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Chronique

Les Autochtones et la politique, un parcours d’équilibriste

Un homme portant des lunettes.

Sol Mamakwa est demeuré assis lors de l'interprétation de l'hymne national à l'Assemblée législative de l'Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Edith Bélanger

La vague de protestations et de manifestations qui ont suivi le décès tragique de Joyce Echaquan aura finalement eu raison du poste de la ministre Sylvie D’Amours.

Critiquée depuis son entrée en poste pour son manque de connaissance des enjeux et ses remarques souvent malhabiles, elle n’apparaissait plus comme la personne de la situation.

Bien sûr, la ministre n’est pas directement responsable de la tragédie qui a secoué la nation atikamekw et bien au-delà.

Or, en tant qu’élue, par ses actions (ou inactions), elle manifestait une réalité qui fait mal : la relation entre les Autochtones et la politique est aussi tendue qu’un fil de fer suspendu au-dessus d’un précipice.

En effet, ceux qui s’y aventurent risquent de perdre pied et de tomber de haut. De plus, ils sont exposés aux intempéries et surveillés de près.

Un ex-policier dans l'arène

Le prochain équilibriste qui vient de se lancer dans l’aventure est l’ancien policier du SPVM, Ian Lafrenière.

C’est lui que le premier ministre Legault a choisi comme nouveau ministre des Affaires autochtones. Dès l’annonce de sa nomination, les réactions n’ont pas tardé à fuser de toutes parts.

Si la plupart des gens s’entendent sur le fait qu’il saura probablement amener le discours à un autre niveau, plusieurs ont toutefois exprimé un malaise à voir un ancien policier assumer ces fonctions.

En effet, on se rappellera que l’élément déclencheur de la commission Viens, dont le rapport a été déposé il y a tout juste un an, était une série de révélations troublantes mettant en scène des policiers aux comportements racistes et dégradants.

Encore une fois, à l’instar de la ministre D’Amours, M. Lafrenière n’est pas responsable de ces vies brisées et de la méfiance qui teinte trop souvent les relations entre les services publics et les Autochtones.

Or, en tant qu’élu, il portera la responsabilité de créer une relation dans un contexte où le doute, la peur et la colère sont omniprésents.

De plus, puisque les attentes envers lui sont énormes, il ne pourra pas se contenter d’avancer à pas de souris sur ce fil de fer.

En effet, tous s’entendent pour dire qu’on a assez perdu de temps pour mettre en œuvre les appels à l’action des différents rapports de commissions d’enquête qui se sont succédé dans les dernières décennies.

Certains commentateurs ont jugé que les Autochtones semblaient bien difficiles à satisfaire côté représentation ministérielle.

J’ai aussi vu passer des discussions visant à exiger que ce soit un membre des Premières Nations qui siège à ce poste.

Un Autochtone comme ministre des Affaires autochtones ?

Rien n’est moins sûr.

Premièrement, même s’il y a de plus en plus de représentants des Premières Nations, des Inuit et des Métis qui sont élus à des postes de députés (10 ont été élus lors de la dernière élection fédérale), il n’en reste pas moins que cela comporte plusieurs difficultés majeures.

Au-delà du fait que l’entrée en politique fédérale et provinciale est souvent perçue comme le cautionnement d’un système colonial qui s’est évertué à détruire les Autochtones, les rares candidats qui tentent l’aventure semblent éviter d’être confrontés à des conflits de loyauté et se tiennent souvent loin des dossiers qui touchent leurs pairs.

Est-ce que vous vous rappelez Jody Wilson-Raybould?

Anciennement ministre de la Justice du Canada, elle avait refusé le poste de ministre des Services aux Autochtones.

Elle ne souhaitait pas incarner le rôle de l’agent colonial ni être la ministre responsable de l’application de l’odieuse Loi sur les Indiens.

Difficile de la blâmer. Avouons-le, bien peu de ministres se trouvent face à de tels conflits de valeurs intrinsèquement liées à leur identité.

Un pied de nez à la Reine

La semaine dernière un autre événement est venu illustrer la relation tendue entre les gens des Premières Nations et la politique.

Sol Mamakwa, député néo-démocrate, est resté assis pendant les hymnes patriotiques à l’Assemblée législative de l'Ontario. Son geste visait à dénoncer le système à deux vitesses qui maintient les Autochtones dans des conditions sanitaires bien en deçà de la moyenne des Canadiens.

Voilà également un bon exemple de quelqu’un qui se trouve sur la corde raide de la loyauté.

Dans sa circonscription qui compte environ 70 % d’Autochtones, M. Mamakwa, Ojibwé d’origine, représente néanmoins tous les citoyens de Kiiwetinoong.

À choisir entre faire un pied de nez à la Reine ou encore trahir la confiance de sa communauté, il a fait un choix qui, probablement, ne lui attirera pas que des félicitations de la part de son parti politique.

Il explique son geste en affirmant que les gens des communautés ne sont que trop peu entendus, et il a probablement raison.

De mauvaises langues pourraient dire qu’il ne représente pas adéquatement les 30 % restants de ses électeurs.

Or, est-on aussi sévère avec les députés des autres circonscriptions dans lesquelles la minorité autochtone ne peut pas compter sur de tels ambassadeurs?

Et pourtant, il faudra bien trouver un moyen de la faire entendre, cette voix.

En effet, en plus d’être fréquemment confrontés à des conflits de valeur, les Autochtones qui rejoignent les rangs des partis politiques sont souvent amèrement critiqués, même par les leurs, pour avoir tenté de jouer le jeu colonial.

Mais, tant qu’il n’y aura pas de réconciliation entre la vision et les besoins des Premières Nations et la politique provinciale et fédérale, il faudrait, en attendant au moins, lever notre chapeau à ces précurseurs qui entreprennent le parcours du funambule.

Un jour, peut-être, au lieu d’un fil de fer, on trouvera un pont.

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