me permettrai un peu de rhétorique en vous répondant par une question : Qu’ont en commun un homard, un pin et une maison neuve? Ce n’est pas une blague.

Voici la réponse : en plus d’être des symboles de conflits importants qui ont enflé au cours de la dernière année, ils ont tous en commun la notion de territoire.

Les tensions autour de la pêche autochtone au homard ont pour toile de fond le territoire non cédé des nations de l’est.

Le conflit autour de la pinède d’Oka est indissociable de l’occupation de terres promises à la communauté.

Et finalement, l’occupation répétée de chantiers de construction à Caledonia, en Ontario, est lié à une revendication territoriale qui devrait être réglée depuis des décennies. Sans ce territoire dérobé aux Premières Nations, morceau par morceau, insidieusement, il n’y aurait pas de Canada tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Ça peut sembler tellement simpliste comme analyse et pourtant on y revient toujours.

Pendant toutes ces années où le Canada n’ose pas aborder ce sujet délicat. Le gouvernement profite des ressources naturelles et des profits générés par l’occupation de son assise territoriale au détriment des occupants d’origine dont pourtant il reconnaît les droits dans le texte fondateur de son pays.

Les crises s’enchaînent et rien ne permet de croire que ce mouvement va s’essouffler. C’est le temps d’avoir des discussions franches sur la gouvernance et les territoires autochtones.

Ces échanges doivent impérativement être assortis de mesures concrètes pour réparer les dommages incommensurables liés à la dépossession territoriale liée aux politiques coloniales canadiennes.

En attendant, la réconciliation semble morte, mais ne l’enterrons pas tout de suite.

Qui sait ce qui pourrait arriver?

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