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Joyce Echaquan : malgré les appels répétés, Legault évite le terme racisme systémique

Une position qui vise à ne pas heurter sa base électorale, croient deux chercheurs.

Des personnes tiennent une banderole sur laquelle on peut lire : Justice pour Joyce.

Des gens ont manifesté au lendemain de la mort de Joyce Echaquan, de même que les jours suivants, pour dénoncer la manière dont elle a été traitée.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les appels se multiplient depuis la mort de Joyce Echaquan pour demander à François Legault de reconnaître la présence de racisme systémique au Québec. Le premier ministre répète qu’il préfère se « concentrer sur les actions » plutôt que sur un « débat sémantique » et que la situation ici n’est pas la même qu’aux États-Unis.

Il y a une partie de la population qui croit qu’il n’y a pas un système raciste au Québec. Il y a des personnes racistes. Le peuple québécois n’est pas raciste. Je pense que c’est important de respecter tout le monde, a soutenu François Legault lundi, quelques heures après une rencontre avec des chefs atikamekw qui avait pour but de discuter des circonstances entourant la mort de Joyce Echaquan.

De nombreuses voix ont rappelé que le décès de Joyce Echaquan est arrivé un an presque jour pour jour après le dépôt du rapport Viens qui fait état de la discrimination systémique au Québec envers les Autochtones, notamment dans les soins de santé.

Puis, à l’issue de l'entretien de lundi, le grand chef Constant Awashish a salué la volonté d’action du gouvernement, mais s’est interrogé à savoir s’il avait la volonté d’appeler les choses par leur nom. Le premier ministre Legault s'est tout de même engagé à présenter des excuses à la famille Echaquan.

Qu’est-ce que le racisme systémique?

Pour l’ethnologue et première spécialiste aux affaires autochtones à Radio-Canada, Isabelle Picard, il est important de s’entendre sur un vocabulaire commun.

Dans une entrevue à l’émission Tout le monde en parle dimanche , elle a laissé entendre qu’il est difficile de décrire autrement ce dont a été victime Joyce Echaquan.

C’est un racisme qui prend naissance dans une structure, dans le système. C’est un racisme qui n’est pas imputable au gouvernement Legault ni au gouvernement Trudeau. C’est un racisme qui date de 1876 avec la Loi sur les Indiens et peut-être même avant et qui a fait en sorte que les politiques, les lois, le système a traité les autochtones comme des citoyens à part, de deuxième classe, comme des mineurs encore aux yeux de l’État et qui a des impacts, on l’a vu avec la situation de la semaine dernière, a-t-elle indiqué.

Pourquoi « nier l’évidence »?

Professeure au Centre urbanisation, culture et société de l’Institut national de recherche scientifique (INRS), Stéphane Guimont-Marceau a de la difficulté à comprendre pourquoi le premier ministre s’entête à nier l’évidence. « Il y a du racisme systémique au Québec, les experts s’entendent là-dessus, les partis d’opposition s’entendent là-dessus. Il n’y a pas de raison de le nier », avance-t-elle.

La seule explication pour elle est que le gouvernement Legault ne veut pas froisser une base électorale plus frileuse quant à l’adoption d’un tel terme. Elle ne voit pas d’implication extrêmement grave à admettre l’existence du racisme systémique. Ce qui est grave, c’est des cas qui sont arrivés comme à madame Echaquan. C’est justement pour essayer que ça ne se reproduise pas qu’il faudrait reconnaître l’existence du racisme systémique, fait valoir Mme Guimont-Marceau.

Le professeur agrégé au Département de science politique de l’Université de Montréal, Martin Papillon, soutient également cette hypothèse selon laquelle le gouvernement Legault contourne l’expression pour ne pas choquer sa base électorale.

Il émet également l’hypothèse que François Legault a peut-être une vision du racisme qui pourrait selon lui être qualifiée d’un peu simpliste et qu’il ne croit peut-être pas que la discrimination systémique existe.

C’est une stratégie de communication, une stratégie électorale de popularité, ce n’est pas une stratégie de gouvernement, dans le sens qu'on gouverne dans l’intérêt de tout le monde.

Une citation de :Martin Papillon, professeur au Département de science politique de l'Université de Montréal

Ou encore, il pense que François Legault s’est peinturé dans un coin en niant dans le passé l’existence du racisme systémique, notamment quand il s’était opposé à la création d’une commission sur cette question par le gouvernement libéral de Philippe Couillard. À force de nier, c’est difficile de changer de position. On voit un léger glissement de sa part et de la part de ses ministres, mais on ne veut pas utiliser le mot racisme systémique. Parce qu’on a déjà dit non dans le passé et de revenir en arrière, ça paraît un peu incohérent et les gouvernements n'aiment pas être pris en défaut.

Selon lui, les coûts de continuer à rejeter la présence de racisme systémique sont importants. On perpétue, reproduit, renforce le sentiment d’aliénation qui est déjà important d’une part de la population québécoise, les minorités racisées, dont les Autochtones.

Isabelle Picard estime tout de même qu’il sera possible de lutter contre le racisme systémique, même si le gouvernement ne le reconnaît pas lui-même. On voit que dans cette situation là, les Québécois ne sont plus derrière nous, mais ils marchent avec nous.

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