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Chronique

Rapport de la commission Viens : un anniversaire marqué par un drame immonde

L'enfant tient un portrait au milieu d'une foule sous la pluie.

Lucas, l'un des sept enfants de Joyce Echaquan, tient un portrait de sa mère, lors de la veillée à la chandelle en son honneur mardi soir. Cette femme autochtone est décédée lundi à l'hôpital de Joliette dans des circonstances troubles.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Edith Bélanger

Mardi matin, je me préparais, un an après le 30 septembre 2019, date du dépôt des recommandations de la commission Viens, à commenter l'état de la situation sur les rapports entre les Autochtones et les services publics.

Edith Bélanger est diplômée en philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’École nationale d'administration publique (ENAP). Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Et puis j'ai été happée par la brutalité et l'horreur de la réalité.

Lundi, Joyce Echaquan, une mère atikamekw de 7 enfants, a été brutalisée, méprisée, et j'ai peur que plus tard on doive dire tuée – l'enquête en cours, je l'espère, ira au fond des choses – par une suite de mauvais traitements liés à des stéréotypes racistes à l’hôpital de Joliette.

Si les images et les conversations enregistrées nous lèvent le cœur, imaginez seulement tout ce qu’on ignore, toutes ces tragédies derrière des portes closes.

Bien sûr, je savais que j’écrirais un texte sombre, car je n’ai plus vraiment confiance en ce gouvernement qui, sans être responsable de la stupidité des individus, reste néanmoins imputable des gestes posés au sein des institutions gouvernementales dans lesquelles le racisme systémique s’est confortablement installé.

Or, je ne me doutais pas à quel point ce serait dramatique, ce constat d’immobilisme, voire même ce recul de la situation générale.

En effet, un an plus tard, on souhaiterait tant être rendus plus loin, n’est-ce pas?

Finalement, on aurait peut-être dû être plus clairs, moins politiquement corrects dès le départ et on aurait tout aussi bien fait d’appeler cette commission : enquête sur les sévices publics envers les Autochtones et sur le racisme systémique.

Une occasion manquée

Le dépôt de ce rapport, il y a 13 lunes, était en quelque sorte un moment de libération, de soulagement.

Il était alors permis de croire que toutes ces souffrances exprimées en autant de témoignages poignants n’auront pas été livrées en vain.

Il était possible d’espérer que l’indifférence était désormais impossible face aux inégalités et aux injustices auxquelles sont confrontés un trop grand nombre d’Autochtones au Québec.

Le gouvernement allait enfin réagir. Il allait mettre en œuvre les 142 appels à l’action contenus dans le rapport.

Après tout, à partir de là, ça ne pouvait qu’aller mieux, non?

Aujourd’hui, je constate avec tristesse que les changements nécessaires se font toujours attendre.

Bien sûr, le premier ministre Legault a, dès les lendemains du dépôt du rapport, présenté ses excuses. Une motion a aussi été adoptée pour reconnaître les principes contenus dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Pour le reste, il faut une analyse poussée pour trouver ce qui a été concrètement réalisé par le gouvernement de la CAQ.

Il semble que seulement 4 appels à l’action sur les 142 proposés par la commission aient été complètement mis en œuvre. À ce rythme, il faudra pas moins de 35 ans pour réaliser l’ensemble des recommandations du commissaire Viens.

Vus sous cet angle, les propos de la ministre D’Amours qui assuraient que le rapport ne prendrait pas la poussière sur les tablettes ont de quoi soulever la suspicion.

Des doutes sur la volonté du gouvernement de changer les relations avec les Autochtones

Du côté des organismes tels que l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) et Femmes autochtones du Québec, le constat est unanime : rien n’a vraiment changé.

Bien sûr, il faut reconnaître que nous vivons des temps exceptionnels avec cette pandémie, qui a mobilisé dans d’autres directions les ressources des gouvernements, des organisations et des communautés.

Mais cela ne doit pas nous duper.

À trop regarder les listes de choses à faire, on pourrait passer à côté de l’essentiel. En effet, il y a une question fondamentale à se poser ici : est-ce que le gouvernement de la CAQ a réellement l’intention de transformer la relation entre les institutions québécoises et les Autochtones?

Mettons de côté un instant ces fameux appels à l’action. Normalement, les réactions, les décisions et les déclarations de ce gouvernement au regard des différents sujets de l’actualité autochtone devraient déjà refléter une prise de conscience et une volonté de renouveler la relation.

Or, au lieu de cela, la ministre D'Amours accumule les bévues et les maladresses et ne manque pas une occasion d’exposer tantôt son désintérêt, tantôt sa méconnaissance des sujets qui relèvent de son ministère.

En effet, on se rappellera les fois où la ministre a eu des commentaires douteux à propos de l’APNQL, assimilant l’organisation à un quatrième parti d’opposition ou encore en mentionnant qu’elle envisageait de ne pas attendre d’avoir consulté l’assemblée des chefs pour commencer les travaux de mise en œuvre du rapport Viens.

Une position inquiétante, car la ministre laisse entendre que sa vision est de transformer les appels à l’action en une sorte de liste d’épicerie dont on peut rayer les items un à un pour passer à autre chose sans avoir réellement le souci des réelles personnes concernées.

Un an plus tard, je préférerais conclure qu'il y a une réelle évolution dans le dialogue et la relation entre les Autochtones et l'État québécois que de me mettre à compter les cases cochées.

Or, on est bien loin de là.

Prenons comme exemple la réticence du premier ministre à admettre l’existence du racisme systémique.

Comment peut-on d’un côté de la bouche dire que l’on doit mettre en œuvre les appels à l’action du rapport Viens et, de l’autre côté, refuser de reconnaître le phénomène alors que c’est précisément ce racisme systémique qui est à l’origine des problèmes dans la relation entre les services publics et les Autochtones?

La mort d'une mère autochtone de 7 enfants n'est-elle pas l'illustration parfaite que ce racisme systémique existe bel et bien?

Comment peut-on ignorer que ce même racisme systémique tue?

Comment passer à côté de l’aveuglement volontaire des autorités?

Tout cela a assez duré. Une réponse est exigée, maintenant!

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