•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Élections à Wendake : Les enjeux prioritaires vus par quatre Wendat

Illustration graphique de quatre membres de la nation huronne-wendat.

Les élections à Wendake sont bien différentes cette année. De nombreuses personnes ont opté pour le vote par correspondance en raison de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Véronik Picard

La place faite aux cultures des Premières Nations est au cœur des préoccupations des quatre Hurons-Wendat interviewés dans ce reportage par Espaces autochtones. Ils font partie des électeurs de Wendake près de Québec qui se rendront aux urnes le 30 octobre pour élire le grand chef ainsi que quatre chefs familiaux.

Chez les Hurons-Wendat, plusieurs personnes aimeraient que les prochains chefs élus accordent plus d’importance au rayonnement de la culture de leur nation au sein de leur communauté ainsi qu’au Québec.

Pour Andrée Lévesque-Sioui, chanteuse et poète huronne-wendat, l’échange entre les aînés et les jeunes est essentiel à la transmission de la culture. Un lieu qui permettrait ce partage représente pour elle un rêve depuis de nombreuses années. L’esprit d’une nation, ça se raconte, dit-elle.

Il est également fondamental, selon elle, d’améliorer la communication entre les différents secteurs à Wendake et d'uniformiser l’utilisation de la langue wendat, afin de la rendre accessible à un plus grand nombre de membres.

Charles-Philippe Vincent-Bouchard, finissant au baccalauréat en finances d'entreprises, considère que l'amphithéâtre de Wendake n'est pas utilisé à son plein potentiel. Il croit qu'il est important qu’un espace soit disponible pour que les artistes hurons-wendat puissent faire rayonner leur art, leur culture et leur langue.

L'amphithéâtre extérieur.

L'amphithéâtre extérieur de Wendake peut accueillir jusqu'à 500 personnes.

Photo : Radio-Canada / Véronik Picard

Charles-Philippe souligne l’importance de profiter de la proximité de sa communauté avec la Ville de Québec pour faire rayonner la culture wendat, mais aussi des autres nations autochtones grâce aux infrastructures en place à Wendake.

Pour Charles-Philippe, le partage des cultures autochtones à travers la musique est essentiel. Il rêve d’une collaboration entre le Studio Makusham (un studio de musique dans la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam) et sa communauté.

Alexane Picard, étudiante en droit huronne-wendat, est inquiète. Elle désire transmettre sa culture à ses enfants et que celle-ci soit plus accessible.

Elle considère que la transmission de la culture aux enfants constitue l’un des enjeux principaux, en particulier pour ceux qui ne sont plus considérés hurons-wendat par le gouvernement fédéral.

L’entrepreneur huron-wendat Steeve Gros-Louis juge lui aussi qu’il est inconcevable que des infrastructures telles que l’amphithéâtre de Wendake ne soient pas utilisées davantage. Il souhaite fortement que les prochains élus trouvent des solutions pour mettre de l’avant les artistes des Premières Nations.

Tous sont d’accord pour dire que la culture n’est pas particulièrement présente dans les programmes électoraux des candidats aux postes de grand chef et de chefs familiaux. Ils désirent des solutions plus concrètes à ce niveau.

Charles-Philippe devant des arbres.

Charles-Philippe Vincent-Bouchard est consultant en archéologie pour le Nionwentsïo Sud (le territoire de la nation huronne-wendat en Ontario). Il s'implique depuis plusieurs années dans le milieu communautaire à Wendake.

Photo : Radio-Canada / Véronik Picard

Les enjeux territoriaux

L’histoire et la culture sont importantes non seulement pour l’identité, mais également pour la défense et la protection du territoire. Il est important, selon Charles-Philippe, d’être conscient de l’histoire, de la culture et de la façon de penser huronne-wendat pour mieux en défendre ses intérêts.

Il met l’accent sur l’importance de préserver la Terre Mère que ses ancêtres ont protégée. Il plaide pour la réalisation d'études tout en incitant les dirigeants à penser aux sept prochaines générations avant de prendre des décisions importantes sur le territoire de sa nation.

Pour Steeve Gros-Louis, la défense du territoire est également fondamentale. Il soutient que le rôle du grand chef est de défendre les droits des Hurons-Wendat face aux autres nations autochtones et comme auprès des gouvernements.

Alexane qui pose devant une forêt.

Alexane Picard s'implique autant à l'université que dans sa vie personnelle pour faire avancer les enjeux reliés aux Premières Nations et Inuit.

Photo : Radio-Canada / Véronik Picard

Une meilleure communication

Pour Alexane Picard, l’un des enjeux fondamentaux est la transparence dans l'administration des biens communs de la communauté. Il considère qu’il y a lieu d’améliorer la communication entre les membres de la nation huronne-wendat et les chefs élus.

Alexane considère que le conseil a des comptes à rendre à la population de Wendake. Les suivis concernant les dossiers en cours ne sont pas assurés par plusieurs chefs familiaux, souligne-t-elle.

Je pense qu’il y a un souci de transparence qui devrait être implanté dans la façon de faire des chefs. On veut savoir ce qui se passe et les décisions qui sont prises.

Développement économique

Quand il est question de la gestion de l’argent dans une communauté, la transparence n’est jamais très loin dans les préoccupations.

Les visions des candidats au poste de grand chef en ce qui concerne l’économie divergent.

Le grand chef sortant, Konrad Sioui, privilégie le développement d’entreprises qui appartiennent au conseil de la nation huronne-wendat pour renforcer l’économie communautaire de sa nation.

Son adversaire, Rémy Vincent, favorise le développement des entreprises privées par le développement d’une structure de soutien aux entrepreneurs.

Steve Gros-Louis pose devant la forêt.

Steve Gros-Louis est propriétaire de plusieurs entreprises, dont le restaurant Sagamité. Il est particulièrement impliqué dans le milieu culturel de sa communauté.

Photo : Radio-Canada / Véronik Picard

Ce qui inquiète particulièrement Steeve Gros-Louis dans la façon de gérer l’économie en ce moment, c’est la ligne mince entre promouvoir les entreprises locales grâce aux entreprises qui appartiennent au conseil de la nation huronne-wendat et leur nuire si l’entreprise communautaire prend trop de place.

[L’entreprise communautaire] doit être une locomotive pour les autres entreprises, mais ça ne doit pas les compétitionner, souligne-t-il.

Le volet politique est présent pour écouter et encourager les entrepreneurs, soutient-il. Il manque par contre des ressources pour les soutenir financièrement.

Rappelons que les entreprises autochtones peuvent rarement obtenir des prêts auprès des banques, puisque les infrastructures construites dans les communautés autochtones sont insaisissables.

En tant qu’entrepreneur, je ne me sens pas inclus dans le développement économique de la nation. J’aimerais sentir le soutien de ma communauté.

Andrée qui pose devant une forêt.

Andrée Lévesque-Sioui est une auteure-compositrice-interprète très impliquée dans la transmission et le rayonnement de la culture et de la langue huronne-wendat.

Photo : Radio-Canada / Véronik Picard

L’avenir de la jeunesse

Andrée suggère des activités culturelles de tout genre pour intéresser les jeunes à en connaître davantage sur le volet culturel qui les intéresse. La maison des jeunes ce n’est pas assez pour rejoindre tous les jeunes, ajoute-t-elle.

Elle suggère de rendre la culture accessible sur le web pour que les jeunes qui n’habitent pas à Wendake puissent y avoir accès. Andrée souligne aussi l’importance de faire connaître les activités culturelles disponibles de façon efficace et attrayante pour les jeunes.

Alexane, elle, se demande quelle sera la relève en politique et propose une meilleure vulgarisation des enjeux complexes pour que les jeunes se sentent interpellés et aient le désir de s’informer.

On est le futur de la nation alors il faut être pris en compte dans ces décisions-là. Il faut penser aux sept prochaines générations, mais aussi à venir nous chercher.

Elle remarque également le manque de représentation féminine au sein du conseil élu de Wendake.

Charles-Philippe partage l’opinion que l’avenir de sa communauté repose dans le partage d’informations et de connaissances entre les personnes qui habitent dans la communauté et à l'extérieur de la communauté.

Si tout le monde comprend les enjeux et la culture, ça va être plus facile d’exercer un pouvoir démocratique et faire avancer les enjeux.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !