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La jeunesse atikamekw exige des lendemains sans peur

Trois jeunes atikamekw expriment leurs craintes et leurs espoirs au lendemain du décès de Joyce Echaquan.

Des femmes tiennent un portrait de Joyce Echaquan.

Des jeunes manifestent pour que justice soit rendue en lien avec la mort de Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ils ont 17, 22 et 28 ans et sont originaires de la communauté de Manawan. Tous trois ont vécu une ou des histoires de racisme systémique ordinaires. Avec le décès de Joyce Echaquan, si leur avenir est fait de crainte, l’espoir les habite par-dessus tout.

On ne veut pas vivre dans la peur, dit d’entrée de jeu Ivan Boivin Flamand. Le guitariste et chanteur atikamekw de 22 ans espère que l’histoire de Joyce Echaquan, après avoir créé une onde de choc, conduira à une ouverture de la part des Québécois, qu’ils soient moins ignorants envers les Autochtones.

J’aimerais ça qu’à l’avenir, dans les cours, il y ait vraiment l’histoire oui du Québec, mais l’histoire autochtone aussi, souhaite Maggie Ottawa. Étudiante au Cégep de Trois-Rivières, en sciences humaines profil individu, la jeune femme de 17 ans constate qu’on n’en parle que trop brièvement : je trouve ça dommage que ce soit encore comme ça.

J’ai développé un petit syndrome de stress post-traumatique, admet Marie-Christine Petiquay, 28 ans. Coordonnatrice aux ateliers de création et de perfectionnement au Wapikoni mobile, Marie-Christine souligne être consciente que les non-Autochtones ne sont pas tous racistes, mais je vis quand même avec cette peur-là depuis.

Le depuis, c’est le 28 septembre, jour du décès de Joyce Echaquan, méprisée, injuriée, insultée dans les derniers instants de sa vie par deux employées de l’hôpital de Joliette.

Ce qu’elle a vécu, tous trois ou leur famille l’ont vécu, mais dans une moindre mesure, que ce soit dans le milieu de la santé ou dans le milieu scolaire.

Ivan parle de son père qui a failli perdre une jambe à cause d’une infection mal soignée à l’hôpital de Joliette, on l’a traité pas correctement, et qui a décidé d’aller dans un autre hôpital pour se faire soigner. Ils ont fait ce que Joliette n’a pas fait.

Ivan Boivin-Flamand accorde sa guitare

Ivan Boivin-Flamand est guitariste.

Photo : Radio-Canada / Laurence Royer

Il se remémore aussi un souvenir particulièrement désagréable vécu dans sa prime jeunesse.

Un jour, le chauffeur de son autobus scolaire l’a obligé à descendre avant d’être arrivé chez lui. Il a dû rentrer à pied à la maison. Pour quelle raison? J’ai jamais su pourquoi!

Maggie raconte son expérience récente dans un autre hôpital. Sans être maltraitée, elle précise : ils parlaient bête, on dirait qu’ils voulaient se débarrasser de moi. J’ai pas eu des bons soins.

Elle revient aussi sur un incident survenu à Trois-Rivières, où elle est installée pour ses études. Un jeune d’à peine 20 ans m’a dit de retourner dans mon pays, rigole-t-elle, mais je suis dans mon pays. Il savait que je suis Autochtone.

Maggie n’en a pas fait cas, mais une amie québécoise s’est portée à sa défense, faudrait que t’apprennes ton histoire. Elle est plus chez elle ici que nous!

Je ne l’ai pas mal pris parce que ça n’avait pas de sens, ce qu’il disait, mais y en a, ça les affecte plus que d’autres.

Maggie Ottawa, une Atikamekw de Manawan.

Maggie Ottawa, 17 ans, une Atikamekw de Manawan.

Photo : Gracieuseté de Maggie Ottawa

Elle souligne avoir une petite chance parce qu’elle maîtrise bien le français, contrairement à d’autres personnes de sa communauté. Y en a qui ont un peu plus de misère, c’est ce monde-là qui subit plus de racisme, tandis que moi j’en ai déjà subi aussi, mais c’est moins pire.

C’est à cause du racisme que Joyce est décédée.

Maggie Ottawa

Marie-Christine a fréquenté une école secondaire à Trois-Rivières. On était beaucoup d’étudiants atikamekw, on nous interdisait de parler notre langue alors que les étudiants hispanophones avaient le droit de parler espagnol comme ils voulaient. C’est un autre exemple de racisme systémique selon moi.

Des solutions pour inverser le cours des choses, tous les trois en ont.

Marie-Christine Petiquay parle d’éducation et de sensibilisation. Selon moi ce racisme vient de la méconnaissance de l’autre. S’ils apprenaient à nous connaître, ce racisme disparaîtrait.

Elle conseille à tous de voir les documentaires d’Alanis Obomsawin ou les films du Wapikoni mobile et d’aller à la rencontre de l’autre, c’est comme ça qu’on va diminuer le racisme.

Elle se réjouit également de la présence de Jemmy Echaquan Dubé au petit écran. La comédienne atikamekw s’est fait remarquer avec des rôles dans Fugueuse et Toute la vie. On commence à avoir une certaine visibilité.

Maggie Ottawa abonde dans le même sens, le monde ont plus de préjugés envers les Autochtones de par leur ignorance.

Elle souligne l’importance des réseaux sociaux chez les jeunes et les invite à utiliser cette plateforme pour partager des publications pour sensibiliser.

Elle raconte que certains de ses amis non autochtones ont partagé les publications sur Joyce Echaquan. D’autres l’ont accompagnée à la veillée aux chandelles à sa mémoire.

J’ai reçu beaucoup de messages de soutien de la part de mes amis non autochtones, renchérit Marie-Christine, c’est ce qui lui donne espoir que les comportements vont finir par changer.

Marie-Christine Petiquay, une atikamekw de Manawan.

Marie-Christine Petiquay, une atikamekw de Manawan.

Photo : Mailys Flamand

Ivan espère une ouverture de la part des Québécois, qu’ils soient moins ignorants envers les Autochtones.

Pour pouvoir être fort en tant que peuple, il faut qu’on s’entraide, qu’on fasse équipe des deux bords, qu’on soit solidaire

Ivan Boivin-Flamand

Maggie Ottawa se désole que François Legault ne veut pas employer les vrais mots, les vrais termes [racisme systémique] je trouve que c’est mal parti pour qu’il y ait du changement et de l’amélioration à ce niveau-là.

C’est lui qui a le pouvoir de faire changer les choses. Nous aussi, mais lui c’est le premier ministre, j’aimerais ça qu’il s’ouvre plus à nous, que ça soit un travail d’équipe, qu’on fasse ça ensemble.

S’il rencontrait François Legault, Ivan Boivin Flamand lui dirait de faire bouger les choses parce que ça fait peur tout ça. Honnêtement moi j’ai peur, est-ce que ça va être tout le temps de même? Est-ce que je serai bien traité quand je serai malade, que je vais aller à l’hôpital?

Ivan, comme Maggie et Marie-Christine, exige maintenant des changements.

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