•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les problèmes à l'hôpital de Joliette sont connus depuis longtemps

L'entrée principale de l'hôpital de Joliette, devant laquelle se trouve un stationnement. Un drapeau du Québec flotte au-dessus du stationnement.

Plusieurs patients atikamekw ont subi un traitement inacceptable de la part du personnel soignant de l'hôpital de Joliette, selon le chef Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les cas de mauvais traitements et de propos racistes à l'endroit des membres de la communauté de Manawan à l'hôpital de Joliette sont connus depuis des années et ont fait l'objet de nombreuses plaintes, contrairement à ce que laisse entendre le CISSS de Lanaudière.

Un mélange de racisme et d'ignorance : voilà comment le chef de la communauté atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, décrit ce qu'il a été à même de voir au Centre hospitalier régional de Lanaudière (CHRL).

Il y a sans le moindre doute un problème d'attitude et de comportement dont font les frais les patients autochtones, juge-t-il.

Lorsqu'il entend le directeur général du CISSS de Lanaudière, Daniel Castonguay, affirmer que les gens de Manawan ne sont pas traités différemment des autres patients à l'hôpital de Joliette, le chef Ottawa soupire.

Soit il ne sait pas ce qui se passe dans son hôpital ou bien on lui cache des choses, lance-t-il.

Mais pour Sébastien Brodeur-Girard, qui a agi en tant que juriste et codirecteur de l’équipe de recherche aux travaux de la commission Viens, le PDG du CISSS ne peut prétendre qu'il ignorait ce problème. Il ne mâche pas ses mots à son égard.

Visiblement, il semble avoir – et je pense que les mots ne sont pas trop forts – menti par rapport à cette absence de connaissance des enjeux.

Sébastien Brodeur-Girard, professeur à l'École d'études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

En entrevue à Tout un matin plus tôt cette semaine, M. Castonguay disait avoir pris davantage conscience des cas de maltraitance à l'égard de patients autochtones après la mort de Joyce Echaquan. Je les ai entendus [les témoignages] et c’est très inquiétant. On n’avait pas ce genre de plainte, a-t-il affirmé.

Des plaintes, il y en a pourtant eu au cours des dernières années. Une cinquantaine, selon le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan. Mais elles ont été rejetées, indique Paul-Émile Ottawa. C’est pour ça que les gens [de la communauté] n'ont plus confiance.

On ne veut même pas passer par le bureau du protecteur du citoyen [...] On demande un commissaire ou un enquêteur indépendant qui aura pour mandat de clarifier les choses, de faire la lumière sur les nombreuses plaintes, poursuit-il.

Des histoires à glacer le sang

Des membres de la communauté atikamekw se sont reconnus dans l'histoire de Joyce Echaquan, qui est morte après avoir subi les insultes du personnel soignant de l'hôpital de Joliette. Pour plusieurs, les commentaires n'ont rien de surprenant, malgré leur violence.

En tant que chef de la communauté, Paul-Émile Ottawa a eu des échos de ce qui se passait à l'hôpital de Joliette. Des histoires à glacer le sang, assure-t-il.

Le chef Ottawa a lui-même été témoin de l'incompétence du personnel de l'hôpital. Il raconte avoir dû conduire son gendre au centre hospitalier de Trois-Rivières, et ainsi rallonger sa route d'une cinquantaine de kilomètres, pour obtenir les soins appropriés. Il n'avait pas trouvé réponse à ses attentes à Joliette [...] Le jour que je l'ai emmené à Trois-Rivières, il se faisait opérer!

Des cas comme ça, il y en a eu plusieurs, poursuit-il.

Même constat à chaque fois : dès que [les gens de Manawan] décident de changer d'hôpital, ils sont pris en charge, ils sont traités, et c'est that's it that's all.

Mais s'ils veulent obtenir des soins dans un autre établissement que le CHRL de Joliette – situé à près de trois heures de route –, les membres de la communauté doivent s'attendre à payer cette décision de leur poche. Santé Canada nous y oblige. Si on veut aller à Trois-Rivières, à Legardeur ou ailleurs, c'est à nos frais, explique le chef Ottawa.

Quand on parle de racisme systémique, c’est ça, tranche-t-il.

Des témoignages déjà entendus à la commission Viens

Pourtant, des témoignages indiquant une insatisfaction généralisée des Atikamekw à l'égard de l'hôpital de Joliette avaient été entendus lors de la commission Viens. Le chef Ottawa faisait partie d'une délégation de membres de la communauté qui s'est rendue à Québec pour témoigner de leurs expériences.

On en a reçu beaucoup, beaucoup [de témoignages recensant des situations problématiques], mentionnait la procureure de la commission Edith-Farah Elassal, le 28 septembre 2018, en comparant la situation à l’hôpital de Joliette à d'autres établissements ailleurs au Québec.

Me Elassal s’adressait à Maryse Olivier, à l'époque directrice de la DPJ Lanaudière. Celle-ci avait alors affirmé qu'elle comptait en informer ses collègues et que des actions [seraient] posées.

Il y aura des actions, des sensibilisations et on va s'attendre à ce qu'il y ait une amélioration de la part de tout le monde […] et on va travailler pour que ça ne se reproduise plus, avait-elle déclaré.

Pour Sébastien Brodeur-Girard, les faits semblent assez clairs.

Je ne peux pas croire que le PDG d’un CISSS n’ait pas regardé les audiences de sa représentante qui était appelée à témoigner devant une commission d’enquête publique au nom de l’établissement, insiste-t-il. Selon lui, le PDG a tenté, vu sa position politique, de minimiser les choses. Mais il y a définitivement une contradiction.

C’est le PDG, c’est son travail d’être redevable de ça, sa tête devrait être mise sur le billot.

Sébastien Brodeur-Girard, professeur à l'École d'études autochtones de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Joliette n'est pas un cas unique

M. Brodeur-Girard tient à préciser qu’il est important de se pencher sur le cas de Joliette, mais qu'il faut surtout le présenter comme n’étant pas un cas unique.

De son côté, le chef de Manawan dit chercher désespérément à avoir un rendez-vous avec le premier ministre. Il veut se faire le porte-voix de toutes les communautés autochtones qui peinent à obtenir des services de santé décents au Québec.

Tout le climat qui prévaut à Joliette, c’est pas particulier à Joliette, parce qu'à Obedjiwan, ils ont le même genre de relations avec l’hôpital de Roberval.

Paul-Émile Ottawa, chef de Manawan

Paul-Émile Ottawa affirme avoir mis la pression sur les ministres de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, et des Affaires autochtones, Sylvie D'Amours, lors d'un entretien téléphonique, jeudi.

Des mesures d’accélération vont être organisées pour améliorer les connaissances sur la culture autochtone des employés du réseau de la santé, a indiqué le chef Ottawa au terme de ces discussions.

En attendant, il espère que le CISSS de Lanaudière appuiera sur l'accélérateur pour la mise sur pied d'un plan d'action afin de répondre aux recommandations de la commission Viens.

Le CISSS a indiqué jeudi par communiqué qu'il comptait mettre en place des actions concrètes en collaboration avec la communauté atikamekw, soit six semaines après qu'une demande du conseil de bande de Manawan à cet effet soit restée lettre morte.

Avant jeudi, le chef Ottawa, qui est entré en poste en août 2018, n'avait jamais été en contact avec le directeur général du CISSS de Lanaudière.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !