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Les revendications autochtones ressurgissent à la veille du référendum au Chili

Des manifestants brandissent des drapeaux des Mapuches lors du mouvement de contestation sociale en novembre 2019 à Santiago.

Des manifestants brandissent des drapeaux des Mapuches lors du mouvement de contestation sociale en novembre 2019 à Santiago.

Photo : afp via getty images / Rodrigo Arangua

Agence France-Presse

Les revendications des Mapuches pour la restitution des terres et une plus grande autonomie refont surface à l'occasion du référendum pour une nouvelle Constitution au Chili : certains veulent croire au processus politique en cours pour obtenir davantage de droits, d'autres préconisent des méthodes plus violentes pour reconstruire la nation mapuche.

Symbole de résistance, le Wenufoje , le drapeau mapuche, a été très présent lors des manifestations sociales qui ont éclaté au Chili à partir du 18 octobre 2019 et qui ont abouti à l'accord politique pour la tenue d'un référendum constitutionnel historique dimanche.

Lors des discussions autour des droits fondamentaux à inscrire dans cette nouvelle Constitution en cas de victoire du Apruebo (J'approuve), la question de la reconnaissance des peuples autochtones, tels que les Mapuches, Aymaras ou Rapa Nui, parmi d'autres, pourrait être débattue.

Cependant, parmi les Mapuches, peuple autochtone le plus important du pays qui représente environ 7 % de la population chilienne – avec des niveaux de pauvreté deux fois plus élevés que le reste de la population –, les avis divergent.

Des femmes autochtones avec des tambours et des masques dans une manifestation.

Des Mapuches manifestent contre le gouvernement du Chili, à Santiago, la capitale, le 12 octobre 2020.

Photo : Getty Images / AFP / MARTIN BERNETTI

Je suis d'accord avec [ce référendum] comme étant un acte démocratique inédit sur le type de société que nous voulons construire, mais j'ai certains doutes. Notre langue, notre culture seront certainement reconnues, mais jamais ne sera abordée la question des terres. Et le gros problème, c'est la question des terres, a déclaré à l'AFP le dirigeant mapuche Juan Pichun.

Juan Pichun est un lonko, ou chef de la communauté de Temulemu, à Traigén, dans le sud du Chili. En 2011, il a signé avec deux autres communautés autochtones un accord pour récupérer 2500 hectares de terres de l'entreprise forestière Mininco, mettant fin à 15 ans de conflits.

Division au sein des Mapuches

Juan Pichun estime qu'une nouvelle Constitution n'est pas le bon moyen pour que les Mapuches récupèrent leurs terres, reconstruisent une nation mapuche et y fassent vivre traditions et spiritualité ancestrales.

Il est plutôt partisan de la manière forte, avec des actions de résistance et de sabotage qui ont fonctionné par le passé.

Il est membre de la Coordination Arauco Malleco (CAM), qui revendique des sabotages contre les entreprises forestières exerçant un contrôle territorial effectif sur les terres où les Mapuches vivent et travaillent dans l'agriculture.

Mais pour le gouvernement, la CAM est un groupuscule radical, même terroriste, à l'origine d'incendies criminels d'écoles, de camions et d'engins agricoles ces derniers mois dans les régions d'Araucanie et de Biobio dans le sud du pays.

Nous ne sommes pas un groupe criminel, nous ne sommes pas des vandales, mais des combattants.

Juan Pichun, chef de la communauté de Temulemu

D'autres Mapuches pensent cependant que la probable révision constitutionnelle est un préambule à un débat plus que nécessaire au Chili.

La nouvelle Constitution n'est que le début d'un processus pour commencer à débattre de l'interculturalité, estime auprès de l'AFP l'historien mapuche Fernando Pairican, qui dit comprendre la peur et la méfiance de certains membres de sa communauté.

Cet universitaire de l'Université de Santiago adhère à la thèse selon laquelle le processus constitutionnel rendrait possibles des droits collectifs fondamentaux pour les communautés autochtones du Chili.

Selon Salvador Millaleo, avocat et expert des questions autochtones, ceux qui se placent volontairement au dehors du processus constitutionnel ont une position plutôt limitée au sein du monde mapuche.

La plupart des organisations autochtones ont abandonné l'idée de nation mapuche.

Salvador Millaleo, avocat et expert des questions autochtones

Selon lui, l'aspiration des Autochtones est de parvenir, par ce processus, à une nouvelle coexistence avec le reste des Chiliens.

L'idée n'est pas de construire un autre État, mais d'avoir une autre forme de coexistence où il n'y a pas de domination, mais plutôt une égalité de traitement, dit-il.

Pour l'heure, même en cas de victoire du Apruebo, la représentation des Autochtones demeure incertaine au sein de la future Convention constituante qui rédigera la nouvelle constitution.

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