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Système de santé : une approche à repenser pour redonner confiance aux Autochtones

L'entrée principale du Kateri Memorial Hospital Center.

Le personnel du Kateri Memorial Hospital Center (KMHC) est en majeure partie autochtone.

Photo : Radio-Canada

La mort de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette a mis en lumière un problème récurrent pour les membres des communautés autochtones : le système de santé québécois ne leur inspire pas confiance. Mais les formations proposées pour sensibiliser le personnel soignant seront-elles suffisantes?

Selon Lisa Westaway, directrice générale du Kateri Memorial Hospital Center (KMHC) de Kahnawake, il faut repenser la façon dont les soins sont prodigués.

L'exemple du KMHC de Kahnawake est bien particulier. Bâti au sein de la communauté mohawk, ce centre privé non conventionné, partenaire du CISSS de la Montérégie-Ouest, a su adapter son offre de service à la population qu’elle dessert, soit essentiellement des Kahnawakeronons.

Près de 75 % du personnel qui y travaille est issu de la communauté mohawk, explique Mme Westaway, à la tête du centre de santé depuis un an. En vertu des politiques d’embauche de l’établissement, les employés doivent le plus possible être recrutés dans la communauté. À compétences égales, un candidat autochtone sera favorisé.

Et ça, ça change la façon d’offrir les services, souligne Mme Westaway.

Selon la directrice générale du KMHC, il est nécessaire que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) soit davantage à l'écoute des communautés, et que celles-ci dictent les services et les besoins. Ça ne peut plus être à l’envers, insiste-t-elle.

Il faut que les services soient centrés sur la personne, et non pas sur les besoins d'un établissement. Si [le MSSS] était juste capable de faire ça, il serait en mesure d'écouter les besoins spécifiques des individus qui rentrent par leur porte et de mieux [les] comprendre.

Lisa Westaway, directrice générale du Kateri Memorial Hospital Center

Le ministère garde le contact avec les communautés par l'entremise de ses agents de liaison qui travaillent dans les CIUSSS et les CISSS. C’est eux qui sont le lien, qui sont censés connaître les besoins [des communautés] pour s’assurer que leur offre de service soit adaptée, explique Mme Westaway.

Pour ce qui est du Kateri Memorial, les relations avec le CISSS Montérégie-Ouest se portent bien : l'agente de liaison du CISSS a pris le temps d'appeler Mme Westway dans la foulée de la mort de Joyce Echaquan pour discuter des façons d'améliorer l'offre de services.

Joyce Echaquan sourit à la caméra.

Joyce Echaquan, originaire de Manawan, est décédée dans des circonstances troubles à l'hôpital de Joliette, le 28 septembre dernier. Elle a filmé et diffusé en direct ses appels à l'aide alors que des infirmières ont tenu des propos racistes à son endroit.

Photo : Image fournie par la famille

Le CISSS de la Montérégie-Ouest assure pour sa part que « des rencontres officielles ont lieu une ou deux fois par année » avec les communautés se trouvant sur son territoire. « Des professionnels du CISSS de la Montérégie-Ouest collaborent avec des membres des communautés au déploiement de projets cliniques spécifiques », indique une porte-parole.

Notre établissement a développé de bonnes relations avec les autorités des deux communautés et nous avons des communications sur une base régulière avec chacune d’elles, particulièrement en période de COVID, où les échanges se sont intensifiés, ajoute-t-elle.

Mais la situation n'est pas la même pour toutes les communautés autochtones. De manière générale, des représentants de différentes communautés ont réitéré leurs demandes pour participer aux discussions à un haut niveau avec la direction des affaires autochtones du MSSS. Mais l'invitation se fait toujours attendre.

Ils ne [leur] accordent pas cette possibilité. C’est donc eux qui décident des besoins pour [elles], ajoute Mme Westaway en évoquant le cas des autres communautés qui, contrairement à Kahnawake, dépendent des CISSS et des CIUSSS pour recevoir leurs soins de santé.

La barrière de la langue

Puisque sa clientèle et son personnel sont majoritairement autochtones, l'hôpital de Kahnawake se distingue des autres établissements de santé. Chez nous, c’est plus facile : tout est centré sur la culture, convient Mme Westaway.

Pour faciliter l'expérience des quelque 12 000 patients qui fréquentent le centre – dont certains proviennent de la communauté mohawk voisine de Kanesatake, et celle d'Akwesasne, à plus d'une centaine de kilomètres de route – le Kateri Memorial a mis en place un environnement qui met de l'avant la culture autochtone.

L'établissement, qui abrite également un CHSLD, offre de la nourriture adaptée aux préférences de la communauté. Les murs sont ornés d'œuvres d'artistes mohawk. Des cérémonies et des activités sont organisées pour les résidents. Une unité de médecine traditionnelle, qui emploiera des guérisseurs spécialisés dans ce domaine, doit d'ailleurs voir le jour sous peu.

Bien que la majeure partie des employés du Kateri Memorial Hospital Center sont issus des Premières Nations, une formation de sensibilisation culturelle et historique est obligatoire pour tout le personnel. Un coordonnateur culturel s’assure de donner ces formations. Des cours de mohawk payés par l’établissement sont aussi offerts aux employés qui le désirent.

Toutes les communications sont offertes non seulement en anglais – une bonne part de la clientèle est unilingue anglophone – mais aussi en mohawk, explique Mme Westaway.

C'est d'ailleurs l'un des problèmes auxquels se heurtent les patients du KMHC qui doivent se rendre dans d'autres établissements pour obtenir des soins. Il n'est pas rare que des patients soient redirigés vers d'autres établissements de la Montérégie, comme le Centre hospitalier Anna-Laberge de Châteauguay, ou encore à l'Hôpital général juif de Montréal.

Souvent, le personnel [d'autres établissements] refuse de parler en anglais, indique de son côté Lynda Delisle, directrice des opérations du Kateri Memorial, qui y voit un problème majeur.

Certains hôpitaux où sont transférés des patients du KMHC n'embauchent pas d'interprètes.

Lisa Westaway, directrice du centre Hospitalier Kateri-Memorial de Kahnawake, qui fait également partie de l’équipe spéciale d’urgence mise sur pied durant la pandémie (Kahnawake Task Force).

Lisa Westaway, directrice du centre Hospitalier Kateri-Memorial de Kahnawake, qui fait également partie de l’équipe spéciale d’urgence mise sur pied durant la pandémie (Kahnawake Task Force).

Photo : Radio-Canada / Julie Marceau

Tout au long de la première vague de la COVID-19, la question de la langue a été un obstacle important, renchérit Mme Westaway. Si je n'avais pas été en mesure de traduire les directives [du MSSS] et de les orienter vers les bonnes personnes, on aurait été vraiment dépourvus, dit-elle.

Des formations, mais encore

Habitués aux services adaptés du KMHC, les patients qui reviennent à Kahnawake après avoir été soignés dans un autre hôpital ont déjà témoigné des changements subtils observés dans le comportement du personnel soignant, une fois qu'il devient évident que vous êtes issu d'une Première Nation, souligne Mme Delisle.

Certains lèvent les yeux au ciel si vous ne comprenez pas [du premier coup] ce qui est dit tandis que d'autres évitent tout contact visuel, donne-t-elle en exemple.

Au début du mois d’octobre, à l’issue d’une rencontre avec le premier ministre François Legault, les représentants de la nation atikamekw ont insisté sur l’importance de mieux former le personnel soignant afin de le sensibiliser aux réalités autochtones.

Bien que la formation soit cruciale, elle n'est toutefois pas suffisante pour régler le nœud du problème, selon Lisa Westaway. Les CISSS et les CIUSSS sont trop grands, dit-elle.

Des initiatives de sensibilisation, il y en a déjà des tonnes lancées par le ministère de la Santé, explique-t-elle, donnant en exemple le dossier des agressions sexuelles, celui de la violence conjugale ou encore de l'itinérance.

Chacune de ces initiatives vient avec des attentes, des plans d'action et des preuves que l’offre de service a été adaptée aux besoins spécifiques de chaque population, poursuit-elle.

Dans le cas du traitement réservé aux patients autochtones, le ministère va créer une formation – ce sera fait par [le gouvernement], et non pas par la population. Après, il va sensibiliser et demander un plan d'action. Mais après ça? se demande Mme Westaway.

Sur papier, théoriquement, il [a] fait sa job, mais ça ne répond pas aux besoins humains

Lisa Westaway, directrice générale du Kateri Memorial Hospital Center

À l'instar de nombreux intervenants auprès des communautés autochtones, la directrice générale du Kateri Memorial juge qu'il est nécessaire de commencer par suivre les recommandations du rapport de la commission Viens (Nouvelle fenêtre).

Le gouvernement parle beaucoup, ajoute de son côté Mme Delisle. Il y a eu de nombreuses commissions, de nombreux rapports et de nombreuses recommandations, qui ont été réalisées en notre nom. Malheureusement, presque toutes n'ont pas été mises en œuvre.

Selon Mme Westaway, nombre de ces recommandations ne sont pas si difficiles à mettre en place. La première étape, juge-t-elle, serait de les ressortir et d'inclure les communautés.

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