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Les chefs atikamekw font preuve d'un optimisme « prudent »

Le premier ministre Legault se dit prêt à présenter des excuses publiques à la famille de Joyce Echaquan.

Constant Awashish écoute la question d'une journaliste.

Constant Awashish, le grand chef du Conseil de la nation atikamekw, s'est adressé aux médias à l'issue de sa rencontre avec le premier ministre François Legault.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une semaine après la mort de Joyce Echaquan à l'hôpital de Joliette, les chefs de la nation atikamekw ont pu s'entretenir avec le premier ministre François Legault. Mais au-delà des paroles, ils attendent toujours des actes concrets pour lutter contre le racisme systémique.

Je suis optimiste, mais j'attends toujours les résultats, a déclaré le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, à l'issue de cette rencontre.

Optimistes, mais prudents : c'est ainsi que le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa, a décrit de son côté le sentiment qui habite ses homologues atikamekw.

Les représentants de la nation atikamekw tenaient à s'adresser au premier ministre afin de discuter des circonstances entourant la mort de Mme Echaquan, une femme originaire de la communauté de Manawan qui a diffusé en direct sur Facebook ses derniers moments.

Dans la vidéo mise en ligne le 28 septembre, on entend des membres du personnel soignant insulter Mme Echaquan et tenir des propos racistes envers elle. Depuis, une infirmière et une préposée aux bénéficiaires ont été renvoyées du Centre hospitalier régional de Lanaudière (CHRL).

Lundi, les chefs atikamekw ont demandé au premier ministre d'imposer une formation au futur personnel soignant afin de le sensibiliser aux réalités des Autochtones.

Le temps est peut-être venu d’imposer dans le cadre du curriculum de formation […] des futurs médecins ou infirmières, du contenu autochtone. De mettre [en place] des programmes pour que les médecins et infirmières en devenir connaissent mieux les questions liées à la culture autochtone, a expliqué le chef Ottawa.

Ils ont également demandé que le ministère de l'Éducation crée un programme de stage obligatoire dans les communautés autochtones pour tous les futurs médecins et infirmières.

Le chef Ottawa se tient derrière la tribune où se trouvent des micros de différents médias.

Le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa, demande « qu’on éradique le racisme et qu’on réussisse à respecter chaque citoyen ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Selon le chef Ottawa, M. Legault souhaite trouver des solutions qui sont acceptables pour tous afin de rétablir un lien de confiance entre les membres de la communauté de Manawan et le personnel médical de l'hôpital de Joliette.

Les chefs atikamekw se sont engagés à rencontrer plus fréquemment la ministre des Affaires autochtones, Sylvie D'Amours.

Legault prêt à s'excuser

En conférence de presse sur un autre sujet, lundi après-midi, le premier ministre Legault s'est dit très ouvert à présenter des excuses publiques, au nom de son gouvernement, à la famille de Joyce Echaquan. On va trouver le bon moyen de le faire, a-t-il dit.

Ce qui est arrivé à Mme Echaquan est totalement inacceptable, c’est gênant. Je suis prêt à m’excuser auprès de la famille.

Le premier ministre François Legault

Le premier ministre continue de jongler avec la question du racisme systémique, refusant d'employer ces termes pour décrire la façon dont sont traités les patients autochtones au sein du système de santé québécois. La vice-première ministre Geneviève Guilbault a elle aussi refusé de reconnaître l'existence du racisme systémique, sur le plateau de Tout le monde en parle.

La rencontre de lundi n'aura pas fait bouger François Legault sur cette question. En conférence de presse, il a évoqué les différentes opinions à ce sujet au Québec, tout en disant vouloir prioriser les actions concrètes plutôt qu'un débat sémantique, selon lui contre-productif.

Selon moi, ça n’aide pas à créer un consensus et à faire travailler tout le monde dans le même sens, c’est-à-dire qu’il n’y ait plus de racisme au Québec, a ajouté M. Legault.

Je lui ai parlé d'humanité, de gentillesse... Mais il y aura encore des discussions à avoir [à ce sujet], a affirmé, pour sa part, le grand chef Constant Awashish. Il écoutait. Je ne sais pas s'il a tout compris, mais il était à l'écoute, a-t-il poursuivi.

Il y a de la volonté pour de l'action, mais est-ce qu'il y a de la volonté d'appeler les choses par leur nom? On verra pour une autre journée.

Constant Awashish, grand chef de la nation atikamekw

Il s'est engagé à ce qu'on discute de façon plus fréquente, et peut-être que d'ici quelque temps, il pourra changer d'idée sur cette question-là, a-t-il ajouté.

La veille, en entrevue à Tout le monde en parle, M. Awashish a demandé à ce que le gouvernement cesse de nier le problème de racisme systémique – un problème qui était connu de tous, qui a été mentionné à la commission Viens, bien avant la mort de Mme Echaquan, a-t-il souligné.

Trois hommes portant des masques marchent dans la même direction.

Le chef de l'APNQL, Ghislain Picard, arrive à la rencontre en compagnie des chefs Jean-Claude Méquish et Paul-Émile Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Profiter du momentum

La rencontre a été l'occasion de discuter des mesures que le gouvernement Legault doit mettre en place pour lutter contre le racisme et la discrimination systémique, et ainsi mettre en œuvre les recommandations du rapport de la commission Viens.

Il faut désormais profiter du momentum pour essayer de garder l'attention du public sur les enjeux qui touchent les communautés autochtones, a souligné le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard.

Vendredi dernier, une rencontre prévue entre François Legault et le chef Picard a été annulée à la dernière minute. M. Picard a soutenu qu'il ne pouvait pas s'entretenir avec le premier ministre sans la présence des chefs atikamekw. M. Legault avait refusé que ceux-ci se joignent à la rencontre, citant des raisons de santé publique.

Le chef Picard était de la partie, lundi, aux côtés des chefs Awashish et Ottawa. Le chef de la communauté d'Opitciwan, Jean-Claude Méquish, et celui de Wemotaci, François Néashit, ont aussi participé aux discussions. La ministre D'Amours se trouvait aux côtés du premier ministre.

Vraisemblablement satisfait de sa rencontre avec les chefs atikamekw, M. Legault a indiqué lundi qu'il était grand temps d'agir.

On a convenu d’accélérer les rencontres pour mettre en place, le plus vite possible, des mesures pour lutter contre le racisme, a-t-il tweeté.

La mort de Joyce Echaquan fait l'objet d'une enquête publique du bureau du coroner, à la demande du gouvernement Legault. La famille de Mme Echaquan réclame aussi la tenue d'une enquête policière.

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