•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« J’ai sept enfants qui se retrouvent sans mère »

La famille de Joyce Echaquan demande que justice soit faite.

Un homme pleure, un adolescent à ses côtés pose sa main sur son épaule.

Carol Dubé espère que justice sera faite pour sa conjointe, Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada

La voix chargée d’émotion, Carol Dubé répète qu'il ne comprend pas. Il ne s'explique pas comment sa conjointe, Joyce Echaquan, a pu mourir à l'hôpital de Joliette, la veille, après s'être filmée en direct sur Facebook.

On est en 2020. Je ne comprends pas que ça se passe encore comme ça, dit-il. Son fils Thomas-James, à ses côtés, fixe le sol, une main sur l'épaule de son père.

Carol Dubé a fait la route de Manawan à Joliette, avec son frère David, pour venir retrouver sa famille lundi soir, après avoir appris le décès de sa femme.

Ma femme est rentrée à l’hôpital samedi pour un mal de ventre. Deux jours plus tard, elle est morte, explique-t-il. On voit qu’elle demande de l’aide sur Facebook…, ajoute-t-il avant de prendre une pause. Sa voix tremble et l'empêche de poursuivre.

On voit que le personnel est dégradant. J’ai sept enfants qui se retrouvent sans mère, lâche-t-il. Je suis triste. Je suis tellement triste...

Tout comme Carol Dubé, les cousines, beaux-parents et amis de Joyce ont pu voir en direct sur les réseaux sociaux ses derniers moments.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Une femme autochtone meurt à l'hôpital de Joliette dans des circonstances troubles

L’air confus, sur un lit d’hôpital, on la voit appeler à l’aide et affirmer avoir été droguée. Après un certain temps, on entend des infirmières entrer dans la pièce et l'insulter.

Quelques minutes plus tard, le personnel soignant a constaté le décès de Joyce Echaquan. La vidéo, enregistrée par des proches de Joyce, a été partagée à plusieurs reprises sur Facebook.

Mardi matin, près d'une vingtaine de parents et d'amis de cette femme de 37 ans, originaire de la communauté atikamekw de Manawan, se sont donné rendez-vous dans la maison des parents de Carol Dubé, à Notre-Dame-des-Prairies, pour vivre leur deuil ensemble.

Une femme tient une photo de Joyce.

Diane Dubé, la mère de Joyce Echaquan, était épaulée par plusieurs proches et membres de sa famille.

Photo : Ivanoh Demers

Dans la cour arrière, de nouvelles personnes ne cessent d'arriver. On échange, on s'enlace, on boit du café, on tente d'expliquer l'inexplicable en attendant une rencontre avec les agents de la Sûreté du Québec, en milieu d'après-midi, au Centre d'amitié autochtone. Puis, plus tard, une veillée à la chandelle devant le Centre hospitalier de Lanaudière, à Joliette.

Un petit garçon de huit ans, Lucas, court entre les gens et tente d'attirer leur attention. C'est le fils de Joyce, me dit tout bas David Dubé. Il ne sait pas encore pour sa mère.

Une femme forte

C'était une femme tellement là pour les autres, de bonne humeur, confie Anika, une amie d'enfance de Joyce. Elle allait tout le temps aider les gens, renchérit à ses côtés Gaetane Moar, une cousine de Joyce.

C'était surtout une femme forte, souligne Karine Echaquan, se mêlant à la conversation. Joyce s'est battue pour le dernier de ses sept enfants, venu au monde il y a à peine 7 mois, dit-elle.

Comme Joyce souffrait de problèmes cardiaques, la grossesse était à risque, explique-t-elle. Elle n’a pas voulu avorter. Elle disait que si Dieu voulait qu’elle s’en aille, elle s’en irait. Aujourd'hui, le bébé se porte à merveille.

Un homme et une femme sourient à la caméra.

Carol Dubé en compagnie de Joyce Echaquan.

Photo : Facebook

En raison de ses problèmes de santé, Joyce Echaquan ne devait pas prendre d'antidouleurs, poursuit Karine Echaquan. Et spécifiquement de la morphine, à cause de son cœur. Mais [à l'hôpital], ils lui en ont donné pareil, parce qu'elle était trop agitée.

À son avis, les infirmières qui sont intervenues auprès de Joyce n'ont pas pris la peine de vérifier dans son dossier.

Appels à la justice

Mme Echaquan s'est filmée plus d'une fois en direct de l'hôpital, raconte Jemima Dubé, belle-sœur de Joyce. Elle était déjà méfiante à l’égard du personnel soignant, ajoute-t-elle.

J’espère que l’enquête montrera les responsables. Après la commission Viens, on voit que les choses ne bougent pas pour nous autres. Mais qu’est-ce qu’on attend? D’autres personnes, d’autres victimes?

Carol Dubé, conjoint de Joyce Echaquan

Il faut trouver un responsable. Et si on ne trouve pas, il faut continuer, sans relâche, soutient Thomas-James, l'un des fils de Joyce, prenant le relais pour son père.

Dans la foule de personnes rassemblées à la mémoire de Mme Echaquan, Mirella Dubé, elle aussi cousine de la victime, demande à ce que justice soit faite, mais pas seulement pour Joyce.

Pour tout le monde qui passe à l’hôpital de Joliette. On est tous pareils, on est tous égaux, dit-elle. Et ça [ce qui est arrivé à Joyce], c’est du racisme.

Une femme porte un masque où on peut lire : Justice pour Joyce.

Mirella Dubé juge que sa cousine, Joyce Echaquan, a été victime de racisme.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le premier ministre François Legault a fait savoir mardi après-midi qu'une infirmière avait été congédiée à la suite de cet événement. Une enquête du coroner tentera de faire la lumière sur la mort de Mme Echaquan.

Une levée de fonds a été lancée sur la plateforme GoFundMe afin de soutenir financièrement la famille de Joyce Echaquan. En fin d'après-midi, plus de 10 000 $ avaient déjà été amassés.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !